La nature et le divin pour František Bílek

František Bílek (1872 – 1941) est un sculpteur et architecte tchèque du symbolisme et du Sezessionsstil.1ee895fee2d945b92457687de3757528

« [Pour lui] la création architecturale doit suggérer des sentiments et des élans de l’âme ; l’architecture doit copier « la nature dans une langue compréhensible par nos frères ». Cette mission sacrée repose sur la conviction que « l’art est le manuscrit grâce auquel nous réécrivons la nature ». Ce « naturalisme » fondamental est la métaphore d’une réconciliation entre le monde humain et le monde divin, où la nature serait le lieu de l’interférence de ces deux sphères, mieux encore, le lieu de leur intime fusion. Il regrette que ce lien sacré se soit rompu : « Nous n’avons pas choisi la vie de la nature, nous n’avons pas donné un écho favorable à l’appel aimable de la vie par le truchement de la nature ; au contraire, méprisant l’image de Dieu si nettement représentée dans la nature, nous avons répondu par un défi encore plus audacieux que la tour de Babel, nous avons jeté à la face de la Bonté Suprême la lie du goût humain. »

Extrait de « maisons d’artistes », de Gérard-Georges Lemaire, Editions du Chêne

Vers Dieu par le Beau

Dans un village reculé du Nord de la France, des chants polyphoniques a capella jaillissent d´une ancienne abbaye. Ce ne sont pas la voix des moines qui résonnent aujourd´hui, mais celles de jeunes trentenaires parisiens surnommés les Dei Amoris Cantores ou Chanteurs du Dieu d´Amour…

Le Couronnement de la Vierge

Le plus beau vitrail de la basilique Saint-Vincent est celui du Couronnement de la Vierge de l’atelier de Laurent-Charles Maréchal.

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Il est inspiré de l’œuvre du même nom de Fra Angelico, à laquelle France Culture vient de consacrer une chronique :
http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5068559

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Heureuse fête de l’Assomption !

Et merci, Marie, pour toutes les merveilles que vous avez inspirées !

Puissent-elles encore inspirer les hommes d’aujourd’hui,

et ouvrir les yeux de ceux qui persécutent nos frères d’Orient !

Hortus

 

Un grand merci à Gislebert et Danièle !

 

 

 

L’art nous révèle tels que nous sommes

Article de Rapahël Jodeau paru sur le site de Sauvons l’art le 7 juin 2013

L’art… Cette chose un peu vaporeuse, là-haut, qu’on regarde du coin de l’oeil, qu’on vient découvrir dans le brouhaha des musées histoire de pouvoir dire que le Louvre, on l’a visité, nous ! On s’extasie devant quelques tableaux, qu’on montre à des amis qui n’y voient pas matière à pavoiser. Alors on rentre dans sa coquille en se disant que c’est une histoire de goût.

On sait qu’il y a bien quelques personnes qui essaient de faire quelque chose, mais on ne sait pas bien quoi, et puis cela ne nous intéresse pas. Il y a d’autres enjeux plus graves, dont la bataille est plus glorieuse, qui méritent qu’on se batte vraiment. Mais l’art… Franchement, vous y croyez vous ?

Hé bien oui ! Moi j’y crois… Pas comme une chose vaporeuse, pas comme comme quelque chose d’accessoire, mais comme une donnée fondamentale de la société.

L’art est un signe des temps. On peut analyser une société en fonction de son art. Si elle est humble, on y verra se construire des cathédrales sans que personne ne revendique les avoir faite. Et malgré cette absence de générique, le travail est bien, si bien fait qu’il défie les âges, ultime témoignage d’un temps que nous ne connaissons plus. Les flèches se dressent en ce moment vers le ciel, silencieuses au milieu du brouhaha et de l’agitation. Même l’effervescence touristique que les marchands du temple y mettent ne semble pas troubler leur sérénité. Elles sont là, debout, et si on les détruit, on n’aura nuit qu’à nous-même.

L’art dénonce son époque, c’est ainsi. Dans notre société de consommation, il n’est plus qu’un produit parmi d’autres. En face de la permanence de notre beau patrimoine, s’érigent les installations de quelques mois, quelques semaines, quelques jours parfois. Dans les ateliers, quelques peintres s’agitent sur leurs pinceaux. La condition de leur survie est leur production. Que ce mot est devenu vilain ! Trop d’exigence technique nuit à la production. Alors on barbouille, et un ! Un tableau pour qui veut ! Et on la revendique cette œuvre, notre magnifique œuvre ! Et il ne faudrait pas que quelqu’un vienne ricaner ou la moquer un temps soit peu. C’est qu’on est susceptible !

Notre art nous trahit. Alors que les grecs y cherchaient la beauté des corps, nous y recherchons la sensualité, ou de quoi nous faire frissonner, de quoi nous créer des sensations. On va à l’art comme à Disneyland…

L’art est aussi un euphorisant. Grâce à lui, nous vivons mieux. Ceux qui ne me croient pas devraient vraiment jouer le jeu de l’art. Certains tableaux font basculer dans une telle contemplation, du fond comme du geste, qu’on n’en sort qu’avec regret, en espérant pouvoir y revenir. Une galeriste me racontait hier l’histoire d’un médecin qui revenait tous les soirs sans joie et sans appétit, miné par ce qu’il voyait défiler dans son cabinet, et qui s’est rendu compte, un jour que les tableaux qu’il lui avait acheté lui rendait l’appétit et le goût de vivre. Il faut se rendre aux vernissages d’artistes dignes de ce nom, non pas comme des petits consommateurs fébriles, ou comme des snobinards en quête d’avoir quelque chose à raconter, mais comme des enquêteurs, sur la trace de quelque chose qui se fait de plus en plus rare : la beauté. Un regard d’une mère pour son enfant capté par le pinceau, la puissance d’une charge de cavalerie figée par le peintre, la force d’un athlète immortalisée par le sculpteur. Il faut prendre le temps. Notre temps est précieux. Pourquoi l’utiliser à visionner des powerpoint pour ménagère en mal de joliesse, à raconter notre vie sur Facebook, à pianoter des textos, à nous battre toujours contre tout et tout le monde, toujours pour de glorieux motifs ? Nos soirées sont si fatiguées, nos repos si liquides, nos fêtes si bruyantes et nos musiques si endiablées… Pourquoi l’énergie dont nous avons tant besoin ne serait-elle pas infiniment récupérable dans ces moments de silence, en tête-à-tête avec nous même ou quelque chose de plus grand ? Même les cérémonies religieuses sont saturées de chansons, de parlotte… Comme si la fureur de nos villes, sachant que dans ce silence se réveillent les héros, voulait nous empêcher de puiser cette force tranquille dont nous avons tant besoin.

L’art nous fait aimer. Il nous fait aimer l’oeuvre, bien sûr mais, au-delà, ce qu’elle figure. La paternité, le pardon, la magnificence, le courage ou, oserai-je le dire ? la Foi. L’amateur d’art est porté vers, enchanté par une magie bien pure, qui lui fait fuir les charlots du concept pour se tourner vers les rossignols du burin. Celui qui aime vraiment l’art se lasse d’écouter quelqu’un parler de son œuvre. Ce qu’il veut, c’est la voir, l’appréhender, la toucher même. La communication n’est pour lui que verbiage. Il lui préfère l’authenticité du contact direct. L’artiste authentique ne veut pas qu’on le rencontre lui. Il veut nous présenter à Dame noblesse. N’a-t-on pas plus que jamais besoin de ce que l’art nous offre ?

L’art est aussi partage. Quand on aime une œuvre, on veut la faire découvrir, passionnément. On veut communier avec d’autres sur ce qui nous fait vibrer.

Avec ses enfants d’abord. On ne transmet que ce que l’on a, et si l’on ne prend pas le temps d’aimer ce qui est beau, comment pourrions-nous passer la flamme aux générations à venir ?

Avec ses amis ensuite. Quand on parle d’art, on se découvre, on se révèle. On se connaît mieux, soi et les autres. N’avons-nous pas besoin de ces échanges aujourd’hui qu’hommes et femmes ne se voient que pour s’étreindre, où l’amitié déserte les entreprises, les foyers même ?

L’art est, à sa manière, « rhétorique. » Un tableau bouleversant, une musique apaisante, une sculpture qui semble nous regarder avec douceur convainquent plus que toutes les formules conjuratoires qui peuplent nos télévisions, nos journaux, et nos réseaux sociaux, toutes ces déclarations d’intention en carton pâtes de paix, d’amour, de fraternité et de solidarité qui paraissent si fades même dans la bouche de nos jolies miss France…

Et pourtant l’art n’a jamais été si malmené. Trouver la beauté est une chose rare. Ceux qui pensent la trouver dans les musées oublient que ceux-ci sont les gardiens du passé. Mais où chercher dans la création d’aujourd’hui ? C’est devenu un jeu de piste… (…)

 

Le catholicisme vu par… Jean Clair

Extrait d’un article paru dans Le Figaro du 4 novembre 2013, Jean Clair, le réactionnaire assumé :

« (…) Bien qu’il se dise mécréant, il mène dans cet ouvrage [Les Derniers Jours, Gallimard]  une réflexion très riche sur le christianisme. Il parle des Vierges à l’Enfant, du rite de la messe, du Piss Christ (une photographie de l’artiste Andres Serrano représentant un crucifix plongé dans un verre d’urine) qui le mit hors de lui, de Satan même. «Oui, Satan… ce qui m’étonne c’est que le monde actuel ne croit pas au Mal», dit-il. «Élève dans la religion catholique, je ne suis plus pratiquant pour diverses raisons, mais je suis de plus en plus frappé par la puissance et la beauté d’un art forgé par le christianisme.» Il insiste: «C’est la seule forme d’art au monde – on va m’étriper de dire cela mais tant pis – qui témoigne d’une telle tendresse, d’une telle spiritualité et d’une telle humanité.»

Selon lui, le catholicisme, religion de l’incarnation et du salut, ne méprise pas le monde, contrairement à d’autres spiritualités : «Il a entraîné une observation sans égal de l’homme et de la nature créés par Dieu, et permis le développement des sciences naturelles.» On lui objecte les réticences de l’Église envers les PMA et GPA. Son ton se durcit: «La science, ce n’est pas l’autorisation de faire n’importe quoi, comme ces horreurs post-hitlériennes, l’eugénisme et l’euthanasie, qui sont en train de se mettre en place.» Au fil de son livre, il cite Dostoïevski écrivant que «l’homme ne peut conserver forme humaine qu’aussi longtemps qu’il croit en Dieu». Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’humanisme sans Dieu ? Il opine, songeur.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Jean Clair n’est pas désespéré. Il remarque chez les moins de 30 ans une inquiétude, un sérieux, une volonté de comprendre qui n’existaient pas chez leurs aînés. Certes, ces jeunes gens manquent de maîtres pour les guider dans leur réflexion : «Mais si la question est là, la réponse viendra.» (…) »