Leçon d’histoire de l’art à la basilique Saint-Vincent (suite)

Suite de l’extrait du « Metz d’un petit garçon » de Jean Grosdidier de Matons (éditions Serpenoise, 1989), accompagnée des dessins de la basilique par l’auteur. Un bien joli coup de crayon…

« [Ce monument], malheureusement, est un peu décourageant de l’extérieur à cause de la façade classique plaquée sur la nef gothique. Le petit garçon trouvait mortellement ennuyeux cet échafaudage de colonnes dont on lui avait appris qu’elles étaient successivement, suivant leurs chapiteaux et leurs cannelures, doriques, ioniques ou corinthiennes, encadrant des niches garnies de statues théâtrales, couvertes de suie grasse comme tout le reste de la ville.

Pour voir l’église Saint-Vincent, il faut se  placer au premier étage du lycée, côté cour. Ce n’est offert qu’aux petits garçons distraits, élèves du lycée. Alors l’église apparaît dans toute sa longueur, avec ses toits légèrement inclinés à l’unisson de ceux de la vieille ville, les larges bras de son transept, son abside tombant dans la cour, ses deux tours jumelles parfaites de proportions, cependant que la façade, dont on ne voit que le dos, se fait heureusement oublier. »

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Leçon d’histoire de l’art à la basilique Saint-Vincent

Extrait de « Metz d’un petit garçon » de Jean Grosdidier de Matons, éditions Serpenoise, 1989 :

« Certes, les goûts de la famille du petit garçon, sa culture classique, la portaient plus vers l’admiration des grandes époques de l’architecture religieuse que vers la découverte de celle du XXe siècle. Il reçut à Saint-Vincent une des premières de ces leçons d’histoire de l’art, dont il devait devenir friand. Il avait neuf ans et sortait de classe en fin d’après-midi. Une répétition l’attendait à la maison. Mais son père l’accompagnait qui, au lieu de rentrer tout droit, se glissa avec lui dans l’église par un de ces tambours obscurs qui l’isolait de la rue. Dans la nef, un couple attendait, que le petit garçon salua silenceusement, car une église n’est pas un hall de gare où de grands gestes sont permis. Mais son père, loin de se taire lui aussi, se mit à parler, décrivant à ses visteurs, probablement importants, le monument dans lequel ils se trouvaient, avec sa science, sa justesse et sa facilité d’expression habituelles. Il jonglait avec des mots connus ou nouveaux, comme nef, ogive, chapiteau, champenois, déambulatoire, jubé, tiers point, bras de transept, absidiole, qui venaient se ranger en bataille dans la mémoire du petit garçon. En écoutant son père, il apprenait que l’église, qu’il croyait connaître pour l’avoir traversée cent fois, était sans doute la plus parfaite de la ville ; il remarquait enfin que les piliers montaient, presque sans chapiteaux, pour donner de la légèreté à la nef ; il apprenait comment, de ce fait, les fenêtres étaient placées haut ; il entendait qu’il y avait une ravissante tribune d’orgue du XVIIIe siècle, avec une balustrade qui ressemblait à la bergère du salon de ses parents ; ce père lui faisait savoir que la pureté de l’architecture du choeur était due à l’absence de chapelles à l’entour. Il lui fallut rentrer seul au milieu des explications, parce que son père s’aperçut brusquement que se présence n’était pas prévue au programme et qu’il avait d’autres obligations. Mais il avait une fois de plus acquis des connaissances, appris à lire une église ou un monument. »