Le Couronnement de la Vierge

Le plus beau vitrail de la basilique Saint-Vincent est celui du Couronnement de la Vierge de l’atelier de Laurent-Charles Maréchal.

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Il est inspiré de l’œuvre du même nom de Fra Angelico, à laquelle France Culture vient de consacrer une chronique :
http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5068559

couronnement

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Sur les pas d’Etienne-Pierre Morlanne et Laurent-Charles Maréchal ce dimanche 13 mai à Metz

L’association Arc en Ciel située rue Mazelle fête ce dimanche son 20ème anniversaire et organise pour l’occasion jeux de rôle, pique-nique, spectacles de chants et de danse pour petits et grands, et aussi deux marches commentées sur les traces de deux Messins bien connus déjà évoqués sur ce blog :

. Visite guidée par Guy Remmy des églises Saint-Maximin et Saint-Eucaire et de leurs vitraux respectifs de Jean Cocteau et de Laurent-Charles Maréchal. Rendez-vous à 10 heures place des Charrons.

Eglise Saint-Maximin

Eglise Saint-Eucaire

. Sur les traces d’Etienne-Pierre Morlanne, chirurgien et humaniste, visite guidée des monuments, chapelles, dessus de portes, rues, fontaines, monuments historiques, depuis le siège de l’association Arc en Ciel au 71 rue Mazelle jusqu’à la maternité Sainte-Croix qui continue son oeuvre. Rendez-vous à 10 heures place des Charrons, deux circuits possibles, un long et un court.

Chapelle de la maternité Sainte-Croix

15 août : l’Assomption de Marie à la basilique Saint-Vincent

Des deux vitraux du Couronnement de la Vierge qui se font face à la basilique Saint-Vincent, les visiteurs préfèrent généralement celui de Laurent-Charles Maréchal inspiré de Fra Angelico dans le transept sud. Celui de Jean-Henri Couturat au nord, datant de 1952,  gagne pourtant à être mieux regardé. Il nous offre notamment une très douce Assomption de Marie, que la lumière qui inonde la basilique par beau temps semble accompagner.

Saint-Vincent des champs

Peinture de Laurent-Charles Maréchal représentant Metz vu de Saint-Julien au XIXe siècle, reproduite de l’ouvrage dont il a déjà été question précédemment : L’Ecole de Metz 1834-1870, Christine Peltre, éditions Serpenoise / Presses Universitaires de Nancy, 1988.

La vue que l’on a de la voie ferrée vers Thionville et Luxembourg, même si le point de vue n’est pas exactement le même que celui du tableau, montre les changements incroyables qui ont eu lieu en un siècle et demi.

Laurent-Charles Maréchal, peintre et maître-verrier messin (suite)

Suite de l’extrait de « Metz et son école de peintres (1825-1870) » de A. Eiselé, Marius Mutelet éditeur, dans lequel il est plus particulièrement question de l’art du vitrail tel qu’il a été pratiqué au fil des siècles, et donc par Laurent-Charles Maréchal au XIXe. Rappelons que cet ouvrage est paru en 1959.

« Que penser des vitraux de Maréchal, atteints de nos jours par le discrédit de tous les vitraux du XIXe siècle ? A lui, comme aux autres verriers de ce siècle, on a reproché d’être resté peintre tout en faisant des vitraux et de n’avoir pas su retrouver les principes originaux et spécifiques de l’art verrier. C’est vite dit. Ce n’est pas inexact, bien sûr, mais c’est incomplet en ce qui concerne Maréchal. On perd de vue que tout artiste est solidaire de son époque, dont sa sensibilité perçoit les données et les exigences avec une particulière acuité. Maréchal n’est pas notre contemporain. Il est le contemporain de Delacroix. Nous autres, du XXe siècle, sommes enfants du XIXe. Il est bien connu que les enfants jugent leur père avec sévérité.

Les modernes demandent de nouveau au vitrail, par un choix conscient, ce que les Gothiques lui demandaient d’instinct : « …sublimer l’architecture, dont il précise la capacité symbolique et colore l’espace même ; il n’en est pas un élément strictement nécessaire, mais il n’est pas indifférent à la définition de la structure qu’il éclaire et de l’intérieur qu’il anime. » (« Le vitrail français », André Chastel, « Problèmes formels »)

De tous temps, les architectes ont eu à résoudre les délicats problèmes que pose la nécessité d’animer l’espace intérieur des grandes constructions. Les Byzantins y faisaient face en couvrant les murs de mosaïques aux couleurs vives et contrastées, accentuées par la luminosité des pays méditerranéens. Les Gothiques, dont les oeuvres s’édifiaient sous une lumière souvent voilée ou blême, imaginèrent de la capter directement par des fenêtres aussi vastes que possible pour l’organiser en un jeu de couleurs et de lignes, à travers le réseau des verres et des plombs : c’est le vitrail, imposé par les vastes cathédrales des pays de brumes ; art essentiellement religieux, accessoirement profane.  Puis, l’art baroque, procédant de formes nées dans les pays du soleil, mais reproduites dans les pays de brumes, art fondamentalement profane, même quand il s’agit d’églises, ouvre ses espaces intérieurs à la lumière naturelle, mais appelle celle-ci à éclairer des formes architecturales dégagées de toute rigidité ; arrondies, souvent extraordinairement souples, enrichies au surplus d’ors, de fresques et de tableaux. L’art dit « classique » n’apporta aucune solution nouvelle, pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas. Cependant, cette évolution a fait dépérir l’art du verrier, et l’on avait plus ou moins oublié la fonction essentielle du vitrail.

Aussi, lorsque les Romantiques, dans leur quête souvent naïve de tout ce qui était médiéval, ranimèrent l’art du vitrail, ils semblent avoir perdu de vue à quelle intention, voire à quelle nécessité il répondait initialement. Cela d’autant plus que le XIXe siècle ne construisait pas de cathédrales, sauf exception. C’est ce qui explique que les verriers du siècle dernier furent surtout des « peintres sur verre » qui cherchèrent moins à capter la lumière pour organiser l’espace qu’à reproduire, sur et par le verre, les subtilités et les modulations de la peinture qui régnait sur ce siècle.

Maréchal n’échappe pas au reproche, si reproche il y a. Encore qu’il faille le nuancer en ce qui le concerne, au moins pour certaines de ses oeuvres. En effet, il a pressenti les exigences modernes. Il prévoyait que le progrès technique allait créer des conditions nouvelles où l’art du verrier aurait à résoudre des problèmes qui, pour n’être pas identiques à ceux des artistes médévaux, s’en rapprocheraient néanmoins d’une certaine manière. Il soupçonnait combien l’emploi toujours croissant des charpentes de fer laisserait au verre de plus grands espaces en réduisant les surfaces de maçonnerie. C’est lui d’ailleurs qui fut chargé d’exécuter les verrières de la grande nef du Palais de l’Industrie pour l’Exposition Universelle de Paris en 1855. Il suivait de près le développement de l’emploi des vitraux pour les constructions civiles. Maréchal était très sensible à la beauté des vitraux de Haute Epoque. Tenu par l’optique de son temps, il leur trouvait des analogies avec les meilleures oeuvres romantiques. Nous nous en étonnons ? Bien à tort, car ces analogies existent dans une certaine mesure. Si elles apparaissaient fondamentales à Maréchal, nos contemporains, qui les nient absolument, ne pèchent-ils pas par excès contraire ? Positions extrêmes, en sens inverses, aisément explicables : Maréchal, dans sa réaction contre le classicisme, se réfère au Moyen-Âge et s’en fait un allié ; ce que feront les Modernes, en réagissant, eux, contre le Romantisme. Chacun, pour s’affirmer contre ce qui le précède immédiatement, se cherche des aïeux de Haute Epoque et souligne ce qui le rapproche de celle-ci en niant ce qui en rapprochait ceux qu’il combat et prétend remplacer.

« [Maréchal] termine les vitraux de Notre-Dame de Paris dans la donnée des travaux analogues du XIIIe siècle, écrit Migette. Il pense encore faire les vitraux de Saint-Denis et puis ensuite en prendre à son aise et se reposer un peu. Il a maintenant 59 ans. Il est grand admirateur des maîtres peintres verriers du XIIIe siècle. Comme dessinateur et coloriste, il trouve que les tableaux de M. Delacroix ne s’en éloignent pas tant qu’on pourrait le penser. » (Migette, « Journal », 21 août 1860)

C’est l’un des contresens que nous imputons au XIXe siècle. Est-il certain que nos successeurs seront aussi sévères pour ce siècle qu’on l’est de nos jours ? Attendons. Ce n’est qu’avec le recul du temps ou dans l’espace que les évènements et les hommes, les idées et les oeuvres, tout comme les choses, se mettent à leur place réelle. »

Laurent-Charles Maréchal, peintre et maître-verrier messin

Nous avons déjà évoqué sur ce blog le vitrail du couronnement de la Vierge dans le transept sud de la basilique Saint-Vincent et dû aux ateliers Coffetier et Maréchal dans les années 1880. Au milieu du XIXe siècle, les ateliers Maréchal et Champigneulle avaient déjà conçu les vitraux du chœur de la basilique représentant, entre autres, au fond le Christ et la Vierge, à droite Saint Clément et Saint Louis, et à gauche Saint Vincent et Sainte Lucie.

« Né à Metz le 27 janvier 1801, Laurent-Charles Maréchal, qui avait trouvé sa voie en fréquentant de 1820 à 1825 l’Ecole municipale de peinture dirigée par Lutton puis Désoria, devait se révéler bientôt le chef de cette école de Metz par laquelle la critique a reconnu que « Metz avait pris dans l’Art une place spéciale entre Paris et Bruxelles ». Seule la résolution que Maréchal avait prise de donner toute son activité à sa ville natale a pu estomper, sur le plan national, la notoriété de ce magnifique artiste à qui Delacroix mourant marquait encore la plus ferme amitié. Plusieurs de ses élèves, notamment Auguste Rolland et Aimé de Lemud, se sont montrés brillamment dignes du maître, mais entre tous Théodore Devilly, né à Metz le 28 octobre 1818, qui devint directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy, maître vénéré de Prouvé et Friant. Maréchal se distingua particulièrement aussi comme peintre-verrier (…). » (Extrait de « 1648-1848 Metz », publié par les Auspices du Comité des Fêtes du Tricentenaire)

« La réputation de Maréchal comme maître-verrier s’étendait, de son vivant, bien au-delà des frontières nationales. L’art du vitrail, qui semblait frappé à mort depuis le milieu du XVIIe siècle, jouissait d’une faveur nouvelle grâce au romantisme. Dès 1833, Maréchal avait fondé avec Gugnon un atelier de verrier. Ses premiers produits furent exposés à Metz et à Paris en 1839, puis encore à Paris en 1841, 1842 et 1843, et à Metz en 1843. La presse parisienne (les « Débats », le « National », la « Revue du Siècle », « l’Artiste », « l’Univers ») admit d’emblée la supériorité de l’établissement messin sur les établissements rivaux en France. L’atelier, installé d’abord rue des Murs, puis transféré au Fort-Moselle et considérablement élargi, devint une grosse affaire absorbant presque entièrement l’activité du peintre. Selon Anatole Paroissien, les vitraux sortis des ateliers Maréchal se trouveraient dispersés dans plus de 3.000 églises, châteaux, hôtels de ville et hôtels particuliers. De 1855 à 1857, en trois années, Maréchal a produit 331 verrières représentant plus de 250 scènes ou sujets. Dans ce nombre, la Moselle est comprise pour 109 verrières réparties dans 30 communes.  A Paris, Maréchal travaille pour Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Augustin, Sainte-Clothilde, Saint-Philippe-du-Roule et Notre-Dame. Il livre des vitraux à plusieurs églises messines, aux cathédrales de Châlons, Cambrai, Limoges, Troyes, à diverses églises de Nîmes, de Charleville et de Nancy. On en trouve en Angleterre, au Luxembourg, en Italie.

En 1866, un gros incendie détruisit les ateliers Maréchal et anéantit la plupart des cartons et des documents dessinés et amassés depuis plus de trente ans. La perte était énorme. Il fallut reconstituer le fonds des modèles nécessaires à une production considérable.  Maréchal se remit  courageusement au travail. Il céda son atelier à Charles-François Champigneulle, mais en conservant la direction artistique de la maison, désormais appelée « Maréchal et Champigneulle ». Après la défaite, Maréchal et Champigneulle se replièrent à Bar-le-Duc (1872), où Maréchal organisa des cours publics de dessin industriel ouverts aux ouvriers aspirant à l’exercice d’une profession manuelle liée à l’art ou à la décoration. Il y mourut en 1887, âgé de 86 ans. » (Extrait de « Metz et son école de peintres (1825-1870) » de A. Eiselé, Marius Mutelet éditeur, 1959 (à suivre))

En route vers Marie

Prenons quelques jours d’avance sur l’Assomption pour rappeler que la basilique Saint-Vincent présente deux vitraux dédiés au Couronnement de la Vierge :

. dans le transept sud, celui de l’atelier de Coffetier et Laurent-Charles Maréchal, datant des années 1880 et inspiré du tableau de Fra Angelico exposé au musée du Louvre (photo du bas) ;

. dans le transept nord, celui de Jean-Henri Couturat datant de 1952 (plusieurs vitraux ayant été détruits pendant la seconde guerre mondiale) (à droite).

Les guides CASA nous fournissent ici l’historique de la dévotion et de l’iconographie du couronnement de la Vierge dans la religion catholique. Ce thème est également le cinquième des mystères glorieux du Rosaire, une bonne raison de venir les admirer de près ce samedi 14 août.

« … vers la troisième heure de la nuit, Jésus arriva avec la légion des anges, la troupe des patriarches, l’armée des martyrs, les cohortes des confesseurs et les chœurs des vierges ; et toute cette troupe sainte, rangée devant le trône de Marie, se mit à chanter des cantiques de louanges. Puis Jésus dit :  » Viens, mon élue, afin que je te place sur mon trône, car je désire t’avoir près de moi !  » Et Marie :  » Seigneur, je suis prête !  » Et toute la troupe sainte chanta doucement les louanges de Marie. Après quoi Marie elle-même chanta :  » Toutes les générations me proclameront bienheureuse, en raison du grand honneur que me fait Celui qui peut tout !  » Et le chef du chœur céleste entonna :  » Viens du Liban, fiancée, pour être couronnée !  » Et Marie :  » Me voici, je viens car il a été écrit de moi que je devais faire ta volonté, ô mon Dieu, parce que mon esprit exultait en toi !  » (…) Et ainsi l’âme de Marie fut emportée joyeusement au ciel, où elle s’assit sur le trône de gloire à la droite de son fils. »

« La légende dorée » de Jacques de Voragine, extrait du chapitre 117, source ici.

Et le vitrail du Couronnement de la Vierge de la cathédrale de Metz, l’avez-vous déjà repéré ?