La vie de Dieu dans les âmes

« Dieu ne vit pas qu’au ciel ; il vit aussi dans les âmes, et il n’est pas de vie plus fragile et plus menacée que celle-là. Rien au monde n’est aussi mortel et aussi mourant que Dieu dans les hommes ; le moindre choc de la passion ou de l’intérêt, la moindre pression du conformisme suffisent à le tuer : ici la suprême réalité s’est faite timide et balayable comme un rêve, et c’est pourquoi l’amour des saints est si tendre, si transpercé de pitié, si tremblant de crainte en même temps que d’espoir. Chaque jour, ils disputent leur Dieu à la mort. »

Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni / Essai sur l’amour, 1937

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Hommage à la vraie religion

« Cette femme t’a menti, ce faux dévot t’a trompé. Tu tires de ta déception un argument contre l’amour et contre la foi. Mais cette déception même est un hommage à la vraie religion et à l’amour pur. Serais-tu aussi meurtri dans les profondeurs de ton âme par un mauvais cuisinier ou un mauvais coiffeur ? Tu souffres de voir cette chose profanée : c’est donc qu’elle est sacrée. L’irritation que crée en toi la caricature te donne la mesure de la splendeur de la forme. »

Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni / Essai sur l’amour, 1937

Institutions et personnes

P1090611« Dans les époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et portaient les individus qui les représentaient. La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre. A telle enseigne qu’on pouvait alors se payer le luxe de mépriser tel roi ou tel pape sans que le principe même de la monarchie ou de l’autorité pontificale soit mis en question le moins du monde. Qu’on songe aux invectives d’une sainte comme Catherine de Sienne contre le clergé de son temps, à un grand catholique comme Dante, qui colloquait en enfer le pape régnant ! Aujourd’hui, comme dans tous les temps de décadence, nous assistons au phénomène inverse : les institutions ne sont tolérées et aimées qu’à travers les personnes : c’est pourquoi, soit dit en passant, nous avons besoin de chefs politiques et religieux intègres et vigoureux. Plus que jamais, le chef qui manque à sa mission compromet, en même temps que sa personne éphémère, le principe éternel qu’il représente. Il est un peu angoissant de voir de faibles individus porter sur leurs épaules tout le poids des cadres sociaux. (…) Et croit-on aussi à la possibilité actuelle d’un anti-cléricalisme qui ne soit pas, en même temps, anti-religieux ? Hélas ! il devient de plus en plus difficile de séparer la cause des institutions de la cause des personnes. »

Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni / Essai sur l’amour, 1937

Thibon : « L’homme qui va jusqu’au bout de la lucidité… »

« L’homme qui va jusqu’au bout de la lucidité n’a plus le choix qu’entre le choc mortel contre l’absurde et l’éblouissement devant le mystère, qu’entre le désespoir, nu ou fardé de mirages, et l’espérance surnaturelle qui plane au-dessus de l’égarement des contraires, parce que sa source n’est pas dans le temps où tout se sépare, mais dans l’éternel où tout s’unit.  »

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Gustave Thibon, Le voile et le masque (1985)

Source : France – Histoire – Espérance