Que pèse un homme dans l’art aujourd’hui ?

Article de François-Xavier de Boissoudy, artiste peintre, paru sur le site de l’Ecologie humaine

Qu’en pense le clergé mondain et tartuffesque qui entoure M. Raffin et qui impose dans les églises de Metz une cacaille pseudo-artistique indigne ?

« Quel rapport y a-t-il entre l’art et l’écologie humaine ? Le mouvement culturel de l’écologie humaine s’est construit ces dernières années sur l’expérience de l’accueil et la défense des plus faibles, et se caractérise par une approche pragmatique de la personne, prise dans sa globalité, corps et esprit. Pour mieux aborder ce que l’écologie humaine et l’art, à l’heure de l’art contemporain – peuvent trouver en commun, il importe qu’une définition des concepts d’art soit partagée. Ce point commun trouvera vie dans le choix qui est imparti à chaque artiste, en l’occurrence de ce qu’on est prêt à laisser parler en soi.

QU’EST-CE QUE L’ART A L’HEURE CONTEMPORAINE ?

« L’art contemporain dissocie très souvent les deux dimensions, qui réunies, forment la totalité de la personne humaine »

L’art et  la culture, ces dernières décades, ont été le champ d’expérimentation de la culture de la déconstruction la plus avant-gardiste, que nous voyons aujourd’hui à l’œuvre sur le terrain sociétal, avec la même approche abstraite et conceptuelle que la loi sur le mariage à laquelle nous sommes confrontés. Déconstruction d’autant plus forte en France, que subventionnée, et imposée par l’Etat.

L’art occidental est aujourd’hui à l’image du consumérisme et de l’individualisme de masse. Il revendique d’être la totalité de l’art,  il trouve sa raison d’être dans le détournement  de  la mission de l’art, qui était d’exprimer par la beauté, et l’évocation de la vérité, l’existence en toute créature d’une transcendance, d’une histoire sacrée à l’image du Dieu fait homme des chrétiens ; l’art se pare maintenant d’être son propre but, et son apparition se présente comme une véritable révélation. La création artistique contemporaine revendique le surnaturel pour elle-même, dans l’horizon indépassable de la matérialité. La recherche de l’absolu et des fins ultimes se cantonne alors au pôle de la mélancolie et de la mort.

L’art contemporain parle alors par énigmes et nécessite une véritable initiation. Il est aussi le résultat d’une véritable atomisation du langage, dans le sens où la réalité profonde de l’homme se voit laissée à des visions subjectives et partielles. L’art contemporain dissocie très souvent les deux dimensions, qui réunies, forment la totalité de la personne humaine, à savoir la dimension corporelle, et sa réalité de vie spirituelle, sa dignité intrinsèque et sacrée : tantôt un art conceptuel qui évacue la présence du corps, aussi bien dans l’idée qui préside à la création – le concept -, que dans le processus créatif (la peinture, la sculpture, faites avec les mains sont devenues très suspectes, à moins d’avoir comme sujet leur propre anéantissement) ; tantôt un art qui  ne désigne comme réel que ce qui est visible. Pourtant, le désir profond d’associer l’art à la recherche de la vérité existe toujours. L’art qui partage les mêmes fondations que l’écologie humaine s’appuie sur le réel ; l’art se doit, en effet, pour être véritablement art, de tenir compte de la composante charnelle et la composante spirituelle. La frontière passe donc entre réalisme matérialiste et un irréel spiritualiste qui nient tous deux la valeur réelle de la vie humaine, et constituent à son égard une véritable violence.

QU’EST-ON PRET A LAISSER PARLER EN SOI ?

« J’ai retenu le choix de l’émerveillement pour fonder mon travail de peintre »

L’art et l’écologie humaine existent et fonctionnent grâce à une particularité humaine fragile, qui est aussi une boussole remarquable : le don de s’émerveiller.

Le lien qui existe entre l’écologie humaine et l’art, passe au milieu de chacun de nous-même, ce lien est particulièrement fragile face à la volonté de puissance à laquelle nous sommes tous, en nous-mêmes, confrontés : la faculté de s’émerveiller, qui, loin d’être le produit de l’intelligence intellectuelle, est liée à la vie intérieure de chaque homme, qui a le choix de l’enterrer à chaque instant, ou de fonder sa vie dessus, à chaque instant. L’émerveillement procède d’abord de la réception, de l’accueil de quelque chose permis par l’acceptation de sa propre faiblesse.

L’émerveillement, c’est la surprise face à la vie qui survient, face à la grâce de vivre, face à la réalité du mystère d’être, à la dimension infinie et de la personne et qui mérite que je témoigne de cette expérience. Le rôle que je m’accorde est donc celui de témoin de ce que j’ai vécu de plus fort, c’est-à-dire recevoir et accepter en moi quelque chose de vivant et de plus grand que moi. J’ai retenu le choix de l’émerveillement pour fonder mon travail de peintre. Cette compréhension de l’essence de l’inspiration artistique propose de rentrer dans une expérience de contemplation, de me mettre en face de ce qu’il y a à saisir, plus sûrement qu’avec mes seules capacités intellectuelles, de la réalité profonde de notre condition d’homme. C’est-à-dire ce qui lie ma chair et mon esprit au mystère de l’Être. Cette contemplation bienveillante ressemble véritablement à l’attitude que l’on peut avoir avec la personne handicapée, ou la personne en état de faiblesse, à ses tout débuts ou dans ses derniers instants.

« La force de l’art est l’éloge de la faiblesse »

La force de l’art est l’éloge de la faiblesse. Ceci procède d’un véritable processus d’humanisation et d’éducation, celui du renoncement à la toute-puissance de ma volonté. En effet, dans le cas de l’artiste émerveillé, l’attitude première est que je cherche à aimer le monde plutôt qu’à vouloir le changer. D’où la véritable légitimité de l’art de la représentation qui, loin d’être seulement une volonté de copier, augmente la réalité par l’expérience de l’émerveillement. Pour conclure, je remercie le mouvement de l’Ecologie humaine, de s’interroger sur les liens qui unissent art et respect de la dignité humaine, et interroge mon expérience d’artiste. Je serais heureux de servir par mon art une vision de l’homme au nom de laquelle vous agissez, et que votre mouvement puisse proposer et promouvoir une vision de l’art qui lui corresponde. Ceci demande des moyens concrets comme des lieux spécialement dévolus à l’art, comme des galeries, ou d’autres manifestations culturelles. »

Source

Illustration : Sainte, par François-Xavier de Boissaudy, 2012

Léon Bloy : l’aversion des catholiques pour l’Art

« Nous assistons en France, et depuis longtemps déjà, à un spectacle si extraordinaire que les malheureux appelés à continuer notre race imbécile n’y croiront pas. Cependant, nous y sommes assez habitués, nous autres, pour avoir perdu la faculté d’en être surpris.

C’est le spectacle d’une Eglise, naguère surélevée au pinacle des constellations et cathédrant sur le front des séraphins, tellement tombée, aplatie, caduque, si prodigieusement déchue, si invraisemblablement aliénée et abandonnée qu’elle n’est plus capable de distinguer ceux qui la vénèrent de ceux qui la contaminent.

Que dis-je ? Elle en est au point de préférer et d’avantager de ses bénédictions les plus rares ceux de ses fils qu’elle devrait cacher dans d’opaques ombres, clans d’occultes et compliqués souterrains, dont la clef serait jetée, au son des harpes et des barbitons, dans l’abîme le plus profond du Pacifique, par des cardinaux austères expédiés à très grands frais sur une flotte de trois cents vaisseaux !

Quant à ceux-là qui sont sa couronne, ses joyaux, ses éblouissantes gemmes et dont elle devrait adorner sa tête chenue autrefois crénelée d’étoiles, elle décrotte ses pieds sur leur figure et délègue des animaux immondes pour les outrager.

Je l’ai dit autre part, avec force et développements. Les catholiques modernes haïssent l’Art d’une haine sauvage, atroce, inexplicable. Sans doute, il n’est pas beaucoup aimé, ce pauvre art, dans la société contemporaine, et je m’extermine à le répéter. Mais les exceptions, heureuses, devraient, semble-t-il, se rencontrer dans le lignage de la grande Couveuse des intelligences à qui le monde est redevable des ses plus éclatants chefs d’oeuvre.

Or, c’est exactement le contraire. Partout ailleurs, c’est le simple mépris du Beau, chez les catholiques seuls, c’est l’exécration. On dirait que ces âmes médiocres, en abandonnant les héroïsmes anciens pour les vertus raisonnables et tempérées que d’accomodants pasteurs leur certifient suffisantes, ont remplacé, du même coup, la détestation surannée du mal par l’unique horreur de ce miroir de leur misère que tout postulateur d’idéal leur présente implacablement.

Ils s’effarouchent du Beau comme d’une tentation de péché, comme du Péché même, et l’audace du génie les épouvante à l’égal d’une gesticulation de Lucifer. Ils font consister leur dévote sagesse à exorciser le sublime.

On parle de critique, mais le flair de leur aversion pour l’Art est la plus sûre de toutes les diagnoses ! S’il pouvait exister quelque incertitude sur un chef d’oeuvre, il suffirait de le leur montrer pour qu’ils le glorifiassent aussitôt de leurs malédictions infaillibles.

En revanche, de quelles amoureuses caresses cette société soi-disant chrétienne ne mange-t-elle pas les cuistres ou les imbéciles que sa discernante médiocrité lui fait épouser ! Elle les prend sur ses genoux, ces Benjamins de son coeur, elle les dorlote, les mignotte, les cajole, les becquette, les bichonne, les chouchoute, les chérit comme ses petits boyaux ! Elle en est assotée, coqueluchée, embéguinée de la tête aux pieds ! C’est une ausculatation et une lècherie sans fin ni rassasiement ! (…) »

Léon Bloy, Un brelan d’excommuniés, réédité en 2012 par les éditions de L’Herne

Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes… (Mt 23, 3-4)

1er octobre 2010 : la nuit blanche de Metz se déroule (entre autres) à la basilique Saint-Vincent, qui se trouve pour la circonstance affublée de grands ballons dont le coût se monte à 60.000 euros, soit 10% du montant total officiel de toutes les « performances »  de la soirée dans la ville.

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Le lendemain, certains de ces ballons traînaient lamentablement sur le sol… Ont-ils été réutilisés par la suite, ou ont-ils terminé immédiatement dans une décharge ?

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Oh, que l’on se rassure ! Les contribuables n’ont pas été les seuls à financer cette gabegie ! Le spectacle à la basilique Saint-Vincent avait en effet reçu le soutien de la Caisse des dépôts et consignations, qui est supposée collecter les montants déposés sur les livrets d’épargne des Français pour investir à « long terme au service de l’intérêt général et du  développement économique du pays. » Voilà qui ravira tous les petits épargnants !

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Il faut savoir aussi qu’au niveau mondial, le volume d’argent qui s’échange pour l’art contemporain (et dont relèvent les nuits blanches auxquelles les autorités diocésaines se soumettent si complaisamment) occupe la troisième place après la drogue et les armes (1).

Voilà donc un clergé qui prétend enseigner l’Amour et la Charité dans ses homélies, et qui n’est même pas capable d’empathie pour ses contemporains en refusant catégoriquement que ces pantalonnades se déroulent dans ses églises ! « Tout ce qu’ils disent, faites-le donc et respectez-le, mais n’agissez pas comme eux, car ils disent et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. » (Mt 23, 3-4)

Dans sa première homélie, notre nouveau pape François a affirmé : « Si nous ne confessons pas Jésus Christ, rien ne va. Nous deviendrions une philanthropique ONG mais non l’Eglise, l’Epouse du Seigneur. Si on ne bâtit pas sur la roche, il arrive ce qu’il arrive aux enfants sur la plage avec leurs châteaux de sable. Sans consistance, ils s’effondrent ». Il a ajouté en citant Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas Dieu, prie pour le Diable, car qui ne confesse pas le Christ confesse la mondanité du Diable… »

Les mondains du clergé concordataire de Metz n’ont rien d’une ONG philanthropique, mais qu’ils prennent garde ! Si la source de l’Evangile ne les intéresse plus, qu’ils n’oublient pas que César est au bord de la ruine et qu’ils risquent bien d’être les premiers à en faire les frais !

(1) L’abstraction  spiritualisante  au Collège des Bernardins, par Christine Sourgins, 7 mai 2010

Plusieurs études sur l’art contemporain et ses dérives sont à télécharger sur le site de Sauvons l’art.

A lire aussi sur ce blog :

. Marc Fumaroli : ce n’est pas d’art contemporain dont l’Eglise a besoin

. Tu aimeras ton église comme toi-même…