S’inspirer des jardins de cloîtres

Les jardins de cloître (hortus conclusus) étaient des lieux clos et harmonieux, en relation verticale avec le ciel. On y cultivait fleurs et légumes, mais aussi toutes sortes de bonnes herbes. Prenez les pour modèles !

Le cloître est une galerie couverte, en forme de quadrilatère, qui entoure un jardin intérieur généralement centré autour d’un puits ou d’un bassin. Idéal pour la contemplation ou la prière, ce jardin parfaitement abrité est aussi un véritable lieu de production : légumes et fruits pour la cuisine, bouquets pour fleurir l’autel (ancolie, glaïeul, pivoine, rose…), plantes aux propriétés médicinales, tinctoriales et odorantes. Les premiers cloîtres chrétiens furent élevés à proximité des abbayes, des monastères, des églises, puis des cathédrales. Ils faisaient partie de la clôture monastique, un espace consacré, fermé au monde extérieur hostile et qui symbolisait le Paradis Originel, quand Adam et Ève s’alimentaient à l’Arbre de vie.

Au Moyen-Âge, le cloître pouvait être un lieu de rencontre et d’échange entre les religieux. Ailleurs, la règle était celle du silence et de la prière. Les discussions portaient sur la religion, mais aussi sur la médecine et la botanique. De nombreuses plantes aromatiques du bassin méditerranéen et d’Orient ont ainsi été échangées de cloître en cloître. Elles sont devenues populaires pour leurs usages tant culinaires que médicinaux. Les religieux en faisaient parfois commerce, vendant avec succès élixirs et liqueurs, comme la très populaire « Chartreuse ». (…)

 

Extrait d’un article du numéro hors-série 4/2017 du magazine Jardin d’Ici

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La route de l’Europe chrétienne

Conférence de Claudia et Robert Mestelan donnée le 20 mai 2017 pour l’association Terre et Famille

 

Association La route de l’Europe chrétienne

Les reliques de saint Jacques

Il fallait le corps de saint Jacques à Compostelle pour des raisons politiques. Les reliques de saint Jacques, elles, ont leur origine dans l’Epître de Jacques, datée des premiers siècles du christianisme. A l’époque de la découverte du tombeau de Compostelle, elle était attribuée à Jacques le Majeur.

La démarche des pèlerins d’aujourd’hui ayant pris le chemin après un deuil ou un accident de la vie renoue avec la dévotion à saint Jacques : « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Eglise ; ils prieront pour lui et verseront de l’huile sur lui au nom du Seigneur. Cette prière faite avec foi sauvera le malade : le Seigneur lui rendra la santé et ses péchés seront pardonnés. »

D’une grande importance dans l’Eglise médiévale, ce passage est à l’origine du Sacrement des Malades, ayant souvent porté le nom de « Sacrement de Monseigneur Saint-Jacques« . En 1422, par exemple, Guy de Chauvigny, seigneur de La Châtre le demande au moment de sa mort. De nombreux sanctuaires, souvent avec une relique, proches des fidèles, favorisaient cette dévotion. Certes, cette Epître n’est pas de Jacques le Majeur, mais les pèlerins médiévaux le croyaient… Ainsi le clame la statue de Jacques le Majeur au portail de l’abbatiale de Saint-Gilles-du-Gard : « Toute chose bonne, tout don parfait, vient d’en haut, du Père des lumières. »

L’apôtre Jacques est celui qui accompagne sur le chemin de la vie avant d’être celui qui introduit dans la vie éternelle. Ainsi, cette scène du sceptre de Charles V, conservé au musée du Louvre, montre saint Jacques sauvant l’âme de Charlemagne qu’un démon a déjà empoignée.

En France, alors qu’une partie de l’Eglise assure la publicité du Camino, plus de cent reliquaires existent encore dans des églises ou chapelles. Ces sanctuaires ne sont pas des balises sur les chemins de Compostelle, mais des lieux où les blessés de la vie peuvent implorer saint Jacques. Pourquoi ne pas les rendre plus proches du plus grand nombre ?

France Catholique no. 3362, 19 juillet 2013

L’ode à la France de Thomas Merton

« Après que la lie du monde se fut décantée en Europe occidentale, que Goths, Francs, Normands et Lombards se furent unis à la pourriture de l’ancienne Rome pour former un assemblage de races hybrides, toutes particulièrement féroces, sanguinaires, stupides, rusées, brutales et sensuelles, comment tout cela a-t-il pu donner naissance au chant grégorien, aux monastères, aux cathédrales, aux Poèmes de Prudence, aux Histoires de Bède, aux Morales de Grégoire le Grand, à la Cité de Dieu de saint Augustin, aux écrits de saint Anselme, de saint Bernard, aux Poèmes de Caedmon, Cynewulf, Langland, Dante, à la Somme de saint Thomas, et à l’Opus Oxoniense de Duns Scott ?

Pourquoi, même aujourd’hui, trouve-t-on en France dans un colombier ou une grange bâtie par de simples maçons, ou un charpentier et son compagnon, plus de perfection architecturale que dans les édifices qu’une stupidité éclectique élève à prix d’or sur les terrains des universités américaines ?

En arrivant en France, ma terre natale, en 1925, je revenais aux sources mêmes de la vie intellectuelle et spirituelle, sources si puissamment purifiées par la grâce, que la corruption et la décadence des Français contemporains n’ont pu les polluer.

C’est en France qu’on trouve les plus authentiques manifestations de délicatesse, de grâce, d’intelligence, d’esprit, de compréhension, d’équilibre et de goût. Les basses collines, les grasses prairies et les vergers de Normandie, les montagnes nettement découpées, lumineuses et arides de Provence, les vastes vignes rouges du Languedoc, toute la terre de France semble avoir été modelée avec une spéciale perfection, pour servir de cadre aux plus belles cathédrales, aux villes les plus intéressantes, aux monastères les plus fervents, aux universités les plus célèbres.

Chose admirable, les qualités de la France forment un tout harmonieux ; qu’il s’agisse d’art culinaire, de logique ou de théologie, d’architecture ou de contemplation, de culture de la vigne ou de sculpture, d’élevage ou de prière, la France surclasse toutes les autres nations.

Pourquoi les chansons des petits enfants de France sont-elles plus gracieuses, leurs façons de s’expliquer plus intelligentes, leurs regards plus profonds que ceux des enfants des autres pays ? Qui pourrait l’expliquer ?

Je suis heureux d’être né sur votre sol, ô France ; je suis heureux aussi que Dieu m’ait ramené à vous avant qu’il fût trop tard. »

Thomas Merton (1915-1968), La nuit privée d’étoiles, 1951

Ces soldats morts qu’on oublie d’aimer…

En cette veille de 11 novembre, suite de l’extrait du livre d’Andreï Makine Cette France qu’on oublie d’aimer publié sur ce blog fin août :

« Encore un secret, cette grande plaque de marbre dans une autre église, sur les mêmes terres vendéennes. Qui étaient ce Louis et ce Jules Arnaud ? Deux frères ? Ou bien un père et un fils ? Auguste et Pierre Boisson ? Joseph et Lucien Clerteau ? Sur le marbre, leurs noms sont précédés de la mention suivante : « La paroisse de Sainte-Radegonde de Jard à ses enfants morts pour la France, 1914-1918. »

Une inscription semblable à celles que portent tous les monuments aux morts. J’ai souvent lu ces noms d’inconnus et tenté d’imaginer la vie de ceux qui les avaient portés. Cette fois, je remarque qu’il y a, sur la liste des soldats, deux membres d’une même famille, oui, deux frères sans doute. L’énumération par ordre alphabétique se lit soudain comme une confidence, un aveu de douleur, un souvenir pieusement gardé et que désormais je partage. Alexandre et Eugène Jouin… Jamais encore l’expression « morts pour la France » ne m’a paru aussi grave, aussi juste. Ce n’est plus la silhouette désincarnée d’un conscrit, ni l’ombre d’un appelé, c’est l’intimité d’une famille française, l’essence des heures tragiques qu’elle a vécues. Eugène et Raoul Maillet… (…)

Je quitte à regret la fraîcheur de Sainte-Radegonde. Dehors, le bruit et la puanteur du noeud coulant d’un embouteillage qui se resserre autour de l’église, des visages hargneux, l’abrutissant cognement de la techno, des chauffeurs qui se défient, et plus loin, dans la rue du village, l’extrême laideur de la foule engourdie par la chaleur, par la promiscuité recherchée, le vacarme. Et cette terre où, dans un tombeau, veille un soldat au garde-à-vous, ces anciens champs et pâturages qui disparaissent sous la carapace hideuse des maisons de vacances , toutes pareilles dans leur médiocrité rose-beige de constructions sans âme. De longs siècles de chevalerie pour en arriver là ?

L’inévitable syndrome qui frappe tout étranger épris de la France : pays rêvé, pays présent. Ne vaudrait-il pas mieux fermer les yeux sur l’envahissante laideur d’aujourd’hui ?

Je reprend la route en pensant à ces paroles que Bernanos écrivait en 1939, loin de Paris : « L’histoire de mon pays a été faite par des gens qui croyaient à la vocation surnaturelle de la France. » Le paradoxe n’est qu’apparent : pour bâtir une « nature » nationale, pensait-il, on doit la sublimer, sinon tout retombe dans la petitesse matérialiste d’une « civilisation d’estomacs heureux ». Pour avoir un vécu digne de l’histoire, un pays doit le transcender dans un défi méta-historique de l’esprit. Clemenceau a été remplacé, à la présidence de la république, par Deschanel qui a eu, un jour, le charmant caprice de quitter son train en pyjama. Ainsi va l’histoire. Tandis qu’au château du Colombier veille toujours un soldat dressé dans sa tombe. Ainsi oeuvre l’esprit. »

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Ces églises qu’on oublie d’aimer, par Andreï Makine

« L’énigme de ce léger relief en creux qui trace une courbe sur les vieilles dalles. Et pas un Français en vue qui pourrait me renseigner. L’église est petite, parfaitement déserte. La torpeur d’un après-midi d’août au milieu des étendues ensoleillées aux environs de Luçon et, soudain, ce répit. Derrière la porte basse, un intérieur sombre, un autel modeste, le sentiment d’une présence désarmée que m’inspirent toujours ces églises humbles, à l’écart des itinéraires fréquentés. L’ombre, la fraîcheur, de larges dalles dont la patine dorée est recouverte d’une multitude de stries. Et là, cette courbe, on dirait un sentier délicatement creusé dans la pierre. Un rayon qui perce à travers un vitrail noirci souligne ce dénivellement. Il m’est déjà arrivé de remarquer ces dalles déformées dans certaines églises sans jamais en deviner la raison. Je m’accroupis, touche le grain de la pierre usée…

Et tout à coup, je comprends que cette courbe légèrement enfoncée dans les dalles marque, « tout bonnement », la direction que suivaient les fidèles : de l’entrée, ils allaient vers la grande vasque, à présent sèche, du bénitier. La trace de leurs pas, depuis des siècles. La pierre sous mes doigts me paraît vivante, Mon émotion n’a rien de religieux. Je suis né et j’ai grandi dans un pays qui exaltait le rejet des croyances et le mépris tout particulier pour le catholicisme. Non, ce que je ressens est bien plus irréfléchi. Une intense communion, à travers les âges, avec les êtres dont la vie m’est proche grâce à cet unique instant : un jour lointain, ils poussèrent la porte, marquèrent leurs pas sur le dallage… Deuils, joies, naissances, guerres, famines, exils et retours, peines et espérance, ces vies françaises que depuis mon enfance je cherche à comprendre. »

Andreï Makine, Cette France qu’on oublie d’aimer, Flammarion Café Voltaire, 2006

En 4ème de couverture : « Je n’écrirais pas ce livre si je ne croyais pas profondément à la vitalité de la France, à son avenir, à la capacité des Français de dire « assez ! » « 

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Sur le chemin, l’abri offert par les voûtes fraîches d’une église…

« La foi apparaît comme une alternative à la régression animale qui menace si concrètement. Être homme, ce serait connaître Dieu ou, à tout le moins, le chercher. L’animal poursuit sa proie ; l’être humain court après son salut. Tout s’éclaire.

Cette découverte produit une catharsis bienvenue dans l’esprit du marcheur qui s’épuisait à penser sans y parvenir. Tout à coup, il peut abandonner le combat sans crainte. L’esprit peut bien se vider, le corps et ses besoins le submerger, le paysage a beau imposer ses figures changeantes, nous soumettre sans la moindre révolte au désagrément de la pluie ou à la morsure du grand soleil, rien de tout cela n’est grave. Car on sait désormais que dans un kilomètre, ou dans dix, une église va nous offrir l’abri de ses voûtes fraîches, le réconfort de ses pierres, la mystérieuse présence du divin. Que l’on soit croyant ou non, on laissera son esprit plonger dans cette eau pure et l’on connaîtra cette sorte particulière de baptême que constitue la manifestation de la transcendance au cœur de son être.

Ce qui jusque-là était une donnée virtuelle, à savoir que l’on se situe dans la filiation immense des pèlerins qui ont emprunté ce chemin au long des âges, devient en ces instants une évidence concrète, une certitude venue du monde autant que du corps et qui s’empare de tout l’esprit. Le pèlerin en danger de désespoir rencontre tout à coup le secours de cette multitude invisible, comme si les âmes de ceux qui sont passés là venaient le soutenir, le gonfler, lui donner courage et force. »

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, éditions Guérin

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