Jean-Paul II : « Que veut dire : je veille ? »

Parce que le Christ nous enseigne la cohérence et ne veut certainement pas qu’une basilique millénaire soit offerte à ceux-là même qui veulent le mariage et ses dérivatifs pour tous, voici les mots que Jean-Paul II a prononcés en 1991 devant un million de jeunes à Jasna Gora, en Pologne :

« Que veut dire : je veille ? Cela veut dire, je m’efforce d’être un homme de conscience et je ne la déforme pas : j’appelle par leur nom le bien et le mal, dépassant celui-ci en moi-même. Telle est bien la question fondamentale, qui ne pourra jamais être amoindrie, ni mise sur un plan secondaire. (…) « Je veille » veut aussi dire : je regarde les autres. Je veille veut dire : amour du prochain ; et encore : solidarité « interhumaine » fondamentale. J’ai déjà prononcé ces paroles une fois, ici, à Jasna Gora, pendant la rencontre avec les jeunes, en 1983, une année particulièrement difficile pour la Pologne.

Aujourd’hui, je les répète : « Je suis près de toi, je me souviens de toi, je veille. » »

Cité dans Et la France se réveilla, enquête sur la révolution des valeurs, par Vincent Trémollet de Villers et Raphaël Stainville, Editions du Toucan

L’Art Contemporain se veut total et sacré…

Alors que la basilique Saint-Vincent va devoir subir, pour la deuxième fois en quatre ans, une animation de la prochaine nuit blanche, voici, à l’attention des clercs du diocèse qui acceptent n’importe quoi dans les églises de la ville, une recension du livre d’Aude de Kerros,  « Sacré art contemporain » par Maximilien Friche de Mauvaise nouvelle.

L’Art Contemporain se veut total et sacré, Aude de Kerros (1) refuse d’être aux ordres

L’arnaque, l’usurpation, le foutage de gueule sont les qualificatifs désormais réservés aux derniers endroits réactionnaires que sont les comptoirs des cafés pour qualifier l’Art Contemporain (AC). Les malheureux ne savent pas à quel point ils ont raison, ne savent pas à quel point l’art conceptuel est allé au-delà de l’imagination en perversion. Après « L’Art caché » (2), Aude de Kerros reprend l’écrit pour résister et entrer en dissidence vis-à-vis de l’AC avec son nouvel opus intitulé « Sacré Art contemporain » (3). Elle révèle, exemples à la clé, le fonctionnement totalitaire de l’Art Contemporain grâce au travail de commissaires d’expositions, d’inspecteurs et tant d’autres fonctions aux évocations bolchéviques du ministère de la culture et de ses ramifications. Elle révèle aussi comment, avec la complicité et la collaboration d’évêques français, l’AC opère l’alchimie postmoderne de sacraliser la tourbe. Il est tout à fait légitime et logique qu’après avoir opéré par un détournement du langage, et dans la grande tradition Duchampienne, la transsubstantiation d’un objet vil en art, l’AC veuille acquérir ses lettres de noblesse en incarnant un sacré, un sacré sans Dieu bien sûr. L’année 2011 a été l’occasion de querelles qui rappellent les guerres de l’AC aux USA il y a dix ans : Golgotha picnic, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Piss Christ. Le livre d’Aude de Kerros arrive donc à point pour encourager tous ceux qui veulent entrer en dissidence.

L’incontournable art Sub-Sub

Une Vierge formée avec des étrons, un strip-tease sur un autel, un crucifix noyé dans l’urine, un Christ en piéta assis sur une chaise électrique à la cathédrale de Gap, une machine à baptiser réalisée dans une église en Vendée laissant couler un liquide blanchâtre et plastifiant, le sperme de Dieu, des multiples réalisations nihilistes ou carrément satanistes, des vitraux aux symboles de la communauté gay et enfin Jean de Loisy qui clame en conférence de carême à Notre Dame de Paris en 2008 : la bite est sacrée, le trou du cul est sacré ! Bref, il suffit d’un condensé de porno-choc, de scato-chic, de catho-maso pour former l’art Sub-Sub, subventionné subversif et définitivement le sacraliser. « La transgression est devenue un service public, un monopole de l’Etat » (4), souligne dès le début de son livre Aude de Kerros. Le scandale ne réside pas dans la subversion mais dans la subvention. Aude de Kerros nous rappelle que la subversion a toujours existé sans poser soucis. Le véritable scandale est son officialisation par la commande publique. Le deuxième scandale est, par-dessus l’officialisation, la sacralisation de l’art conceptuel par la commande publique avec la collaboration de l’Eglise de France. Car en France, l’Etat est un label, il donne le ton et les fondations privées, les collectionneurs, etc, suivent comme un seul homme. En investissant les églises, Aude de Kerros explique que l’AC se drape de la légitimité historique et d’une ambiance de transcendance. C’est essentiel puisque « la légitimité de l’AC n’est que financière et repose essentiellement sur la foi elle aussi, tout comme la monnaie est fiduciaire. » (5) Pour la première fois de l’histoire de France, il y a donc un art sacré d’Etat, les commissaires, car les totalitaires n’ont pas peur des fonctions, imposent aux évêques. Le troisième et dernier scandale révélé par le livre est le monopole de la commande publique détenu par l’AC. Il n’y a pas de place pour tous les artistes d’aujourd’hui. Tous ceux qui travaillent de leurs mains pour faire du beau feraient bien de circuler pour s’orienter vers les salons des arts créatifs. Seuls ceux qui manipulent les concepts sont autorisés à gagner leur vie pour les fonctionnaires de l’art qui agissent et décident seuls.

« Ce que tu vois est de la merde, mais rassure-toi, il y a une pensée derrière. » (6)

Aude de Kerros, à travers les multiples exemples qu’elle livre dans son livre, nous fait comprendre comment l’artiste contemporain échappe systématiquement au jugement, esquive toutes responsabilités. Ses stratégies sont diverses. Il y a d’abord le cache-cache. L’auteur parsème des retables ou statues de vierges en plâtre de petits cœurs, de petites croix et XXX. Les initiés reconnaissent des anus, deux pénis croisés et le symbole des morts du sida. Les clercs n’y voient que des motifs décoratifs. Les militants gays sont contents de leur coup. La deuxième va légèrement plus loin et procède du « farces et attrapes ». Le regardeur (7) doit être absolument bousculé, questionné, choqué. Le bourgeois ne sera plus jamais tranquille, il sera assailli de blagues et contraint à la réflexion permanente. Exemple donné par l’auteur : 2001, Maine et Loire, en l’église Saint-Georges des gardes, posée à côté de la chasse du saint guérisseur, une autre chasse remplie de boîtes de médicaments. L’œuvre s’appelle : le miracle des antibiotiques. Ce n’est pas méchant. Cette petite blague permet une démultiplication des questionnements et débouche sur la délivrance de messages, voire d’une morale comme notre temps l’aime. La troisième stratégie convient aux artistes, dupes, légèrement niaiseux, piégés par leur propre dialectique. Il s’agit de la sincérité du jeu du hasard au palais des glaces. Très en vogue chez les artistes étatisés. L’œuvre, le concept ne se réalise que par le regardeur. L’effet miroir est immédiat. Si ce que vous voyez est choquant, c’est que la société elle-même est choquante. Les artistes ne font que montrer, les œuvres sont des épiphanies de ce monde (et de son Prince). Les artistes dénoncent et on les blâme, c’est le comble. C’est le cas de Piss Christ, les gens ne comprennent vraiment rien. L’œuvre peut aussi être montrée comme étant purement spontanée, le fruit du hasard, et c’est le regardeur qui y projette sa culpabilité. L’œuvre révèle le mal contenu dans le regardeur. Les artistes ayant cette stratégie sont capables de croire sincèrement aux raisonnements produits, aux dossiers de presse. L’essentiel est donné dans cette sentence : « L’œuvre produit une déception qui donne à penser » (8). Aude de Kerros nous livre ainsi un pot pourri de l’art contemporain qui aurait pu servir de source intarissable à Philippe Muray. Il faut bien en rire.

Et en plus l’Eglise aime ça

L’Art Contemporain est donc le rendez-vous de tous les blasphèmes. Il serait logique qu’il soit le prétexte d’une querelle entre l’Etat et l’Eglise. Et bien, Aude de Kerros nous montre que l’étude de l’histoire de l’Art Contemporain, et de sa quête du sacré, révèle une collaboration de l’Eglise par la voie d’évêques à son humiliation. L’Eglise se fait insulter, voit sa foi salie et elle aime ça. On trouve deux sortes de clercs. Il y a d’abord les militants de l’intérieur, les défenseurs du progrès par l’AC, autant dire des idéologues qui noyautent l’Eglise. Aude de Kerros nous rappelle le lancement en 1997 à Lourdes lors de l’assemblée plénière de tous les évêques de France d’un groupe « Arts, Culture et Foi ». Gilbert Brownstone y servira de sherpa entre autres à Mgr Rouet et à l’abbé Pousseur pour expliquer l’essence de l’AC. Sur Piss Christ, l’abbé conclut que l’œuvre était « porteuse de lumière » (9). Quant à l’évêque, il encense l’AC qui, contrairement à l’art moderne, est « moral, utile socialement, humanitaire, fondé sur la transgression… » (10). Pour ceux-là, rien à faire d’autre que prier pour leur conversion. Comme chez les artistes, derrière ceux que l’on aimerait qualifier de mal intentionnés, se cache une armée de niaiseux qui suivent. Ils sont piégés par les raisonnements des premiers. Pour eux, la charité exige de choisir l’art contemporain. De la maltraitance du regardeur, doit naître le dialogue. Du pur sado-maso. L’ouverture des Bernardins en 2008 constitue pour Aude de Kerros l’aboutissement de la convergence entre christianisme moderne et art contemporain. Jean de Loisy, commissaire d’exposition, en charge du département art contemporain aux Bernardins et théologien par-dessus le marché, aime ça aussi. Il aime cette façon « salutaire » d’être secoué. Et ce département s’arrange pour ne laisser aucune place à l’art d’aujourd’hui et à tout donner aux concepts. Pour Aude de Kerros, si l’Eglise suit tous ces théoriciens, c’est avant tout mû par le désir d’inculturation de la modernité, de l’art contemporain. Stratégie séculaire de l’Eglise. Sauf que l’auteur se pose la question que certains évêques ont oublié de poser aux commissaires : « Est-il possible d’inculturer une anti-culture ? » (11). Est-il possible d’inculturer un système d’essence totalitaire ?

Guerres culturelles et dissidence

Le livre « Sacré art contemporain » commence par un lexique, car l’AC, comme tout mouvement révolutionnaire change les définitions. Tout comme Duchamp avait qualifié d’art ce qui ne l’était pas, le laid devient beau, le blasphème salutaire, etc.  S’il y a guerre, c’est avant tout la guerre des mots. L’Art Contemporain, on l’aura compris, qualifie tout autre chose que tout l’art d’aujourd’hui. Aude de Kerros déplore qu’aucune place ne soit laissée à celui qui, travaillant de ses mains, réalise une œuvre traduisant une vision intérieure du monde, se passant d’explications, destinée à la contemplation voire à la communion. « L’artiste conceptuel, celui dont la cote monte, ne fat rien de ses mains » (12). En 2011, les affaires comme Golgotha pic-nic ont montré que le peuple pouvait réagir sous différentes formes pour s’opposer à ces choix de fonctionnaires. Dans un autre registre que la réaction, des paroissiens, comme à Fréjus, encouragés par leur évêque, sont parvenus à faire revenir l’Art dans leur église et à l’imposer aux fonctionnaires. L’Eglise de France a commencé à corriger le tir. L’Etat devra à sa suite infléchir un peu sa position. Aude de Kerros reprend la parole de Mgr Vingt-Trois : « La foi est indissociable d’une expression esthétique de cette foi et n’est pas assimilable à un modèle artistique particulier« . Et déjà, comme tout système totalitaire, l’Art Contemporain se fissure. Des brèches sont réalisées. Des artistes rentrent en dissidence et l’écrivent pour se battre avec les mêmes armes que les conceptuels, pour se battre avec les mots. Le livre d’Aude de Kerros nous rappelle que les artistes existent bien, ils sont masqués par l’Art Contemporain, méprisés par les commissaires et autres fonctionnaires de la culture. L’Art n’est pas mort, il patiente. Comme Dieu.

  1. Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également l’auteur de plusieurs livres et articles sur l’Art Contemporain. Elle anime l’émission « le libre journal d’Aude de Kerros » sur Radio Courtoisie.
  2. L’Art caché – Aude de Kerros – Eyrolles éditions – ISBN-10: 2212539339
  3. Sacré art contemporain – Aude de Kerros – Jean-Cyrille Godefroy Editions – ISBN-10: 286553233X
  4. Sacré art contemporain – p21
  5. Sacré art contemporain – p62
  6. Extrait de « Art » de Yasmina Reza à entendre dans la bouche de Pierre Vaneck jouant Marc
  7. Aude de Kerros explique dans son lexique au début de son livre que le « regardeur » est un des mots clefs de l’art contemporain. « L’acte de foi du regardeur est fondateur … »
  8. Sacré art contemporain – p106
  9. Sacré art contemporain – p95
  10. Sacré art contemporain – p96
  11. Sacré art contemporain – p176
  12. Sacré art contemporain – p149

Saint-Martin d’Arc-sur-Tille, l’église miraculée

« Le scénario est toujours le même : une église mal entretenue, un maire qui souhaite la démolir, sous prétexte qu’aucune autre solution n’est possible et que sa restauration coûterait trop cher… Parfois, les élus indignes de leur fonction parviennent à leurs fins. Ce fut le cas l’année dernière de Nicolas Dumont, maire d’Abbeville. Les habitants de cette ville, qui l’ont cru, devraient regarder le film qui accompagne cet article, où l’on voit comment une commune d’à peine 2500 habitants, Arc-sur-Tille, a réussi ce qui était soi-disant impossible : sauver son église, après s’être débarrassé de l’élu incompétent. Aujourd’hui, la première tranche de la restauration est en cours, et le financement de la deuxième est en bonne voie puisqu’il reste à ce jour à peine 140 000 euros sur 800 000 à trouver. Une souscription est toujours en cours via la Fondation du Patrimoine et la générosité qui s’est déjà largement manifestée auparavant devrait encore se manifester. Si tout va bien, cette deuxième partie du chantier devrait débuter en janvier 2014 pour une réouverture au public prévue trois ans plus tard. En attendant, l’église devrait pouvoir être visitée lors des prochaines journées du patrimoine. (…)

De longues descriptions sont inutiles : ce que l’on voit dans le film ci-dessous (visible par tous) montre tout l’intérêt de cette église qui a failli disparaître. N’hésitez pas à soutenir l’association dans sa recherche de fonds (vous pouvez le faire à partir d’ici). Diffusez ce film largement : il est la preuve qu’il ne faut pas croire les élus qui veulent détruire leur église. Que les habitants de Gesté et des autres communes sur lesquelles plane une telle menace aient le bon réflexe aux prochaines municipales : dehors les vandales ! »

Texte complet sur le site de La Tribune de l’Art :

 

Heureusement, l’église Saint-Martin d’Arc-sur-Tille, contrairement à la basilique Saint-Vincent, a eu la chance d’avoir une association d’« amis » sincères et soucieux de la faire revivre et de lui conserver son caractère sacré, un maire digne de sa fonction, et un clergé qui ne s’est pas trompé de maître.

Le nouveau site Internet du diocèse de Metz

Le diocèse de Metz a changé récemment la présentation de son site Internet.

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On y voit un beau ciel bleu en fond, mais un internaute étranger ne parlant pas français et arrivant sur ce site par hasard devinerait-il que c’est celui d’un diocèse de la « fille aînée de l’Eglise, éducatrice des peuples » ? Au moins l’ancien site présentait-il des photos d’églises en entête ; là, une minuscule petite croix dans un coin du logo du diocèse, dont la barre horizontale est d’ailleurs plus grande que la barre verticale, une ampoule, un agenda, une affiche des JMJ qui fera illusion tant qu’elle sera d’actualité, mais après ?

Ce n’est pas tant la forme du site du diocèse qui avait besoin d’être changée que le fond : c’est toujours un site fait par des bureaucrates pour des bureaucrates, avec des conseils, des commissions, des projets entre amis, des abréviations dans tous les sens, de l’autosatisfaction…

Mais le croyant, l’assoiffé d’absolu pourront toujours y chercher de quoi nourrir sa foi et son espérance en cette période de fous, ils n’y trouveront rien ! Même le communiqué de M. Raffin de fin avril appelant les catholiques à la résistance après le vote de la loi Taubira ne s’y trouve pas. Et ne parlons pas des ridicules « FAQs Actes des Apôtres« , comme « La méthode de lecture n’incite-t-elle pas au subjectivisme ? »… Saint Pierre réveille-toi, ils sont devenus fous !

Mais comment des hommes qui prétendent avoir mis leur vie dans les pas du Christ peuvent-ils être aussi timorés, aussi désespérants, aussi inexistants même dans l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Ont-ils oublié qu’ils sont les dépositaires d’un héritage spirituel fabuleux, et qu’ils devraient être enthousiastes à le transmettre à leur tour ? N’y a-t-il pas péché à n’avoir que ce néant à proposer, sachant que l’étymologie de ce mot est « manquer sa cible » ? N’est-ce pas enterrer ses talents à dix pieds sous terre, ou ces hommes ont-ils à ce point perdu la foi qu’ils s’ingénient à n’en rien transmettre ?

Comment s’étonner ensuite que les prêtres de M. Raffin ne sachent plus comment remplir une basilique millénaire, pourtant située au cœur d’un quartier si riche en humanité ? Ou alors la beauté de cette basilique, la foi et la force des hommes qui l’ont construite, alors qu’ils n’avaient pas un millième du confort et des outils dont nous disposons aujourd’hui, les renvoient-elles à leur propre petitesse ?

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Heureusement que la toile fourmille de sites et d’exemples où la Foi, l’Espérance et la Résistance chrétienne ne sont pas de vagues concepts enfouis sous un fatras technocratique !

Grâce soit rendue à tous ceux qui s’engagent aujourd’hui spirituellement, intellectuellement et physiquement pour défendre la Vérité et faire renaître la Foi catholique dans notre pays !

Que pèse un homme dans l’art aujourd’hui ?

Article de François-Xavier de Boissoudy, artiste peintre, paru sur le site de l’Ecologie humaine

Qu’en pense le clergé mondain et tartuffesque qui entoure M. Raffin et qui impose dans les églises de Metz une cacaille pseudo-artistique indigne ?

« Quel rapport y a-t-il entre l’art et l’écologie humaine ? Le mouvement culturel de l’écologie humaine s’est construit ces dernières années sur l’expérience de l’accueil et la défense des plus faibles, et se caractérise par une approche pragmatique de la personne, prise dans sa globalité, corps et esprit. Pour mieux aborder ce que l’écologie humaine et l’art, à l’heure de l’art contemporain – peuvent trouver en commun, il importe qu’une définition des concepts d’art soit partagée. Ce point commun trouvera vie dans le choix qui est imparti à chaque artiste, en l’occurrence de ce qu’on est prêt à laisser parler en soi.

QU’EST-CE QUE L’ART A L’HEURE CONTEMPORAINE ?

« L’art contemporain dissocie très souvent les deux dimensions, qui réunies, forment la totalité de la personne humaine »

L’art et  la culture, ces dernières décades, ont été le champ d’expérimentation de la culture de la déconstruction la plus avant-gardiste, que nous voyons aujourd’hui à l’œuvre sur le terrain sociétal, avec la même approche abstraite et conceptuelle que la loi sur le mariage à laquelle nous sommes confrontés. Déconstruction d’autant plus forte en France, que subventionnée, et imposée par l’Etat.

L’art occidental est aujourd’hui à l’image du consumérisme et de l’individualisme de masse. Il revendique d’être la totalité de l’art,  il trouve sa raison d’être dans le détournement  de  la mission de l’art, qui était d’exprimer par la beauté, et l’évocation de la vérité, l’existence en toute créature d’une transcendance, d’une histoire sacrée à l’image du Dieu fait homme des chrétiens ; l’art se pare maintenant d’être son propre but, et son apparition se présente comme une véritable révélation. La création artistique contemporaine revendique le surnaturel pour elle-même, dans l’horizon indépassable de la matérialité. La recherche de l’absolu et des fins ultimes se cantonne alors au pôle de la mélancolie et de la mort.

L’art contemporain parle alors par énigmes et nécessite une véritable initiation. Il est aussi le résultat d’une véritable atomisation du langage, dans le sens où la réalité profonde de l’homme se voit laissée à des visions subjectives et partielles. L’art contemporain dissocie très souvent les deux dimensions, qui réunies, forment la totalité de la personne humaine, à savoir la dimension corporelle, et sa réalité de vie spirituelle, sa dignité intrinsèque et sacrée : tantôt un art conceptuel qui évacue la présence du corps, aussi bien dans l’idée qui préside à la création – le concept -, que dans le processus créatif (la peinture, la sculpture, faites avec les mains sont devenues très suspectes, à moins d’avoir comme sujet leur propre anéantissement) ; tantôt un art qui  ne désigne comme réel que ce qui est visible. Pourtant, le désir profond d’associer l’art à la recherche de la vérité existe toujours. L’art qui partage les mêmes fondations que l’écologie humaine s’appuie sur le réel ; l’art se doit, en effet, pour être véritablement art, de tenir compte de la composante charnelle et la composante spirituelle. La frontière passe donc entre réalisme matérialiste et un irréel spiritualiste qui nient tous deux la valeur réelle de la vie humaine, et constituent à son égard une véritable violence.

QU’EST-ON PRET A LAISSER PARLER EN SOI ?

« J’ai retenu le choix de l’émerveillement pour fonder mon travail de peintre »

L’art et l’écologie humaine existent et fonctionnent grâce à une particularité humaine fragile, qui est aussi une boussole remarquable : le don de s’émerveiller.

Le lien qui existe entre l’écologie humaine et l’art, passe au milieu de chacun de nous-même, ce lien est particulièrement fragile face à la volonté de puissance à laquelle nous sommes tous, en nous-mêmes, confrontés : la faculté de s’émerveiller, qui, loin d’être le produit de l’intelligence intellectuelle, est liée à la vie intérieure de chaque homme, qui a le choix de l’enterrer à chaque instant, ou de fonder sa vie dessus, à chaque instant. L’émerveillement procède d’abord de la réception, de l’accueil de quelque chose permis par l’acceptation de sa propre faiblesse.

L’émerveillement, c’est la surprise face à la vie qui survient, face à la grâce de vivre, face à la réalité du mystère d’être, à la dimension infinie et de la personne et qui mérite que je témoigne de cette expérience. Le rôle que je m’accorde est donc celui de témoin de ce que j’ai vécu de plus fort, c’est-à-dire recevoir et accepter en moi quelque chose de vivant et de plus grand que moi. J’ai retenu le choix de l’émerveillement pour fonder mon travail de peintre. Cette compréhension de l’essence de l’inspiration artistique propose de rentrer dans une expérience de contemplation, de me mettre en face de ce qu’il y a à saisir, plus sûrement qu’avec mes seules capacités intellectuelles, de la réalité profonde de notre condition d’homme. C’est-à-dire ce qui lie ma chair et mon esprit au mystère de l’Être. Cette contemplation bienveillante ressemble véritablement à l’attitude que l’on peut avoir avec la personne handicapée, ou la personne en état de faiblesse, à ses tout débuts ou dans ses derniers instants.

« La force de l’art est l’éloge de la faiblesse »

La force de l’art est l’éloge de la faiblesse. Ceci procède d’un véritable processus d’humanisation et d’éducation, celui du renoncement à la toute-puissance de ma volonté. En effet, dans le cas de l’artiste émerveillé, l’attitude première est que je cherche à aimer le monde plutôt qu’à vouloir le changer. D’où la véritable légitimité de l’art de la représentation qui, loin d’être seulement une volonté de copier, augmente la réalité par l’expérience de l’émerveillement. Pour conclure, je remercie le mouvement de l’Ecologie humaine, de s’interroger sur les liens qui unissent art et respect de la dignité humaine, et interroge mon expérience d’artiste. Je serais heureux de servir par mon art une vision de l’homme au nom de laquelle vous agissez, et que votre mouvement puisse proposer et promouvoir une vision de l’art qui lui corresponde. Ceci demande des moyens concrets comme des lieux spécialement dévolus à l’art, comme des galeries, ou d’autres manifestations culturelles. »

Source

Illustration : Sainte, par François-Xavier de Boissaudy, 2012

Léon Bloy : l’aversion des catholiques pour l’Art

« Nous assistons en France, et depuis longtemps déjà, à un spectacle si extraordinaire que les malheureux appelés à continuer notre race imbécile n’y croiront pas. Cependant, nous y sommes assez habitués, nous autres, pour avoir perdu la faculté d’en être surpris.

C’est le spectacle d’une Eglise, naguère surélevée au pinacle des constellations et cathédrant sur le front des séraphins, tellement tombée, aplatie, caduque, si prodigieusement déchue, si invraisemblablement aliénée et abandonnée qu’elle n’est plus capable de distinguer ceux qui la vénèrent de ceux qui la contaminent.

Que dis-je ? Elle en est au point de préférer et d’avantager de ses bénédictions les plus rares ceux de ses fils qu’elle devrait cacher dans d’opaques ombres, clans d’occultes et compliqués souterrains, dont la clef serait jetée, au son des harpes et des barbitons, dans l’abîme le plus profond du Pacifique, par des cardinaux austères expédiés à très grands frais sur une flotte de trois cents vaisseaux !

Quant à ceux-là qui sont sa couronne, ses joyaux, ses éblouissantes gemmes et dont elle devrait adorner sa tête chenue autrefois crénelée d’étoiles, elle décrotte ses pieds sur leur figure et délègue des animaux immondes pour les outrager.

Je l’ai dit autre part, avec force et développements. Les catholiques modernes haïssent l’Art d’une haine sauvage, atroce, inexplicable. Sans doute, il n’est pas beaucoup aimé, ce pauvre art, dans la société contemporaine, et je m’extermine à le répéter. Mais les exceptions, heureuses, devraient, semble-t-il, se rencontrer dans le lignage de la grande Couveuse des intelligences à qui le monde est redevable des ses plus éclatants chefs d’oeuvre.

Or, c’est exactement le contraire. Partout ailleurs, c’est le simple mépris du Beau, chez les catholiques seuls, c’est l’exécration. On dirait que ces âmes médiocres, en abandonnant les héroïsmes anciens pour les vertus raisonnables et tempérées que d’accomodants pasteurs leur certifient suffisantes, ont remplacé, du même coup, la détestation surannée du mal par l’unique horreur de ce miroir de leur misère que tout postulateur d’idéal leur présente implacablement.

Ils s’effarouchent du Beau comme d’une tentation de péché, comme du Péché même, et l’audace du génie les épouvante à l’égal d’une gesticulation de Lucifer. Ils font consister leur dévote sagesse à exorciser le sublime.

On parle de critique, mais le flair de leur aversion pour l’Art est la plus sûre de toutes les diagnoses ! S’il pouvait exister quelque incertitude sur un chef d’oeuvre, il suffirait de le leur montrer pour qu’ils le glorifiassent aussitôt de leurs malédictions infaillibles.

En revanche, de quelles amoureuses caresses cette société soi-disant chrétienne ne mange-t-elle pas les cuistres ou les imbéciles que sa discernante médiocrité lui fait épouser ! Elle les prend sur ses genoux, ces Benjamins de son coeur, elle les dorlote, les mignotte, les cajole, les becquette, les bichonne, les chouchoute, les chérit comme ses petits boyaux ! Elle en est assotée, coqueluchée, embéguinée de la tête aux pieds ! C’est une ausculatation et une lècherie sans fin ni rassasiement ! (…) »

Léon Bloy, Un brelan d’excommuniés, réédité en 2012 par les éditions de L’Herne