Le Couronnement de la Vierge

Mots-clés

, ,

Le plus beau vitrail de la basilique Saint-Vincent est celui du Couronnement de la Vierge de l’atelier de Laurent-Charles Maréchal.

P1020464

 

Il est inspiré de l’œuvre du même nom de Fra Angelico, à laquelle France Culture vient de consacrer une chronique :
http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5068559

couronnement

Heureuse fête de l’Assomption !

Mots-clés

,

Et merci, Marie, pour toutes les merveilles que vous avez inspirées !

Puissent-elles encore inspirer les hommes d’aujourd’hui,

et ouvrir les yeux de ceux qui persécutent nos frères d’Orient !

Hortus

 

Un grand merci à Gislebert et Danièle !

 

 

 

Méditation du père Christian Venard

Mots-clés

, ,

« France, ô ma France très belle

Pour toi je ferais bataille

Je quitterai père et mère

Sans espoir de les revoir jamais »

Le sens du patriotisme semble trop souvent s’être dissout – même chez les chrétiens parfois – dans un hédonisme pacifiste ou un vulgaire individualisme. Certes, comme catholiques, nous savons que notre patrie céleste est ultime. Pour autant, la médiation de la patrie terrestre, cette terre reçue de nos pères, est nécessaire dans notre chemin de foi. « L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité » (cf. CEC 2239). Nous sommes les héritiers d’une immense chaîne d’ancêtres, qui a façonné ces paysages, ces institutions, ces architectures, ces arts, de la cuisine à la littérature, de la musique à la peinture, des sciences à la théologie… La France, telle une cathédrale gothique, se dresse devant nous, s’élevant des profondeurs de la terre charnelle, et pointant vers le Ciel ses tours les plus hautes ; toute remplie et de lumières et d’ombres, elle est ce lieu naturel, où chacun de nous est appelé à faire fructifier les talents reçus, pour le service de la patrie et pour la plus grande gloire de Dieu.

A la veille de la Pentecôte, implorons le Saint-Esprit pour nous-mêmes, pour nos dirigeants, afin de retrouver plus encore, le sens du bien commun et l’amour de notre pays, de tous ses héritages.

Le don de la Sagesse – don par lequel, élevant notre esprit au-dessus des choses terrestres, nous contemplons les choses éternelles – nous permettra d’ordonner l’amour à porter à nos deux patries, la céleste et la terrestre.

Le don d’Intelligence – don par lequel nous est facilitée l’intelligence de la Foi – facilitera notre compréhension du lien étroit entre nos deux patries.

Le don de Conseil  –  don par lequel, dans les doutes et les incertitudes de la vie humaine, nous connaissons ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à notre salut et à celui du prochain – nous fera discerner les actions à poser, les plus à même de rendre service à notre Patrie et à nos concitoyens dans le souci du Salut éternel.

Le don de Force – don qui nous inspire de l’énergie et du courage pour observer fidèlement la loi de Dieu et de l’Eglise – nous fera sortir de notre torpeur et de nos tiédeurs bourgeoises pour nous mettre au service de nos frères dans la Cité.

Le don de Science – don par lequel nous apprécions sainement les choses créées, et connaissons la manière d’en bien user et de les diriger vers leur fin dernière qui est Dieu – sera particulièrement précieux, en ce domaine du patriotisme, pour discerner avec justesse les combats à mener.

Le don de Piété – don par lequel nous vénérons et nous aimons Dieu et les saints, et nous avons des sentiments de miséricorde et de bienveillance envers le prochain – nous poussera à voir en chaque Français un frère à aimer et à aider.

Enfin le don de la Crainte de Dieu – don qui nous fait respecter Dieu et qui nous détourne du mal en nous portant au bien – contribuera à nous conforter dans tous ces choix au service de Dieu et de la Patrie.

Pour reprendre les mots du Père Doncoeur parlant des héros de 14-18, et en les appliquant à tous nos ancêtres qui nous ont légué ce si beau pays : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don. Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et –qui sait ?- peut-être demain à une mort analogue. » Que la Vierge Marie, Reine de France, nous rende dociles aux inspirations du Consolateur, pour nous mettre, chaque jour un peu plus, au service de nos frères, de notre pays, de l’Eglise et de Dieu.

dons du saint Esprit

Le père Christian Venard est prêtre depuis 1997. Aumônier militaire parachutiste depuis 1998, il a accompagné les troupes françaises sur tous les théâtres d’opérations (Kosovo, Afghanistan, Mali, Liban, etc.). A Montauban il a reçu le dernier souffle de deux des paras lâchement assassinés par Merah. Il est l’auteur avec Guillaume Zeller d’un livre témoignage : Un prêtre à la guerre. Il collabore tous les mois à la revue Parole et Prière.

Source

L’art nous révèle tels que nous sommes

Mots-clés

,

Article de Rapahël Jodeau paru sur le site de Sauvons l’art le 7 juin 2013

L’art… Cette chose un peu vaporeuse, là-haut, qu’on regarde du coin de l’oeil, qu’on vient découvrir dans le brouhaha des musées histoire de pouvoir dire que le Louvre, on l’a visité, nous ! On s’extasie devant quelques tableaux, qu’on montre à des amis qui n’y voient pas matière à pavoiser. Alors on rentre dans sa coquille en se disant que c’est une histoire de goût.

On sait qu’il y a bien quelques personnes qui essaient de faire quelque chose, mais on ne sait pas bien quoi, et puis cela ne nous intéresse pas. Il y a d’autres enjeux plus graves, dont la bataille est plus glorieuse, qui méritent qu’on se batte vraiment. Mais l’art… Franchement, vous y croyez vous ?

Hé bien oui ! Moi j’y crois… Pas comme une chose vaporeuse, pas comme comme quelque chose d’accessoire, mais comme une donnée fondamentale de la société.

L’art est un signe des temps. On peut analyser une société en fonction de son art. Si elle est humble, on y verra se construire des cathédrales sans que personne ne revendique les avoir faite. Et malgré cette absence de générique, le travail est bien, si bien fait qu’il défie les âges, ultime témoignage d’un temps que nous ne connaissons plus. Les flèches se dressent en ce moment vers le ciel, silencieuses au milieu du brouhaha et de l’agitation. Même l’effervescence touristique que les marchands du temple y mettent ne semble pas troubler leur sérénité. Elles sont là, debout, et si on les détruit, on n’aura nuit qu’à nous-même.

L’art dénonce son époque, c’est ainsi. Dans notre société de consommation, il n’est plus qu’un produit parmi d’autres. En face de la permanence de notre beau patrimoine, s’érigent les installations de quelques mois, quelques semaines, quelques jours parfois. Dans les ateliers, quelques peintres s’agitent sur leurs pinceaux. La condition de leur survie est leur production. Que ce mot est devenu vilain ! Trop d’exigence technique nuit à la production. Alors on barbouille, et un ! Un tableau pour qui veut ! Et on la revendique cette œuvre, notre magnifique œuvre ! Et il ne faudrait pas que quelqu’un vienne ricaner ou la moquer un temps soit peu. C’est qu’on est susceptible !

Notre art nous trahit. Alors que les grecs y cherchaient la beauté des corps, nous y recherchons la sensualité, ou de quoi nous faire frissonner, de quoi nous créer des sensations. On va à l’art comme à Disneyland…

L’art est aussi un euphorisant. Grâce à lui, nous vivons mieux. Ceux qui ne me croient pas devraient vraiment jouer le jeu de l’art. Certains tableaux font basculer dans une telle contemplation, du fond comme du geste, qu’on n’en sort qu’avec regret, en espérant pouvoir y revenir. Une galeriste me racontait hier l’histoire d’un médecin qui revenait tous les soirs sans joie et sans appétit, miné par ce qu’il voyait défiler dans son cabinet, et qui s’est rendu compte, un jour que les tableaux qu’il lui avait acheté lui rendait l’appétit et le goût de vivre. Il faut se rendre aux vernissages d’artistes dignes de ce nom, non pas comme des petits consommateurs fébriles, ou comme des snobinards en quête d’avoir quelque chose à raconter, mais comme des enquêteurs, sur la trace de quelque chose qui se fait de plus en plus rare : la beauté. Un regard d’une mère pour son enfant capté par le pinceau, la puissance d’une charge de cavalerie figée par le peintre, la force d’un athlète immortalisée par le sculpteur. Il faut prendre le temps. Notre temps est précieux. Pourquoi l’utiliser à visionner des powerpoint pour ménagère en mal de joliesse, à raconter notre vie sur Facebook, à pianoter des textos, à nous battre toujours contre tout et tout le monde, toujours pour de glorieux motifs ? Nos soirées sont si fatiguées, nos repos si liquides, nos fêtes si bruyantes et nos musiques si endiablées… Pourquoi l’énergie dont nous avons tant besoin ne serait-elle pas infiniment récupérable dans ces moments de silence, en tête-à-tête avec nous même ou quelque chose de plus grand ? Même les cérémonies religieuses sont saturées de chansons, de parlotte… Comme si la fureur de nos villes, sachant que dans ce silence se réveillent les héros, voulait nous empêcher de puiser cette force tranquille dont nous avons tant besoin.

L’art nous fait aimer. Il nous fait aimer l’oeuvre, bien sûr mais, au-delà, ce qu’elle figure. La paternité, le pardon, la magnificence, le courage ou, oserai-je le dire ? la Foi. L’amateur d’art est porté vers, enchanté par une magie bien pure, qui lui fait fuir les charlots du concept pour se tourner vers les rossignols du burin. Celui qui aime vraiment l’art se lasse d’écouter quelqu’un parler de son œuvre. Ce qu’il veut, c’est la voir, l’appréhender, la toucher même. La communication n’est pour lui que verbiage. Il lui préfère l’authenticité du contact direct. L’artiste authentique ne veut pas qu’on le rencontre lui. Il veut nous présenter à Dame noblesse. N’a-t-on pas plus que jamais besoin de ce que l’art nous offre ?

L’art est aussi partage. Quand on aime une œuvre, on veut la faire découvrir, passionnément. On veut communier avec d’autres sur ce qui nous fait vibrer.

Avec ses enfants d’abord. On ne transmet que ce que l’on a, et si l’on ne prend pas le temps d’aimer ce qui est beau, comment pourrions-nous passer la flamme aux générations à venir ?

Avec ses amis ensuite. Quand on parle d’art, on se découvre, on se révèle. On se connaît mieux, soi et les autres. N’avons-nous pas besoin de ces échanges aujourd’hui qu’hommes et femmes ne se voient que pour s’étreindre, où l’amitié déserte les entreprises, les foyers même ?

L’art est, à sa manière, « rhétorique. » Un tableau bouleversant, une musique apaisante, une sculpture qui semble nous regarder avec douceur convainquent plus que toutes les formules conjuratoires qui peuplent nos télévisions, nos journaux, et nos réseaux sociaux, toutes ces déclarations d’intention en carton pâtes de paix, d’amour, de fraternité et de solidarité qui paraissent si fades même dans la bouche de nos jolies miss France…

Et pourtant l’art n’a jamais été si malmené. Trouver la beauté est une chose rare. Ceux qui pensent la trouver dans les musées oublient que ceux-ci sont les gardiens du passé. Mais où chercher dans la création d’aujourd’hui ? C’est devenu un jeu de piste… (…)

 

Notre Dame de Metz, place Saint-Jacques

Mots-clés

, , , ,

« Une autre Vierge, qui a vu les envahisseurs de 1940, semble depuis lors avoir pris la première place dans la dévotion messine : érigée en 1924, sur une haute colonne, en place publique de Metz, elle fut le réconfort de ceux qui restèrent dans la ville sous l’occupation allemande, tandis que les 200.000 Lorrains, exilés un peu partout, l’évoquaient comme une assurance de sauvegarde et de prochain retour. Cette noble statue de Jacques Martin a en outre le mérite de suggérer avec grâce et profondeur l’union du Médiateur et de la Médiatrice : le geste de protection, que l’Enfant fait de la main gauche, est guidé par le bras de la Mère. »

M. Vloberg, La Vierge et l’Enfant dans l’art français, Arthaud

NDMetz_0001

NDMetz

Source : « Metz en guerre 1939-1945 », ASCOMEMO, Editions Alan Sutton

P1000611

Assomption 2014

Saint Ambroise et le conflit des basiliques

Mots-clés

, ,

Le conflit dit des « basiliques » est particulièrement révélateur de la personnalité d’Ambroise et contribua fortement à établir sa réputation de défenseur inflexible de la foi de Nicée contre l’hérésie arienne.

Tout avait commencé quelques jours avant la fête des Rameaux de 386, puis la crise culmina durant la Semaine sainte, pour finalement se dénouer le Jeudi saint. Le parti arien bénéficiait à Milan de la faveur de l’impératrice Justine, la mère du jeune empereur Valentinien II. Le pouvoir venait de lui trouver un évêque en la personne d’Auxence. Il restait à trouver pour Auxence et la petite communauté arienne un lieu de culte. Or Ambroise disposait d’au moins trois basiliques, deux à l’intérieur des murs, la basilique Vieille et la basilique Neuve, et la troisième extra muros la basilique Portienne. Il devait donc en céder une à Auxence. La manœuvre de Justine et de Valentinien était habile : si Ambroise cédait, il perdait beaucoup de son crédit ; s’il refusait, il entrait en rébellion ouverte contre le pouvoir. Naturellement, Ambroise refusa énergiquement de livrer aux ariens l’une ou l’autre de ces basiliques : c’eût été reconnaître de fait une légitimité à l’hérésie arienne et donc trahir la foi orthodoxe.
Informés par Ambroise du refus qu’il avait opposé aux exigences de l’empereur, les chrétiens de Milan, fidèles à la foi de Nicée, firent corps autour de leur évêque. Le pouvoir impérial, espérant parvenir à ses fins par l’intimidation, dépêcha la troupe comme pour s’emparer de force de la basilique Portienne. Les fidèles s’y rendirent en foule et l’occupèrent. On pouvait redouter un bain de sang. Les jours suivants, les deux autres basiliques de la ville, occupées à leur tour par les fidèles, sont cernées par les soldats en armes. Le Mercredi saint, Ambroise lui-même se trouve assiégé dans la basilique Vieille. Il y passe la nuit en soutenant les clercs et les fidèles par le chant des hymnes et des psaumes. L’inflexibilité d’Ambroise, se déclarant prêt au martyre, l’importance de la mobilisation populaire, la présence aussi de nombreux chrétiens nicéens parmi les soldats et le fait que plusieurs d’entre eux s’étaient rendus à la basilique Vieille pour y prier avec Ambroise, eurent raison de la volonté impériale. Le siège fut levé, les basiliques restaient la possession des nicéens. Certes, le ressentiment de l’empereur contre Ambroise demeurait grand et lourd de menaces, mais la victoire de l’orthodoxie sur l’arianisme était acquise.

BIBLIA N°39, Vers de nouvelles fraternités, p. 44

Source texte

Source illustration

Vidéo

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine : un prêtre inspiré et inspirant

Mots-clés

Le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine a littéralement réveillé la paroisse des Réformés à Marseille. Dans cette vidéo, il explique comment son église était destinée à être détruite, et aussi bien d’autres choses pour revivifier la foi catholique en France.

Un prêtre aussi lumineux ne pouvant susciter que de nombreuses jalousies, il est aujourd’hui sans affectation.

La modernité vit sur le passé comme un parasite, par Rémi Brague

Mots-clés

, , , ,

Comment fonctionne le principe de modernité ?

La modernité vit sur le passé comme un parasite, comme l’ont montré Chesterton et Péguy avant moi. Elle dépense toute une énergie accumulée, une énergie médiévale, sans jamais produire de sens. Le Moyen-Âge a réussi à convertir l’héritage antique en mouvement, en création… Pensez à la révolution  technique agricole dont il a été à l’origine. Elle a permis à l’espace européen de nourrir davantage de gens, de croître. Cette énergie a poussé le monde médiéval à s’ouvrir, à s’intéresser aux autres cultures, à les découvrir, à développer une distance critique. Cette curiosité est une particularité de l’Europe moyenâgeuse. Les croisades y ont aussi été intellectuelles… Tout cela nous a été transmis et nous en vivons. Continuons-nous à alimenter le réservoir ? Je crains que non. Aujourd’hui, l’Européen moyen est persuadé d’être de facto le plus beau, le plus fort et le plus gentil. Peu lui importe ce que les autres cultures ont à lui dire, elles lui semblent inférieures.

(…)

Le christianisme a-t-il encore un rôle à jouer ? Peut-on concevoir qu’il se soit agi de l’échafaudage de notre civilisation et que, cette civilisation advenue, il ne soit plus utile ?

C’est souvent la thèse défendue par les « athées fidèles », ceux qui ne rendent pas le christianisme responsable de tous les maux. Il est vrai que son rôle a été positif. Je leur ferai remarquer que la civilisation chrétienne a été construite par des gens qui n’étaient pas intéressés par le christianisme mais par le Christ. Au VIe siècle, saint Grégoire le Grand, par exemple, était persuadé que la fin du monde était proche. Il n’a pas agi uniquement en vue du christianisme. Par ailleurs, qu’est-ce qui prouve que le monde forgé par le christianisme pourrait continuer à subsister sans lui ? S’il n’existe pas quelque part un principe qui aime toutes les créatures à un même niveau de la même façon, comment justifierez-vous aujourd’hui que l’on donne un bulletin de vote à tout le monde sans distinction ?

Extrait d’un entretien avec Rémi Brague, « Modernité ou modernite », paru dans Politique Magazine no. 130, juin 2014

cropped-img_0533.jpg

(Agri)culture et culture selon Pierre Rabhi

Mots-clés

,

« L’humain, doté d’entendement et de conscience, ne peut se suffire de la seule réalité tangible. Il est capable de représentations mentales, de spéculations abstraites et, comme on sait, le monde métaphysique a déterminé son destin d’une façon extrêmement décisive. Cette capacité lui a été précieuse pour s’imposer dans un univers hostile où sa vulnérabilité physique n’aurait pu triompher de l’adversité et des rigueurs de la condition de survie. Il est le seul, semble-t-il, à pouvoir, par ses aptitudes intellectuelles et manuelles s’adapter à tous les biotopes, d’un pôle à l’autre de la planète. On peut considérer que l’aptitude à modifier artificiellement une réalité rigoureusement prédéterminée pour toutes les autres créatures constitue les germes de la culture. Les obstacles que la nature oppose à la pérennité de l’humain aiguise sa perception du réel, et l’instinct de survie développe ses aptitudes à mettre en valeur les ressources que la nature lui propose pour assurer sa pérennité.

IMG_0997

La révolution néolithique met fin à la dépendance stricte à l’égard des ressources spontanées des divers biotopes. L’humain participe enfin à la création de son alimentation. Cette activité vitale s’appelle « agriculture », à laquelle nous devons la force hautement symbolique de la culture. L’acte de cultiver ne concerne plus la seule activité agraire mais est appliqué à toute action destinée à valoriser, à développer une potentialité, une ressource ou une aptitude. On cultive les prédispositions d’un enfant, l’art, les sciences, l’amitié, etc. A partir de l’agriculture, la culture s’exprime dans les deux composantes, le concret et l’abstrait. La sécurité alimentaire avec la production et le stockage des aliments réduit chez l’être humain l’obsession de la survie et libère son esprit qui peut vaquer à toutes les spéculations culturelles. C’est à cette libération que les grandes civilisations doivent leur essor. Avec son imagination, l’être humain crée des mondes, les cosmogonies, et tout un univers mythique se développe. Chaque peuple tente la cohésion et la cohérence de sa vision du monde. IMG_1337

Cette condition est indispensable à l’apaisement d’une pensée interrogative souvent inquiète face à l’immensité du mystère dont nous sommes à la fois les observateurs et les sujets. Les interrogations sur le ciel et la terre, le bien et le mal, la vie et la mort, le visible et l’invisible, le féminin et le masculin… constitueront les archétypes indissociables de la condition des êtres humains. Les paramètres comme le temps, l’espace, la personne, la causalité et l’objet constituent des invariants applicables à tous les humains. Seul l' »habillage » culturel varie. L’universalité et l’unité du genre humain sont sur ce plan incontestables. comme elles le sont au niveau physiologique.

Qu’en est-il aujourd’hui de la problématique culturelle ? De notre point de vue, nous assistons à l’évacuation de toutes les expressions culturelles non conformes à la définition qu’en a fait la modernité. Dans ces conditions, un bon charpentier, agriculteur, maçon, menuisier, médecin, cuisinier, etc, ne figurent pas dans le phalanstère de la culture. (…)

A l’érosion des sols, de la biodiversité, il faut ajouter celle des savoirs et des savoir-faire traditionnels que nous avons la stupidité de laisser ou de faire disparaître alors qu’à l’évidence ils seraient indispensables à un avenir qui ne soit pas subordonné à la seule combustion et consommation énergétique. Il est donc urgent de définir la culture comme étant tout ce qui concerne les potentialités et les actes humains, qu’ils s’adressent à la subjectivité, au monde des abstractions ou à la sphère tangible de notre existence. Il est temps que l’éducation prenne en compte cette nécessité pour ne produire ni des intellectuels infirmes, ni des manuels souvent considérés comme des indigents de l’esprit. Vive la culture libérée des ghettos et de l’arbitraire de l’élitisme culturel ! »

Pierre RABHI, Conscience et environnement, Le Relié, 2013

Pierre Rabhi donnera une conférence le 27 mai 2014 à 20h00 dans le cadre des « Grandes Conférences des Récollets 2014 » sur le thème « L’aube indécise d’un nouveau monde ».
Metz Congrès – Rue de la Grange aux Bois, 57070 Metz (57)

L’intelligentsia et l’Eglise russe en 1983

Mots-clés

, ,

En hommage au peuple russe et à son Église, extrait de « Nous, convertis d’Union soviétique », de Tatiana Goritcheva, éditions Nouvelle cité, 1983 :

« Voici l’idée que nous nous faisons du génie créateur de la culture chrétienne : les cœurs des hommes, ébranlés par les calamités passées et futures dues à l’athéisme et à la lutte contre le christianisme, commenceront à revenir librement au Christ et à insérer Son esprit dans la vie et dans la culture… Ce processus, bien entendu, ne doit pas être extérieur, forcé, mais intérieur, venant du cœur, libre, s’accomplissant sous la forme d’une création autonome. Sinon, il ne correspondra pas à l’Esprit du Christ et de l’Évangile et de ce fait ne pourra se réaliser. Il ne saurait être prescrit ni par l’Église ni par l’État. Créer une culture chrétienne est possible seulement par la conversion des cœurs, et cette conversion sera obtenue manifestement par la souffrance et le désenchantement. Voilà pourquoi nombreux sont ceux parmi nous qui pensent que ce sera précisément la Russie qui, ayant dépassé les autres peuples dans la souffrance et la désillusion, sera la première à s’engager sur cette voie. »

Ces paroles du philosophe russe émigré Ivan Iline, écrites en 1951, se réalisèrent quelques années plus tard lorsque s’amorça la création de la nouvelle culture chrétienne en Russie. Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une union merveilleuse, imaginable et humainement inexplicable de la liberté et de l’écclésialité, de la force créatrice et de l’obéissance, de la souplesse et de la sévérité. Dans l’Eglise russe renaît une force conductrice et prophétique ; l’approbation ou la condamnation par l’Église est redevenue un critère décisif pour les peintres, les poètes, les écrivains et les savants.

Ce sont les hommes les plus libres et les plus audacieux qui viennent à l’Eglise : ce sont précisément ceux qui refusent d’être les esclaves des hommes qui se font volontairement et joyeusement les serviteurs de Dieu.

Pour venir à l’église, il ne faut pas seulement la foi, mais aussi la confiance. (…) Le néophyte acceptait l’Eglise tout entière avec ses interdits, ses prescriptions, y pénétrait corps et âme. Il croyait qu’un jour s’ouvrirait à lui ce qui était encore obscur, il aimait cette vie et cette beauté nouvelles, écartant de lui aussi bien la curiosité futile que l’observation indifférente.

Je me rappelle la régénération subite et inattendue de presque tous mes amis, moqueurs, cyniques, plaisantins ou nihilistes devenus chrétiens orthodoxes. Comme leurs visages étaient maintenant sérieux, comme ils avaient rajeuni, et quelle paix intérieure apparaissaient dans leurs actions, leurs paroles, leurs sentiments.

Des savants et des écrivains allaient au monastère ou se faisaient ordonner moines secrètement en laissant derrière eux le monde, la culture et le savoir. Pour beaucoup, les mots de Rozanov se réalisaient ; à côté de l’Évangile toute la littérature mondiale semblait du foin, et, après Jésus Très Doux, toute autre nourriture était amère et fade. *En Christ, ce monde est devenu amer, justement à cause de sa douceur à Lui. A peine avez-vous goûté au Très Doux, à l’Inouï, à l’authentiquement Céleste, que vous perdez le goût du pain ordinaire… Et il est clair que ce n’est qu’en regardant attentivement Jésus qu’on peut s’adonner aux arts, à la famille, à la politique ou à la science. »

Source photo

Le chant grégorien de Gorze à Keur Moussa (Sénégal)

Mots-clés

, , , , ,

« Il vient sûrement d’Orient comme le Christ. Rome en a hérité, l’a adopté précocement en instituant la fameuse « Schola cantorum ». Des variantes ont surgi : chants ambrosien, bénéventin, hispanique, gallican. On n’est pas sûr que le pape saint Grégoire Ier, dit « le Grand », ait tenu le rôle que lui attribue la légende forgée par les historiographes carolingiens. L’iconographie le représente dictant un chant à des moines. Quoi qu’il en fût, on a baptisé « grégorien » cette musique sacrée et anonyme dont la codification semble avoir été réalisée, entre autres, dans la Moselle, autour de l’abbaye de Gorze, mais aussi à Saint-Gall en Suisse, autre abbaye importante de l’époque carolingienne. On évoque des influences wisigothes dans l’élaboration d’un répertoire qui a dû épouser maintes traditions locales et a fait l’objet d’adaptations selon les ordres. On n’a jamais cessé de chanter l’office divin en grégorien dans les monastères et même dans les églises (…).

Il revient à Dom Béranger, père abbé de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Solesmes, d’avoir promu la restauration du chant grégorien, dans le cadre d’un renouveau de la vie monastique après son déclin au XVIIIe siècle et le marasme consécutif à la Révolution. Une édition vaticane fut publiée sous Pie X. Ce chant, énonça-t-il, « donne au culte divin une grandeur qui attire merveilleusement les âmes vers les choses célestes ».

Pie X avait raison. Entendre psalmodier du grégorien sous les voûtes romanes ou gothiques ouvre comme par enchantement une route vers l’Invisible sous les frondaisons du sacré. La sensibilité se dénude, se purifie, se raréfie pour accueillir le divin. « Il est, ajoutait le pape, le chant propre de l’Eglise romaine, le seul qu’elle ait reçu en héritage des Pères, fidèlement gardé au cours des âges dans ses manuscrits. » Il avait encore raison. Entendre durant un office ces mélopées aux rythmes lents, c’est communier avec l’histoire de l’Eglise jusqu’en ces siècles obscurs – IXe, Xe – où la propagation de cette musique contribua à l’unification de la catholicité, sous l’égide de Rome. Les âges se chevauchent, le temps ne séquence plus ; il semble absorbé dans une répétition générale de l’Éternité. Ce que l’âme ressent est, selon Mabillon, « en essai de la vie des anges ». La philosophe Simone Weil ajoutait ceci : « Une mélodie grégorienne témoigne autant que la mort d’un martyr. » En tout cas, elle nous déporte, elle nous transporte, elle nous gratifie de la présomption d’un Paradis empreint de gravité. Elle n’est ni triste ni gaie, elle ne prétend pas nous séduire, nous éblouir ; même pas nous émouvoir. Ce qu’impose sa présence ne figure pas dans la gamme de l’affectivité. Toujours Simone Weil : « Un amateur de musique peut fort bien être un homme pervers – mais je le croirais difficilement de quelqu’un qui a soif de chant grégorien. » Le fait est que les sentiments profanes – tous ambivalents – sont miraculeusement supplantés par un fondu-enchaîné d’émotions qu’on ne saurait décrire, mais d’où la moindre impureté est exclue. La répétition touche une région que l’introspection la plus vétilleuse ignore, au plus profond de notre intimité, et la fait sortir de ses prisons. Plus de « moi », plus d’émois « privés », juste un chant ponctué de ces mélismes dont la monotonie met en phase avec le faux ressassement de l’Éternité. (…)

C’est d’autant plus miraculeux que le grégorien tolère tous les métissages linguistiques ou musicaux. A l’abbaye sénégalaise de Keur Moussa, fondation de Solesmes, les moines ont mixé du grégorien dans une liturgie qui emprunte aussi à la culture africaine ses sonorités et ses instruments – et leurs psalmodies modulées par le balafon renvoient un écho exotiquement mais authentiquement « romain » ».

Denis Tillinac, Dictionnaire amoureux du Catholicisme, Plon, 2011

22 janvier : Saint Vincent

Mots-clés

Saint Vincent, diacre de Saragosse, a été martyrisé à Valence et il est mort le 22 janvier 304.

Son nom veut dire : celui qui est en train de vaincre, de triompher, d’avoir le dernier mot. C’est ce qu’il vécut dans son supplice. Il fut martyrisé plusieurs fois, de toutes les façons possibles, et il était toujours vivant. Il était chaque fois victorieux. En désespoir de cause, le préfet le fit installer sur un lit moelleux pour qu’il se rétablisse, le temps qu’on trouve de nouvelles tortures. Et c’est là qu’il mourut, vainqueur du tyran jusque dans sa mort. Et au-delà. Car le préfet fit jeter son corps à la mer attaché à une très lourde meule. Et son corps revint sur le rivage avant ceux qui l’avaient apporté en mer. Il fut enseveli par une chrétienne, échappant définitivement au préfet.

Saint Vincent est le patron des vignerons, et la grande fête de la Bourgogne est la « Saint Vincent tournante », qui met chaque année à l’honneur le village d’un cru différent. Il n’y a aucune raison que saint Vincent soit patron des vignerons. Sauf une. Et c’est sans doute la plus belle étymologie populaire qui soit, la plus profonde et la plus chrétienne. Vincent, c’est vin-sang. Le vin de l’eucharistie, qui devient le sang du Christ.

Telle est la suprême dignité du vigneron, de produire le vin qui réjouit le cœur de l’homme, comme dit le psaume, et qui est destiné à le réjouir surnaturellement en devenant le sang du Christ.

Source : merci à Yves Daoudal

P1020762

L’ode à la France de Thomas Merton

Mots-clés

, , ,

« Après que la lie du monde se fut décantée en Europe occidentale, que Goths, Francs, Normands et Lombards se furent unis à la pourriture de l’ancienne Rome pour former un assemblage de races hybrides, toutes particulièrement féroces, sanguinaires, stupides, rusées, brutales et sensuelles, comment tout cela a-t-il pu donner naissance au chant grégorien, aux monastères, aux cathédrales, aux Poèmes de Prudence, aux Histoires de Bède, aux Morales de Grégoire le Grand, à la Cité de Dieu de saint Augustin, aux écrits de saint Anselme, de saint Bernard, aux Poèmes de Caedmon, Cynewulf, Langland, Dante, à la Somme de saint Thomas, et à l’Opus Oxoniense de Duns Scott ?

Pourquoi, même aujourd’hui, trouve-t-on en France dans un colombier ou une grange bâtie par de simples maçons, ou un charpentier et son compagnon, plus de perfection architecturale que dans les édifices qu’une stupidité éclectique élève à prix d’or sur les terrains des universités américaines ?

En arrivant en France, ma terre natale, en 1925, je revenais aux sources mêmes de la vie intellectuelle et spirituelle, sources si puissamment purifiées par la grâce, que la corruption et la décadence des Français contemporains n’ont pu les polluer.

C’est en France qu’on trouve les plus authentiques manifestations de délicatesse, de grâce, d’intelligence, d’esprit, de compréhension, d’équilibre et de goût. Les basses collines, les grasses prairies et les vergers de Normandie, les montagnes nettement découpées, lumineuses et arides de Provence, les vastes vignes rouges du Languedoc, toute la terre de France semble avoir été modelée avec une spéciale perfection, pour servir de cadre aux plus belles cathédrales, aux villes les plus intéressantes, aux monastères les plus fervents, aux universités les plus célèbres.

Chose admirable, les qualités de la France forment un tout harmonieux ; qu’il s’agisse d’art culinaire, de logique ou de théologie, d’architecture ou de contemplation, de culture de la vigne ou de sculpture, d’élevage ou de prière, la France surclasse toutes les autres nations.

Pourquoi les chansons des petits enfants de France sont-elles plus gracieuses, leurs façons de s’expliquer plus intelligentes, leurs regards plus profonds que ceux des enfants des autres pays ? Qui pourrait l’expliquer ?

Je suis heureux d’être né sur votre sol, ô France ; je suis heureux aussi que Dieu m’ait ramené à vous avant qu’il fût trop tard. »

Thomas Merton (1915-1968), La nuit privée d’étoiles, 1951

La docilité de la matière brute, par Franz Hellens

Mots-clés

« J’admire la docilité de la matière brute et plus encore celle de l’oeuvre d’art sortie de la matière informe, depuis que je connais la force ramassée de la première et ai appris à discerner l’énergie spirituelle de la seconde.

Qu’un objet matériel se laisse manipuler, domestiquer, qu’il se prête à tous les caprices de l’homme et même de l’animal sans lâcher contre ces tyrans la force multipliée dont il regorge, me jette dans une sorte de stupéfaction antique.

La matière pousse la passivité ou l’indulgence (disons la générosité) jusqu’à se laisser dépouiller de cette énergie qui la rendrait si redoutable si elle avait conscience de son pouvoir. Elle accepte la spoliation.

Parfois, elle a l’air de prendre une revanche, mais c’est la faute du manipulateur ; elle ne fait qu’accomplir le rôle qu’on lui a dicté. On lui a dit de jaillir, d’éclater, elle jaillit, éclate, c’est à celui qui commande qu’il faut s’en prendre si elle s’exécute à contre-temps. Et si elle se manifeste à certaines heures du temps sans que la main du maître y soit pour rien, elle ne se venge pas contre celui-ci. La vengeance est un sentiment qui lui est étranger, comme tout sentiment du reste (si nous sommes bien renseignés). Elle se dilate, se purge, ou simplement se manifeste. Une rage, une éruption meurtrière, ne prévaudront jamais contre la simple impulsion de mon petit doigt sur la quantité de matière choisie pour mon industrie. (…) »

Franz Hellens, Echappements, manuscrit, 1954

IMG_1071

Charles Peguy : « L’espérance, cette petite fille de rien du tout… »

Mots-clés

,

Le « Porche du mystère de la deuxième vertu » (1912) ou l’hymne à l’espérance d’un amoureux de Dieu et de notre pays…

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne
mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les
mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les
mondes révolus.

Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond
de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et le Monde.

Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Le prêtre dit.
Ministre de Dieu le prêtre dit :
Quelles sont les trois vertus théologales ?

L’enfant répond

Les trois vertus théologales sont la Foi, l’Espérance et
la Charité.

– Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont-
elles appelées vertus théologales ?

– La Foi, l’Espérance et la Charité sont appelées
vertus théologales parce qu’elles se rapportent
immédiatement à Dieu.

– Qu’est-ce que l’Espérance ?

– L’Espérance est une vertu surnaturelle par laquelle
nous attendons de Dieu, avec confiance, sa grâce en
ce monde et la gloire éternelle dans l’autre.

– Faites un acte d’Espérance.

La foi va de soi. La foi marche toute seule. Pour
croire il n’y a qu’à se laisser aller, il n’y a qu’à
regarder. Pour ne pas croire il faudrait se vio-
-lenter, se torturer, se tourmenter, se contrarier.
Se raidir. Se prendre à l’envers, se mettre à l’en-
-vers, se remonter. La foi est toute naturelle, toute
allante, toute simple, toute venante. Toute bonne
venante. Toute belle allante. C’est une bonne
femme que l’on connaît, une vieille bonne
femme, une bonne vieille paroissienne, une
bonne femme de la paroisse, une vieille grand-
-mère, une bonne paroissienne. Elle nous raconte
les histoires de l’ancien temps, qui sont arrivées
dans l’ancien temps.

Pour ne pas croire, mon enfant, il faudrait
se boucher les yeux et les oreilles. Pour ne pas voir,
pour ne pas croire.

La charité va malheureusement de soi. La charité
marche toute seule. Pour aimer son prochain il
n’y a qu’à se laisser aller, il n’y a qu’à regarder
tant de détresse. Pour ne pas aimer son prochain
il faudrait se violenter, se torturer, se
tourmenter, se contrarier. Sa raidir. Se faire
mal. Se dénaturer, se prendre à l’envers, se
mettre à l’envers. Se remonter. La charité est
toute naturelle, toute jaillissante, toute simple,
toute bonne venante. C’est le premier mouve-
-ment du cœur. C’est le premier mouvement qui
est le bon. La charité est une mère et une sœur.

Pour ne pas aimer son prochain, mon enfant, il
faudrait se boucher les yeux et les oreilles.
À tant de cris de détresse.

Mais l’espérance ne va pas de soi. L’espérance ne
va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il
faut être bien heureux, il faut avoir obtenu,
reçu une grande grâce.

C’est la foi qui est facile et de ne pas croire qui se-
rait impossible. C’est la charité qui est facile et
de ne pas aimer qui serait impossible. Mais c’est
d’espérer qui est difficile.

à voix basse et honteusement

Et le facile et la pente est de désespérer et c’est la
grande tentation.

La petite espérance s’avance entre ses deux gran-
des sœurs et on ne prend pas seulement garde à
elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur
le chemin raboteux du salut, sur la route inter-
minable, sur la route entre ses deux sœurs la
petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
À l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue entre les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.

C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est.
Et elle elle aime ce qui sera.

La Foi voit ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
L’Espérance voit ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.
Pour ainsi dire le futur de l’éternité même. (…) »

Source : France – Histoire – Espérance

**********************

JOYEUX NOËL ET HEUREUSE ANNÉE 2014 SOUS LE SIGNE DE L’ESPÉRANCE !

2010_02260179 RET REC3-BorderMaker

Photographie de Thierry Tarajic

A la cathédrale de Chartres

Mots-clés

,

Texte inédit découvert récemment à la Bibliothèque nationale par Raphaël Zacharie de Izarra (source) :

« Derrière la pierre battait un coeur. De ses sommets ventés émanait
un chant sourd et mélodieux. Les têtes vertigineuses dominaient la
Beauce. Noir et majestueux, le vaisseau gothique semblait sillonner
ciel et temps, traversant les siècles chartrains avec la dignité d’un
prince, indifférent à l’agitation des vivants, défiant le temporel
et ses idoles, toisant définitivement l’Histoire et les mortels.

Entre les arcades, des flammes. Dans le vitrail, l’azur. Sous les
voûtes millénaires, la lumière.

En passant du dehors au dedans, je pénétrais dans une ombre qui
n’était pas ombre, mais feu, joie, vie. J’oubliais la matière, et ne
voyais que l’essentiel. La pierre était prière. Le grain de
poussière, l’Univers entier. Le silence, une porte d’entrée sur le
Mystère. La rosace, l’oeil divin s’ouvrant sur l’infini.

Et ce qui à cet instant précis me donnait des ailes, ce qui à
travers un frisson fulgurant dont je n’oublierai jamais l’exquise
brûlure m’élevait à la hauteur des étoiles et de la souffrance
humaine, c’était l’Amour. »

Charles Péguy

File:Loire Eure Chartres5 tango7174.jpg

Ces soldats morts qu’on oublie d’aimer…

Mots-clés

, ,

En cette veille de 11 novembre, suite de l’extrait du livre d’Andreï Makine Cette France qu’on oublie d’aimer publié sur ce blog fin août :

« Encore un secret, cette grande plaque de marbre dans une autre église, sur les mêmes terres vendéennes. Qui étaient ce Louis et ce Jules Arnaud ? Deux frères ? Ou bien un père et un fils ? Auguste et Pierre Boisson ? Joseph et Lucien Clerteau ? Sur le marbre, leurs noms sont précédés de la mention suivante : « La paroisse de Sainte-Radegonde de Jard à ses enfants morts pour la France, 1914-1918. »

Une inscription semblable à celles que portent tous les monuments aux morts. J’ai souvent lu ces noms d’inconnus et tenté d’imaginer la vie de ceux qui les avaient portés. Cette fois, je remarque qu’il y a, sur la liste des soldats, deux membres d’une même famille, oui, deux frères sans doute. L’énumération par ordre alphabétique se lit soudain comme une confidence, un aveu de douleur, un souvenir pieusement gardé et que désormais je partage. Alexandre et Eugène Jouin… Jamais encore l’expression « morts pour la France » ne m’a paru aussi grave, aussi juste. Ce n’est plus la silhouette désincarnée d’un conscrit, ni l’ombre d’un appelé, c’est l’intimité d’une famille française, l’essence des heures tragiques qu’elle a vécues. Eugène et Raoul Maillet… (…)

Je quitte à regret la fraîcheur de Sainte-Radegonde. Dehors, le bruit et la puanteur du noeud coulant d’un embouteillage qui se resserre autour de l’église, des visages hargneux, l’abrutissant cognement de la techno, des chauffeurs qui se défient, et plus loin, dans la rue du village, l’extrême laideur de la foule engourdie par la chaleur, par la promiscuité recherchée, le vacarme. Et cette terre où, dans un tombeau, veille un soldat au garde-à-vous, ces anciens champs et pâturages qui disparaissent sous la carapace hideuse des maisons de vacances , toutes pareilles dans leur médiocrité rose-beige de constructions sans âme. De longs siècles de chevalerie pour en arriver là ?

L’inévitable syndrome qui frappe tout étranger épris de la France : pays rêvé, pays présent. Ne vaudrait-il pas mieux fermer les yeux sur l’envahissante laideur d’aujourd’hui ?

Je reprend la route en pensant à ces paroles que Bernanos écrivait en 1939, loin de Paris : « L’histoire de mon pays a été faite par des gens qui croyaient à la vocation surnaturelle de la France. » Le paradoxe n’est qu’apparent : pour bâtir une « nature » nationale, pensait-il, on doit la sublimer, sinon tout retombe dans la petitesse matérialiste d’une « civilisation d’estomacs heureux ». Pour avoir un vécu digne de l’histoire, un pays doit le transcender dans un défi méta-historique de l’esprit. Clemenceau a été remplacé, à la présidence de la république, par Deschanel qui a eu, un jour, le charmant caprice de quitter son train en pyjama. Ainsi va l’histoire. Tandis qu’au château du Colombier veille toujours un soldat dressé dans sa tombe. Ainsi oeuvre l’esprit. »

P1090612

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.