L’histoire de Metz dans ‘La Moselle touristique, économique et historique’ de 1967

Au confluent de la Moselle et de la Seille, étalée sur plusieurs îles, Metz, l’une des plus vieilles et des plus puissantes villes des Gaules, l’antique capitale de l’Austrasie où régna Brunehaut, qui connut les drames tragiques de notre lointaine histoire, qui fut le berceau des Carolingiens et le centre de leur vaste empire, qui devint, au Moyen Âge, une république indépendante plus jalouse que Venise et plus riche que Francfort, Metz a conservé bien des richesses de son prestigieux passé. Il suffit d’y venir pour en subir le charme. Chaque époque y a laissé les traces de son génie.

Des temps romains, elle possède le plus important musée du nord-est de la France ; de l’époque mérovingienne, elle garde l’église Saint-Pierre aux Nonnains, la plus vielle de France ; du Moyen Âge, ces restes de remparts dont les tours crénelées se mirent dans la Seille aux flots verdâtres, et la Porte des Allemands, vaste ensemble de constructions des XIIIe, XVe et XVIe siècles, qui renferme un cloître curieux aux arcades toutes proches des chefs d’oeuvre florentins.

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De la période contemporaine, l’église Sainte-Thérèse dresse sa masse de béton.

Les vieilles rues abondent, gardant leur cachet de vétusté en dépit d’une animation continue qui dit assez le caractère commerçant de la cité. Des hôtels rappellent ça et là l’aristocratie disparue : hôtel Saint-Livier, l’un des plus anciens monuments civils de France, avec ses délicates fenêtres du XIIe siècle et sa tour crénelée, aujourd’hui Conservatoire de Musique ; hôtel de Lassalle, où naquit ce brillant cavalier des guerres de l’empire ; hôtel de Burtaigne, hôtel de Heu.

Tout près d’eux existe encore la place Saint-Louis ou du Change, avec ses maisons fortifiées et ses arcades, où les changeurs juifs et lombards soutenaient le commerce mondial.

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D’immenses greniers sur les bords de la Moselle rappellent la nécessité où l’on était alors d’entreposer longtemps les marchandises. Le plus beau demeure le grenier de la ville ou de Chèvremont, avec ses façades sévères et ses immenses salles aux grosses poutres de bois apparentes.

Des églises romanes et gothiques : Saint-Maximin, Saint-Eucaire, Sainte-Ségolène, Saint-Martin avec un narthex et un triforium, l’ancien couvent des Récollets avec son cloître, la vaste abbatiale Saint-Vincent, l’une des oeuvres les plus pures du XIIIe siècle, avec sa façade tronquée du XVIIIe siècle, achèvent la parure de la cité.

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La cathédrale les domine toutes : une des plus hautes et des plus vastes de France, construite de 1240 à 1516 avec sa nef centrale jetée tardivement sur des bas-côtés trapus, sa décoration intérieure d’une sobre richesse, son triforium surmonté d’une double frise sculptée, ses verrières des XVe et XVIe siècles, oeuvres de Herman de Munster, Thiébault de Lixheim et Valentin Bousch, ses tours flamboyantes du chapitre et de la Mutte.

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L’époque récente, 1952-1960, nous a valu des vitraux des Maîtres Villon, Chagall et Bissières. La cathédrale actuelle, massive et fière, au centre de la cité, prolongement de l’oratoire du Ve siècle, situé à la même place, veille jalousement sur ses enfants et les défend des envahisseurs. Metz, riche de monuments moyenâgeux, possède aussi quelques belles réalisations militaires et civiles du XVIIIe siècle qui enchantaient Barrès : l’hôtel de ville de Blondel, le palais de justice de Clérisseau, le théâtre et les bâtiments de l’intendance.

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On ne quittera pas Metz sans flâner dans ses promenades, où bosquets et jets d’eau entretiennent une délicieuse fraîcheur, sur son Esplanade que chanta Verlaine, le long des quais fleuris au bord de la Moselle. La campagne vient jusqu’au coeur de la ville, et se poursuit ainsi sur près de deux kilomètres. Metz est une cité charmante, encore que sa prenante beauté ne se révèle pas tout de suite, car elle est faite pour les délicats et les raffinés.

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Son cadre est unique dans la vallée de la Moselle. Le fleuve près d’elle se divise en quatre bras pour mieux l’étreindre ; les collines qui l’entourent, notamment le Saint-Quentin, la regardent avec amour. Par-ci, par-là, on aperçoit des villages perdus dans les vignes et les mirabelliers, les toits rouges des greniers et des celliers, les clochers rutilants sous le soleil.

On ne peut connaître la douceur sans avoir vu Metz qui est encore réputée pour sa gastronomie et ses nombreuses spécialités régionales comme elle l’est pour le bon accueil qu’on y trouve.

Paul DURAND, maire-adjoint de Metz

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L’entrée de Charles Quint à Metz

« Le matin du 10 janvier 1541, l’amant Claude Blanchair, maire de Porte Moselle, quitte la ville, sortant par la porte du pont des morts, celle que doit emprunter l’empereur, « bien honnêtement monté et accoutré », avec un coffre de cuir contenant les clés de la ville. Il est acompagné d’une troupe nombreuse de vingt-cinq ou vingt-six hommes, composée de soldats et de plusieurs personnages notables, tous amants : Jacquemin Travault, Didier de Hamonville, Jean Blanchair, François Kerkin, Mathieu de Mondelange et François Travault. Tous ces hommes prennent la route de Maisières et se rendent au pont de Richemont, où ils attendent l’empereur. Devant celui-ci, Jean Felix et le maire de Porte Moselle mettent pied à terre, font trois révérences et présentent les clés, l’orateur prenant la parole dans un style où l’éloge est poussé à l’extrême : « Très sacré et toujours auguste empereur, vos très humbles et très obéissants sujets et serviteurs Messieurs les gouverneurs de votre impériale cité de Metz, désirant entièrement faire leur loyal devoir envers votre très sacrée Majesté, et même dûment farder et accomplir les droits qui en icelle cité vous appartiennent, par lesquels est, entre autre chose, expressément dit que, toutes et quantes fois qu’il plaît à votre Majesté venir en la dite cité, ils vous doivent envoyer les clés de ladite ville, environ trois lieux, de quelque part que vous veniez, et par le maire de Porte Moselle, ils vous les envoie par le dit maire ici présent, lequel très humblement vous les présente, pour, par votre Majesté, en être fait et ordonné à votre bon plaisir. » Le maire sort alors les clés du coffre, les baise et les présente à l’empereur qui ne les garde pas pendant sa visite, mais les rend aussitôt à la ville. (…) »

Extrait de Les Institutions de la République Messine, Florent Roemer, Editions Serpenoise

CharlesQuint

On reconnaît le Moyen-Pont au premier plan, et plus loin, la silhouette de l’église abbatiale Saint-Vincent, avec encore sa troisième tour-clocher, disparue dans la première moitié du XVIIIe siècle.

Metz vers la fin des années 1940

Carte postale qui doit dater de la fin des années 1940 : le temple de garnison y est encore à peu près entier (la toiture a brûlé en 1946, et la nef et le choeur ont été dynamités en 1952), le Moyen-Pont n’a pas encore été reconstruit après la destruction de trois arches par les Allemands en novembre 1944, et à l’arrière de la basilique Saint-Vincent se trouve un bâtiment de trois étages qui appartenait au lycée Fabert et qui était tellement vétuste que les salles de classe étaient soutenues par des étais (souvenirs d’un ancien élève)… Petite liste bien sûr non exhaustive de tous les changements qui sont intervenus dans la ville depuis plus de soixante ans…

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Beau et gentil vieux Metz

« Mon vieux Metz était beau, était gentil. Mais n’est-ce pas encore aujourd’hui la plus belle et la meilleure des villes ? Gravissez le Saint-Quentin – au crépuscule ou à l’aube, car l’un a ses charmes et l’autre ses splendeurs – et voyez comme la câline Moselle sait flatter la cité. Voici l’aristocratique carré de notre vieux parlement, devenu palais de justice, tout doré sous la caresse du ciel ; le clocher effilé de Saint-Martin, les deux tours élégantes de Sainte-Ségolène ; d’autres doigts de Dieu encore et, enfin et surtout, notre glorieuse cathédrale qui tant de fois a pleuré et si souvent a tressailli d’allégresse. Du Haut-de-Sainte-Croix, les maisons semblent descendre, et monter du Moyen-Pont et de Saint-Vincent. On dirait que de partout elles accourent pour se serrer autour du vieux moutier protecteur.

« Il n’y a pas de ville qui sache se faire aimer comme Metz. » Notre coeur nous l’avait dit bien avant que Barrès l’ait écrit. »

Paul Durand, En passant par la Lorraine / Gens et choses de chez nous 1900-1945, éditions Le Lorrain

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Metz dans ‘Art & Décoration’

Beau reportage sur Metz dans Art & Décoration de janvier 2013, illustré de photographies et aquarelles très agréables…

Malheureusement, la couverture de l’édition régionale montre un Moyen-Pont qui n’existe plus et n’existera plus jamais dans sa configuration historique…

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… tout comme d’ailleurs beaucoup d’autres choses à Metz : arbres, petits commerces, jardins, murs, portails, grilles…

Ce reportage ayant été réalisé en janvier 2012, c’est donc un numéro collector à conserver, sur une ville en voie de disparition.

Les travaux en projet sur le Moyen-Pont, par L’Ami Hebdo

Le projet du Mettis va considérablement modifier le quartier autour de la basilique Saint-Vincent, notamment la rue Belle Isle, la place Saint-Vincent et les petites rues alentour. Le Moyen-Pont, si souvent associé à la basilique et au Temple-Neuf sur la vue de Metz la plus connue, va être également touché et son apparence fortement remaniée.

L’Ami Hebdo a publié un article très intéressant la semaine dernière sur ce sujet.

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