Personnification de la Ville de Metz

Un musée de Baltimore aux Etats-Unis, The Walters Art Museum, détient depuis 1983 une oeuvre intitulée « Personnification de la Ville de Metz » datant de 1871 par le sculpteur Jean-Louis Grégoire (1840-1890) (et non Le Grégoire comme l’indique le site du musée).

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Il est bien difficile de trouver des informations sur ce sculpteur, et encore plus sur cette oeuvre qui semble symboliser la souffrance de Metz prisonnière de la férule allemande.

Oeuvre qui est un beau pendant matériel au poème « Ode à Metz » de Paul Verlaine, les deux artistes étant contemporains.

Notre Dame de Metz, place Saint-Jacques

« Une autre Vierge, qui a vu les envahisseurs de 1940, semble depuis lors avoir pris la première place dans la dévotion messine : érigée en 1924, sur une haute colonne, en place publique de Metz, elle fut le réconfort de ceux qui restèrent dans la ville sous l’occupation allemande, tandis que les 200.000 Lorrains, exilés un peu partout, l’évoquaient comme une assurance de sauvegarde et de prochain retour. Cette noble statue de Jacques Martin a en outre le mérite de suggérer avec grâce et profondeur l’union du Médiateur et de la Médiatrice : le geste de protection, que l’Enfant fait de la main gauche, est guidé par le bras de la Mère. »

M. Vloberg, La Vierge et l’Enfant dans l’art français, Arthaud

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Source : « Metz en guerre 1939-1945 », ASCOMEMO, Editions Alan Sutton
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Metz vue par Raymond Poincaré le 8 décembre 1918

Extrait du discours prononcé à Metz le 8 décembre 1918 par M. Raymond Poincaré, président de la république, lors de son premier voyage en Lorraine reconquise :

« …Metz, l’antique cité gallo-romaine, qui a gardé, à travers les siècles, comme un témoignage de ses origines son vieux nom latin ; Metz qui fut autrefois une des digues de l’Occident contre le flot sans cesse grondant de l’invasion germanique ; Metz qui a parlé la langue romaine dont est peu à peu sorti notre français ; que les rois d’Austrasie ont, à plusieurs reprises, choisie comme capitale, qui a, pendant tout le Moyen Âge, conservé ses traditions et son idiome maternel ; Metz, dont la cathédrale a été bâtie par des artistes français, dont les archives contiennent les plus anciens manuscrits français, dont les chroniqueurs ont composé, en français, toutes les pages de votre histoire locale ; Metz, sur qui le Saint-Empire, dont l’Allemagne prussienne a usurpé l’héritage, n’a jamais eu qu’une autorité fictive ; Metz qui, avant même de se placer sous la protection de Henri II, s’était depuis longtemps tournée vers le roi de France, comme vers un tuteur de son choix et qui est définitivement entrée dans la communauté française en même temps que Toul, en même temps que l’héroïque Verdun ; Metz, contre qui se sont vainement épuisées les armées de Charles-Quint, qui proclama Henri III son Seigneur et souverain et qui fit plus tard à Henri IV une réception triomphale ; Metz, si fière aux XVIIe et XVIIIe siècles, du parlement qu’y avait installé Richelieu, si justement orgueilleuse des illustres fils qu’elle a donnés à la mère patrie, si jalouse de demeurer fidèle à l’esprit et au goût français, Metz a été, il y a quarante-huit ans, arrachée par la force à ses affections naturelles et à ses habitudes historiques, déviée de ses origines, déracinée de son passé, pour être jetée, frémissante et indignée, sous cette domination qui réveillait en elle des antipathies séculaires… »

L’histoire de Metz dans ‘La Moselle touristique, économique et historique’ de 1967

Au confluent de la Moselle et de la Seille, étalée sur plusieurs îles, Metz, l’une des plus vieilles et des plus puissantes villes des Gaules, l’antique capitale de l’Austrasie où régna Brunehaut, qui connut les drames tragiques de notre lointaine histoire, qui fut le berceau des Carolingiens et le centre de leur vaste empire, qui devint, au Moyen Âge, une république indépendante plus jalouse que Venise et plus riche que Francfort, Metz a conservé bien des richesses de son prestigieux passé. Il suffit d’y venir pour en subir le charme. Chaque époque y a laissé les traces de son génie.

Des temps romains, elle possède le plus important musée du nord-est de la France ; de l’époque mérovingienne, elle garde l’église Saint-Pierre aux Nonnains, la plus vielle de France ; du Moyen Âge, ces restes de remparts dont les tours crénelées se mirent dans la Seille aux flots verdâtres, et la Porte des Allemands, vaste ensemble de constructions des XIIIe, XVe et XVIe siècles, qui renferme un cloître curieux aux arcades toutes proches des chefs d’oeuvre florentins.

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De la période contemporaine, l’église Sainte-Thérèse dresse sa masse de béton.

Les vieilles rues abondent, gardant leur cachet de vétusté en dépit d’une animation continue qui dit assez le caractère commerçant de la cité. Des hôtels rappellent ça et là l’aristocratie disparue : hôtel Saint-Livier, l’un des plus anciens monuments civils de France, avec ses délicates fenêtres du XIIe siècle et sa tour crénelée, aujourd’hui Conservatoire de Musique ; hôtel de Lassalle, où naquit ce brillant cavalier des guerres de l’empire ; hôtel de Burtaigne, hôtel de Heu.

Tout près d’eux existe encore la place Saint-Louis ou du Change, avec ses maisons fortifiées et ses arcades, où les changeurs juifs et lombards soutenaient le commerce mondial.

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D’immenses greniers sur les bords de la Moselle rappellent la nécessité où l’on était alors d’entreposer longtemps les marchandises. Le plus beau demeure le grenier de la ville ou de Chèvremont, avec ses façades sévères et ses immenses salles aux grosses poutres de bois apparentes.

Des églises romanes et gothiques : Saint-Maximin, Saint-Eucaire, Sainte-Ségolène, Saint-Martin avec un narthex et un triforium, l’ancien couvent des Récollets avec son cloître, la vaste abbatiale Saint-Vincent, l’une des oeuvres les plus pures du XIIIe siècle, avec sa façade tronquée du XVIIIe siècle, achèvent la parure de la cité.

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La cathédrale les domine toutes : une des plus hautes et des plus vastes de France, construite de 1240 à 1516 avec sa nef centrale jetée tardivement sur des bas-côtés trapus, sa décoration intérieure d’une sobre richesse, son triforium surmonté d’une double frise sculptée, ses verrières des XVe et XVIe siècles, oeuvres de Herman de Munster, Thiébault de Lixheim et Valentin Bousch, ses tours flamboyantes du chapitre et de la Mutte.

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L’époque récente, 1952-1960, nous a valu des vitraux des Maîtres Villon, Chagall et Bissières. La cathédrale actuelle, massive et fière, au centre de la cité, prolongement de l’oratoire du Ve siècle, situé à la même place, veille jalousement sur ses enfants et les défend des envahisseurs. Metz, riche de monuments moyenâgeux, possède aussi quelques belles réalisations militaires et civiles du XVIIIe siècle qui enchantaient Barrès : l’hôtel de ville de Blondel, le palais de justice de Clérisseau, le théâtre et les bâtiments de l’intendance.

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On ne quittera pas Metz sans flâner dans ses promenades, où bosquets et jets d’eau entretiennent une délicieuse fraîcheur, sur son Esplanade que chanta Verlaine, le long des quais fleuris au bord de la Moselle. La campagne vient jusqu’au coeur de la ville, et se poursuit ainsi sur près de deux kilomètres. Metz est une cité charmante, encore que sa prenante beauté ne se révèle pas tout de suite, car elle est faite pour les délicats et les raffinés.

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Son cadre est unique dans la vallée de la Moselle. Le fleuve près d’elle se divise en quatre bras pour mieux l’étreindre ; les collines qui l’entourent, notamment le Saint-Quentin, la regardent avec amour. Par-ci, par-là, on aperçoit des villages perdus dans les vignes et les mirabelliers, les toits rouges des greniers et des celliers, les clochers rutilants sous le soleil.

On ne peut connaître la douceur sans avoir vu Metz qui est encore réputée pour sa gastronomie et ses nombreuses spécialités régionales comme elle l’est pour le bon accueil qu’on y trouve.

Paul DURAND, maire-adjoint de Metz