Les singes de Saint-Vincent

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« Dans l’imagerie romane, les singes tiennent souvent un rôle identique à celui réservé au fou ou au bouffon des cours royales. Ces animaux contrefont les gestes des personnages reconnus par les hommes, rois, puissants et sages. C’est la raison pour laquelle les singes se coiffent de la mitre tout comme le font les ânes dans quelques chapiteaux. (…)

Symboliquement, le singe incite l’homme à la simplicité en lui montrant combien sont ridicules les marques de son éphémère importance. »

Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de l’art roman, Dervy Poche

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Les diables de Saint-Vincent

« Représenté sous d’innombrables figures, l’ennemi avéré de la foi, le tentateur rusé et multiforme, le maître de la matière et de la Force, en fait notre alter ego, est certainement le personnage le plus visible et le plus familier des monuments chrétiens. Des gargouilles d’où il ricane et nous défie, jusqu’aux cryptes où il grimace, le diable nous suit et nous poursuit dans l’art roman afin qu’aucune situation ne nous laisse au repos, ne permette l’installation de la moindre complaisance avec les pouvoirs égotiques issus de nous-mêmes et de la matière. Le maître est toujours un être vigilant.

Dans les oeuvres médiévales, on reconnaît le diable soit par ses ailes d’ange ou de chauve-souris, qu’accompagnent des cornes, une longue queue fourchue, des serpents et des pieds de bouc, soit par les flammes de sa chevelure, les grimaces de son visage ou les griffes s’allongeant au bout de ses doigts velus. Lorsque sa face est séduisante, son dos cache des serpents, ce qui doit encore plus inciter les fidèles à la défiance. Au plan symbolique comme au plan pratique, les chapiteaux nous montrent simplement que le diable, à la fois animal, humain et ange, est réellement toujours notre plus vieil ennemi et notre plus proche parent. »

Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de l’art roman, tous les symboles pour comprendre les messages des pierres, Dervy Poche

« Des dimensions du temple »

Alors que beaucoup vont découvrir l’intérieur de la basilique Saint-Vincent pour la première fois lors de ces journées du patrimoine, il peut être intéressant de chercher à comprendre ce qui animait ses bâtisseurs par l’intermédiaire de Guillaume Durand, évêque de Mende au XIIIe siècle.

Un premier extrait de son « Manuel pour comprendre la signification symbolique des cathédrales et des églises » (Editions La Maison de Vie, 1996) a déjà été publié sur ce blog sous le titre « Des pierres« .

« XV. Des dimensions du temple

Outre cela, l’église se dresse sur quatre murailles, c’est-à-dire qu’elle s’élève par la doctrine des quatre évangélistes. Elle est longue, large et s’élève en haut, c’est-à-dire aux plus hautes vertus ; sa longueur, c’est la longanimité qui supporte patiemment les adversités, jusqu’au moment où elle parviendra jusqu’à la patrie céleste ; sa largeur, c’est la charité qui, dilatant et élargissant l’âme des hommes, chérit ses amis en Dieu et ses ennemis pour Dieu ; la hauteur de la nef, c’est l’espérance de la récompense à venir, qui lui fait mépriser le bonheur et le malheur de ce monde, jusqu’à ce qu’elle voie les biens du Seigneur dans la terre des vivants. »

« Des pierres »

Guillaume Durand fut évêque de Mende au XIIIe siècle. Né en 1230 près de Béziers, il est donc contemporain de la construction de l’église abbatiale gothique Saint-Vincent commencée en 1248. Son « Manuel pour comprendre la signification symbolique des cathédrales et des églises » (Editions La Maison de Vie, 1996) nous permet de comprendre l’état d’esprit de ces formidables bâtisseurs.

« IX. Des pierres

Car l’église matérielle dans laquelle le peuple se rassemble pour louer Dieu représente la sainte Eglise qui est construite dans les cieux, de pierres vivantes, comme nous l’avons déjà dit. C’est la maison du Seigneur bâtie solidement, dont le fondement est le Christ, qui est la pierre angulaire ; fondement sur lequel a été placé celui des apôtres et des prophètes, comme il est écrit : « Ses fondements sont dans les montagnes saintes. » Les murailles bâties sur ces fondements sont les Juifs et les Gentils qui sont venus au Christ des quatre parties du monde, et qui ont cru, croient ou croiront en lui. Mais les fidèles, prédestinés à la vie éternelle, sont les pierres employées à la structure de ce mur, qui sera toujours élevé et construit jusqu’à la fin du monde. Et une pierre est posée sur une pierre, quand ceux qui enseignent dans l’église se chargent avec zèle des enfants pour les enseigner, pour les reprendre et pour les fortifier dans la foi. Et dans la sainte Eglise, celui qui porte du secours à son frère dans ses peines est chargé de pierres qu’il porte pour l’édifice de la maison spirituelle de Dieu. Et les pierres plus grosses que les autres, et celles qui sont polies ou unies que l’on place au dehors de l’édifice, et entre lesquelles on met les pierres qui sont plus petites, représentent les hommes plus parfaits que les autres, et qui, par leurs mérites et par leurs prières, retiennent leurs frères plus faibles dans la sainte Eglise. »