Le Couronnement de la Vierge

Le plus beau vitrail de la basilique Saint-Vincent est celui du Couronnement de la Vierge de l’atelier de Laurent-Charles Maréchal.

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Il est inspiré de l’œuvre du même nom de Fra Angelico, à laquelle France Culture vient de consacrer une chronique :
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L’iconographie du XIIIe siècle, miroir de la nature

« En disant que l’iconographie du XIIIe siècle est encyclopédique, on n’entend pas seulement qu’elle est cyclique, qu’elle embrasse le tout, mais que, dans son orbe immense, dont Dieu est le centre, une force secrète enchaîne et fait graviter tous les aspects de la vie.

Cette conception est alors dans toute son ardeur poétique. On dirait qu’elle invente et qu’elle développe à mesure tout son univers. Cet accord profond avec la pensée religieuse ne doit pas nous amener à penser que l’iconographie des cathédrales est une construction de la théologie. Elle est théologique, la part des théologiens y est considérable, mais cet art excède largement toute mesure qui tendrait à le limiter à l’interprétation de la scolastique, de la liturgie, de la symbolique. Il est encore trop près de la découverte du monde, trop émerveillé. Le surnaturel est le principe même du naturel, mais la nature est. C’est l’erreur de l’école romantique, et sans doute celle de Huysmans, d’avoir donné un caractère hiéroglyphique à l’iconographie du XIIIe siècle. La cathédrale selon Guillaume Durand et Vincent de Beauvais est indiscutablement vraie, mais elle est aussi une force poétique par delà les systèmes. « L’homme y passe à travers des forêts de symboles », mais les symboles sont le jeune visage de la vie. C’est ce qu’a heureusement mis en lumière Emile Mâle. « Les sculpteurs du moyen âge ne cherchent pas à lire dans les jeunes fleurs du mois d’avril le mystère de la Chute et de la Rédemption. Aux premiers jours du printemps, ils vont dans les forêts de l’Île-de-France, où d’humbles plantes commencent à percer la terre. La fougère, enroulée sur elle-même comme un puissant ressort, est encore couverte d’une bourre cotonneuse, mais, le long des ruisseaux, l’arum est déjà près de s’épanouir. Ils cueillent les bourgeons, les feuilles qui vont s’ouvrir, et les regardent avec cette curiosité tendre et passionnée que nous ne sentons que dans la première enfance et que les vrais artistes conservent toute leur vie. » Ainsi à la jeunesse des visages correspond la jeunesse de la flore. Dans la pierre des églises elles font briller un printemps éternel.

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Le Miroir de la Nature nous montre le bois voisin de la petite ville, le proche jardinet du faubourg où croissent le noisetier, le fraisier et quelques plants de vigne. On dirait qu’une main d’enfant y a cueilli la parure des autels et qu’elle l’a suspendue, toute fraîche, sous les voûtes, pour une Fête-Dieu qui n’a pas de fin. On y voit aussi les bêtes de la terre et les animaux fabuleux : mais plus encore que les merveilles des bestiaires, les sculpteurs aiment les vieux compagnons de la vie humaine, ils ne cessent de les étudier, ils en prodiguent les images, tantôt avec une verve de gais conteurs, tantôt avec une sorte de respect plein d’amitié. (…)

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C’est à cette création, sortie de ses pensées, que rêve le Père éternel, la joue appuyée sur sa main, comme un bon jardinier, sa journée faite. Et l’homme aussi, tel que nous le montre le Miroir de la Science (*), se livre au travail comme à une oeuvre de rédemption, science et besogne des mains, science et besogne de l’esprit ne se séparant pas. Au soubassement des églises, le calendrier des Travaux et des Jours, sculpté dans des rectangles ou dans des quadrilobes, avertit le passant de la peine qu’il faut prendre, et les figures des Sept Arts lui promettent les délices de la connaissance. »

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(*) Cf. Emile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, livre II, Le Miroir de la Science, p. 63

Henri Focillon, Art d’Occident, le Moyen Âge roman et gothique, Librairie Armand Collin, 1963, chapitre La plastique monumentale et l’humanisme gothique

Les singes de Saint-Vincent

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« Dans l’imagerie romane, les singes tiennent souvent un rôle identique à celui réservé au fou ou au bouffon des cours royales. Ces animaux contrefont les gestes des personnages reconnus par les hommes, rois, puissants et sages. C’est la raison pour laquelle les singes se coiffent de la mitre tout comme le font les ânes dans quelques chapiteaux. (…)

Symboliquement, le singe incite l’homme à la simplicité en lui montrant combien sont ridicules les marques de son éphémère importance. »

Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de l’art roman, Dervy Poche

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22 janvier : fête de saint Vincent

« Le patron. Il est vrai que l’Eglise n’est pas ennemie du calembour (« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai… »). De là à croire que Vincent est devenu le patron des vignerons à cause de la première syllabe de son nom… Dans ce cas, pourquoi saint Arthur ne règne-t-il pas sur les artistes et saint Pothin sur les potiers, les verriers et les barmans. Même vin-sang ou vin-sent ne convainquent pas.

Espagnol, il n’a eu, dans sa famille et dans sa vie de diacre de Saragosse, aucun lien avec la viticulture. Certains affirment que c’est à son supplice qu’il doit sa capiteuse gloire. Le proconsul Dacien, homme de confiance de l’empereur Dioclétien, le condamna, entre autres douceurs, à avoir le corps broyé, écrasé, ce qui fit jaillir son sang comme le jus du raisin ruisselant sous la violence du pressoir. La métaphore est rude, surtout pour des gens aussi gais que les vignerons. Le corps de Vincent, cousu dans une peau de boeuf, fut jeté au large de Valence mais, par un de ces miracles dont notre époque a perdu la recette, la dépouille sacrée attendait sur la rive le retour des rameurs. Cette victoire sur la mer n’aurait-elle pas dû faire de Vincent le saint patron des marins et des naufragés ?

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Plutôt que l’eau, on lui a donné le vin. Tant mieux pour lui. La religion n’est pas avare de mystères. Disons qu’il eût après sa mort la chance qu’il n’eut pas de son vivant. On a même été généreux : Vincent est le patron des vignerons, des négociants, des oenologues, des inspecteurs du vin, des cafetiers. Et aussi des vinaigriers. Excellente ou médiocre, l’année lui vaudra des sympathies. A Xérès, il fait l’unanimité. (…) »

Bernard Pivot, Dictionnaire amoureux du vin, Plon, 2006

D’après Marcel Grosdidier de Matons dans son Metz (1957), aux Xe et XIe siècles, « un village de vignerons et de cultivateurs s’établit à l’abri de la riche et savante abbaye Saint-Vincent. »

Les diables de Saint-Vincent

« Représenté sous d’innombrables figures, l’ennemi avéré de la foi, le tentateur rusé et multiforme, le maître de la matière et de la Force, en fait notre alter ego, est certainement le personnage le plus visible et le plus familier des monuments chrétiens. Des gargouilles d’où il ricane et nous défie, jusqu’aux cryptes où il grimace, le diable nous suit et nous poursuit dans l’art roman afin qu’aucune situation ne nous laisse au repos, ne permette l’installation de la moindre complaisance avec les pouvoirs égotiques issus de nous-mêmes et de la matière. Le maître est toujours un être vigilant.

Dans les oeuvres médiévales, on reconnaît le diable soit par ses ailes d’ange ou de chauve-souris, qu’accompagnent des cornes, une longue queue fourchue, des serpents et des pieds de bouc, soit par les flammes de sa chevelure, les grimaces de son visage ou les griffes s’allongeant au bout de ses doigts velus. Lorsque sa face est séduisante, son dos cache des serpents, ce qui doit encore plus inciter les fidèles à la défiance. Au plan symbolique comme au plan pratique, les chapiteaux nous montrent simplement que le diable, à la fois animal, humain et ange, est réellement toujours notre plus vieil ennemi et notre plus proche parent. »

Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de l’art roman, tous les symboles pour comprendre les messages des pierres, Dervy Poche

Facétieux tailleurs d’images !

Ils réservent toujours des surprises, même à ceux qui connaissent le mieux la basilique Saint-Vincent !

Ainsi pouvez-vous remonter l’allée centrale toutes les semaines, et toutes les semaines admirer sans vous lasser le bel alignement des piliers, les chapiteaux sculptés de végétaux tous différents, les rayons du soleil jouant avec les reliefs… et découvrir un beau jour qu’un de ces chapiteaux cache un petit animal qui pointe le bout de son nez et semble observer les allers et venues dans la basilique ni vu ni connu…

Peut-être un petit frère de l’autre basilic de Saint-Vincent ?

Rénovation du chevet de la basilique Saint-Vincent

Les échafaudages qui cachaient depuis plusieurs mois une partie du chevet de la basilique Saint-Vincent se sont déplacés de quelques mètres, révélant ainsi depuis la rue Goussaud des gargouilles d’une étonnante modernité, de drôles de petits personnages et une pierre de Jaumont plus chaleureuse que jamais.

Avant :

Maintenant :

Un très grand bravo aux artisans de ce rajeunissement !