L’Art Contemporain se veut total et sacré…

Alors que la basilique Saint-Vincent va devoir subir, pour la deuxième fois en quatre ans, une animation de la prochaine nuit blanche, voici, à l’attention des clercs du diocèse qui acceptent n’importe quoi dans les églises de la ville, une recension du livre d’Aude de Kerros,  « Sacré art contemporain » par Maximilien Friche de Mauvaise nouvelle.

L’Art Contemporain se veut total et sacré, Aude de Kerros (1) refuse d’être aux ordres

L’arnaque, l’usurpation, le foutage de gueule sont les qualificatifs désormais réservés aux derniers endroits réactionnaires que sont les comptoirs des cafés pour qualifier l’Art Contemporain (AC). Les malheureux ne savent pas à quel point ils ont raison, ne savent pas à quel point l’art conceptuel est allé au-delà de l’imagination en perversion. Après « L’Art caché » (2), Aude de Kerros reprend l’écrit pour résister et entrer en dissidence vis-à-vis de l’AC avec son nouvel opus intitulé « Sacré Art contemporain » (3). Elle révèle, exemples à la clé, le fonctionnement totalitaire de l’Art Contemporain grâce au travail de commissaires d’expositions, d’inspecteurs et tant d’autres fonctions aux évocations bolchéviques du ministère de la culture et de ses ramifications. Elle révèle aussi comment, avec la complicité et la collaboration d’évêques français, l’AC opère l’alchimie postmoderne de sacraliser la tourbe. Il est tout à fait légitime et logique qu’après avoir opéré par un détournement du langage, et dans la grande tradition Duchampienne, la transsubstantiation d’un objet vil en art, l’AC veuille acquérir ses lettres de noblesse en incarnant un sacré, un sacré sans Dieu bien sûr. L’année 2011 a été l’occasion de querelles qui rappellent les guerres de l’AC aux USA il y a dix ans : Golgotha picnic, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Piss Christ. Le livre d’Aude de Kerros arrive donc à point pour encourager tous ceux qui veulent entrer en dissidence.

L’incontournable art Sub-Sub

Une Vierge formée avec des étrons, un strip-tease sur un autel, un crucifix noyé dans l’urine, un Christ en piéta assis sur une chaise électrique à la cathédrale de Gap, une machine à baptiser réalisée dans une église en Vendée laissant couler un liquide blanchâtre et plastifiant, le sperme de Dieu, des multiples réalisations nihilistes ou carrément satanistes, des vitraux aux symboles de la communauté gay et enfin Jean de Loisy qui clame en conférence de carême à Notre Dame de Paris en 2008 : la bite est sacrée, le trou du cul est sacré ! Bref, il suffit d’un condensé de porno-choc, de scato-chic, de catho-maso pour former l’art Sub-Sub, subventionné subversif et définitivement le sacraliser. « La transgression est devenue un service public, un monopole de l’Etat » (4), souligne dès le début de son livre Aude de Kerros. Le scandale ne réside pas dans la subversion mais dans la subvention. Aude de Kerros nous rappelle que la subversion a toujours existé sans poser soucis. Le véritable scandale est son officialisation par la commande publique. Le deuxième scandale est, par-dessus l’officialisation, la sacralisation de l’art conceptuel par la commande publique avec la collaboration de l’Eglise de France. Car en France, l’Etat est un label, il donne le ton et les fondations privées, les collectionneurs, etc, suivent comme un seul homme. En investissant les églises, Aude de Kerros explique que l’AC se drape de la légitimité historique et d’une ambiance de transcendance. C’est essentiel puisque « la légitimité de l’AC n’est que financière et repose essentiellement sur la foi elle aussi, tout comme la monnaie est fiduciaire. » (5) Pour la première fois de l’histoire de France, il y a donc un art sacré d’Etat, les commissaires, car les totalitaires n’ont pas peur des fonctions, imposent aux évêques. Le troisième et dernier scandale révélé par le livre est le monopole de la commande publique détenu par l’AC. Il n’y a pas de place pour tous les artistes d’aujourd’hui. Tous ceux qui travaillent de leurs mains pour faire du beau feraient bien de circuler pour s’orienter vers les salons des arts créatifs. Seuls ceux qui manipulent les concepts sont autorisés à gagner leur vie pour les fonctionnaires de l’art qui agissent et décident seuls.

« Ce que tu vois est de la merde, mais rassure-toi, il y a une pensée derrière. » (6)

Aude de Kerros, à travers les multiples exemples qu’elle livre dans son livre, nous fait comprendre comment l’artiste contemporain échappe systématiquement au jugement, esquive toutes responsabilités. Ses stratégies sont diverses. Il y a d’abord le cache-cache. L’auteur parsème des retables ou statues de vierges en plâtre de petits cœurs, de petites croix et XXX. Les initiés reconnaissent des anus, deux pénis croisés et le symbole des morts du sida. Les clercs n’y voient que des motifs décoratifs. Les militants gays sont contents de leur coup. La deuxième va légèrement plus loin et procède du « farces et attrapes ». Le regardeur (7) doit être absolument bousculé, questionné, choqué. Le bourgeois ne sera plus jamais tranquille, il sera assailli de blagues et contraint à la réflexion permanente. Exemple donné par l’auteur : 2001, Maine et Loire, en l’église Saint-Georges des gardes, posée à côté de la chasse du saint guérisseur, une autre chasse remplie de boîtes de médicaments. L’œuvre s’appelle : le miracle des antibiotiques. Ce n’est pas méchant. Cette petite blague permet une démultiplication des questionnements et débouche sur la délivrance de messages, voire d’une morale comme notre temps l’aime. La troisième stratégie convient aux artistes, dupes, légèrement niaiseux, piégés par leur propre dialectique. Il s’agit de la sincérité du jeu du hasard au palais des glaces. Très en vogue chez les artistes étatisés. L’œuvre, le concept ne se réalise que par le regardeur. L’effet miroir est immédiat. Si ce que vous voyez est choquant, c’est que la société elle-même est choquante. Les artistes ne font que montrer, les œuvres sont des épiphanies de ce monde (et de son Prince). Les artistes dénoncent et on les blâme, c’est le comble. C’est le cas de Piss Christ, les gens ne comprennent vraiment rien. L’œuvre peut aussi être montrée comme étant purement spontanée, le fruit du hasard, et c’est le regardeur qui y projette sa culpabilité. L’œuvre révèle le mal contenu dans le regardeur. Les artistes ayant cette stratégie sont capables de croire sincèrement aux raisonnements produits, aux dossiers de presse. L’essentiel est donné dans cette sentence : « L’œuvre produit une déception qui donne à penser » (8). Aude de Kerros nous livre ainsi un pot pourri de l’art contemporain qui aurait pu servir de source intarissable à Philippe Muray. Il faut bien en rire.

Et en plus l’Eglise aime ça

L’Art Contemporain est donc le rendez-vous de tous les blasphèmes. Il serait logique qu’il soit le prétexte d’une querelle entre l’Etat et l’Eglise. Et bien, Aude de Kerros nous montre que l’étude de l’histoire de l’Art Contemporain, et de sa quête du sacré, révèle une collaboration de l’Eglise par la voie d’évêques à son humiliation. L’Eglise se fait insulter, voit sa foi salie et elle aime ça. On trouve deux sortes de clercs. Il y a d’abord les militants de l’intérieur, les défenseurs du progrès par l’AC, autant dire des idéologues qui noyautent l’Eglise. Aude de Kerros nous rappelle le lancement en 1997 à Lourdes lors de l’assemblée plénière de tous les évêques de France d’un groupe « Arts, Culture et Foi ». Gilbert Brownstone y servira de sherpa entre autres à Mgr Rouet et à l’abbé Pousseur pour expliquer l’essence de l’AC. Sur Piss Christ, l’abbé conclut que l’œuvre était « porteuse de lumière » (9). Quant à l’évêque, il encense l’AC qui, contrairement à l’art moderne, est « moral, utile socialement, humanitaire, fondé sur la transgression… » (10). Pour ceux-là, rien à faire d’autre que prier pour leur conversion. Comme chez les artistes, derrière ceux que l’on aimerait qualifier de mal intentionnés, se cache une armée de niaiseux qui suivent. Ils sont piégés par les raisonnements des premiers. Pour eux, la charité exige de choisir l’art contemporain. De la maltraitance du regardeur, doit naître le dialogue. Du pur sado-maso. L’ouverture des Bernardins en 2008 constitue pour Aude de Kerros l’aboutissement de la convergence entre christianisme moderne et art contemporain. Jean de Loisy, commissaire d’exposition, en charge du département art contemporain aux Bernardins et théologien par-dessus le marché, aime ça aussi. Il aime cette façon « salutaire » d’être secoué. Et ce département s’arrange pour ne laisser aucune place à l’art d’aujourd’hui et à tout donner aux concepts. Pour Aude de Kerros, si l’Eglise suit tous ces théoriciens, c’est avant tout mû par le désir d’inculturation de la modernité, de l’art contemporain. Stratégie séculaire de l’Eglise. Sauf que l’auteur se pose la question que certains évêques ont oublié de poser aux commissaires : « Est-il possible d’inculturer une anti-culture ? » (11). Est-il possible d’inculturer un système d’essence totalitaire ?

Guerres culturelles et dissidence

Le livre « Sacré art contemporain » commence par un lexique, car l’AC, comme tout mouvement révolutionnaire change les définitions. Tout comme Duchamp avait qualifié d’art ce qui ne l’était pas, le laid devient beau, le blasphème salutaire, etc.  S’il y a guerre, c’est avant tout la guerre des mots. L’Art Contemporain, on l’aura compris, qualifie tout autre chose que tout l’art d’aujourd’hui. Aude de Kerros déplore qu’aucune place ne soit laissée à celui qui, travaillant de ses mains, réalise une œuvre traduisant une vision intérieure du monde, se passant d’explications, destinée à la contemplation voire à la communion. « L’artiste conceptuel, celui dont la cote monte, ne fat rien de ses mains » (12). En 2011, les affaires comme Golgotha pic-nic ont montré que le peuple pouvait réagir sous différentes formes pour s’opposer à ces choix de fonctionnaires. Dans un autre registre que la réaction, des paroissiens, comme à Fréjus, encouragés par leur évêque, sont parvenus à faire revenir l’Art dans leur église et à l’imposer aux fonctionnaires. L’Eglise de France a commencé à corriger le tir. L’Etat devra à sa suite infléchir un peu sa position. Aude de Kerros reprend la parole de Mgr Vingt-Trois : « La foi est indissociable d’une expression esthétique de cette foi et n’est pas assimilable à un modèle artistique particulier« . Et déjà, comme tout système totalitaire, l’Art Contemporain se fissure. Des brèches sont réalisées. Des artistes rentrent en dissidence et l’écrivent pour se battre avec les mêmes armes que les conceptuels, pour se battre avec les mots. Le livre d’Aude de Kerros nous rappelle que les artistes existent bien, ils sont masqués par l’Art Contemporain, méprisés par les commissaires et autres fonctionnaires de la culture. L’Art n’est pas mort, il patiente. Comme Dieu.

  1. Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également l’auteur de plusieurs livres et articles sur l’Art Contemporain. Elle anime l’émission « le libre journal d’Aude de Kerros » sur Radio Courtoisie.
  2. L’Art caché – Aude de Kerros – Eyrolles éditions – ISBN-10: 2212539339
  3. Sacré art contemporain – Aude de Kerros – Jean-Cyrille Godefroy Editions – ISBN-10: 286553233X
  4. Sacré art contemporain – p21
  5. Sacré art contemporain – p62
  6. Extrait de « Art » de Yasmina Reza à entendre dans la bouche de Pierre Vaneck jouant Marc
  7. Aude de Kerros explique dans son lexique au début de son livre que le « regardeur » est un des mots clefs de l’art contemporain. « L’acte de foi du regardeur est fondateur … »
  8. Sacré art contemporain – p106
  9. Sacré art contemporain – p95
  10. Sacré art contemporain – p96
  11. Sacré art contemporain – p176
  12. Sacré art contemporain – p149
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Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes… (Mt 23, 3-4)

1er octobre 2010 : la nuit blanche de Metz se déroule (entre autres) à la basilique Saint-Vincent, qui se trouve pour la circonstance affublée de grands ballons dont le coût se monte à 60.000 euros, soit 10% du montant total officiel de toutes les « performances »  de la soirée dans la ville.

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Le lendemain, certains de ces ballons traînaient lamentablement sur le sol… Ont-ils été réutilisés par la suite, ou ont-ils terminé immédiatement dans une décharge ?

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Oh, que l’on se rassure ! Les contribuables n’ont pas été les seuls à financer cette gabegie ! Le spectacle à la basilique Saint-Vincent avait en effet reçu le soutien de la Caisse des dépôts et consignations, qui est supposée collecter les montants déposés sur les livrets d’épargne des Français pour investir à « long terme au service de l’intérêt général et du  développement économique du pays. » Voilà qui ravira tous les petits épargnants !

NB3

Il faut savoir aussi qu’au niveau mondial, le volume d’argent qui s’échange pour l’art contemporain (et dont relèvent les nuits blanches auxquelles les autorités diocésaines se soumettent si complaisamment) occupe la troisième place après la drogue et les armes (1).

Voilà donc un clergé qui prétend enseigner l’Amour et la Charité dans ses homélies, et qui n’est même pas capable d’empathie pour ses contemporains en refusant catégoriquement que ces pantalonnades se déroulent dans ses églises ! « Tout ce qu’ils disent, faites-le donc et respectez-le, mais n’agissez pas comme eux, car ils disent et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. » (Mt 23, 3-4)

Dans sa première homélie, notre nouveau pape François a affirmé : « Si nous ne confessons pas Jésus Christ, rien ne va. Nous deviendrions une philanthropique ONG mais non l’Eglise, l’Epouse du Seigneur. Si on ne bâtit pas sur la roche, il arrive ce qu’il arrive aux enfants sur la plage avec leurs châteaux de sable. Sans consistance, ils s’effondrent ». Il a ajouté en citant Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas Dieu, prie pour le Diable, car qui ne confesse pas le Christ confesse la mondanité du Diable… »

Les mondains du clergé concordataire de Metz n’ont rien d’une ONG philanthropique, mais qu’ils prennent garde ! Si la source de l’Evangile ne les intéresse plus, qu’ils n’oublient pas que César est au bord de la ruine et qu’ils risquent bien d’être les premiers à en faire les frais !

(1) L’abstraction  spiritualisante  au Collège des Bernardins, par Christine Sourgins, 7 mai 2010

Plusieurs études sur l’art contemporain et ses dérives sont à télécharger sur le site de Sauvons l’art.

A lire aussi sur ce blog :

. Marc Fumaroli : ce n’est pas d’art contemporain dont l’Eglise a besoin

. Tu aimeras ton église comme toi-même…

L’examen de minuit

« La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s’enfuit :
– Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique.
 
P1050479_2
          
        
 
Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
 
 
 
                                                 
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière.
 
P1050514Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L’ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !…
– Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres ! »
 
 

Charles Baudelaire, Les fleurs du Mal, Apport de la troisième édition (1868), VI (Poésie / Gallimard)

Rupture musicale

Philippe, le blogueur photographe grand arpenteur des rues de Metz, a eu la bonne idée de (re)publier des photographies des évènements de l’automne 2010 à la basilique Saint-Vincent : les journées du patrimoine et la nuit blanche.

L’occasion de prendre connaissance de l’avis du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine dans son livre « Homme et prêtre / Tourments, lumières et confidences » (éditions Ad Solem, 2012) sur ce type de « musique » :

« Jean-Robert Cain : Il vous semble qu’aujourd’hui le mélange [des générations] est moins assuré ?

MMZS : C’est le moins que l’on puisse dire. Aujourd’hui, les âges constituent de véritables frontières, notamment parce que les goûts nous séparent. Et en particulier sur le plan musical qui revêt une importance considérable dans la vie sociale. A quelques exceptions près d’enfants éduqués dans l’écoute des grandes oeuvres ou même de bons chanteurs dominant leur art par une réelle technique vocale, par la qualité interprétative, par l’offrande de textes intelligents, la majorité des jeunes, écouteurs sur les oreilles, ne fait pas exprès d’aimer ce qu’elle appelle musique et qui dans la plupart des cas n’est que bruit impossible à intégrer pour les générations précédentes. Là, il y a bien rupture en un domaine qui crée des atmosphères sociales souvent insupportables tant elles accueillent la dissonance. C’est là, il me semble, un univers plus déterminant que le monde des idées, j’en suis convaincu. (…)

JRC : Que pouvons-nous faire ?

MMZS : Mesurer la gravité de cette rupture qui s’opère non seulement dans l’ordre du goût mais, plus profondément encore, dans l’ordre de la perception humaine qui se modifie, qui s’abîme, oui, qui s’abîme, perdant en qualité émotionnelle, en harmonie intérieure, en délicatesse. Et qui détruit aussi, permettez-moi d’insister, le tissu social, affectant nos lieux publics d’une atmosphère saturée de bruit et de désordre. Quand, au feu rouge, vous entendez résonner dans la voiture d’à côté, toutes vitres fermées (et encore, si elles sont fermées, ce n’est déjà pas si mal pour les autres !) le rythme tribal des basses, écrabouillant la tête du conducteur qui se secoue en mesure, c’est à gémir sur l’avenir de l’homme cadencé qui, de cette manière, j’en suis sûr, se blesse, et se prépare à emprunter un jour ou l’autre les chemins de non-maîtrise et donc de violence.

JRC : Est-ce que nous ne pourrions pas aussi reconnaître que chaque époque a ses préférences et qu’il est donc normal qu’apparaisse cette diversité de goûts ?

MMZS : Très bien, diversité. Plaidons donc pour la diversité ! A quand les Scènes de la forêt de Schumann ou les Danses hongroises de Brahms aux enceintes des grandes surfaces ? Que la musique en toutes ses facettes retrouve ses droits de cité dans nos magasins et dans nos rues. Et que l’hégémonie de la prétendue musique cesse, car elle est encore une fois créatrice de rupture, j’y reviens, comme jamais cela ne fut, je le maintiens. La jeunesse occidentale baigne en grande partie dans un climat musical univoque. Pourtant, mieux éclairée, elle pourrait trouver sa joie en d’autres formes musicales où tout simplement – je n’en demande pas plus pour son bonheur – la mélodie prédominerait et les textes diraient quelque chose. Par pitié, qu’il y ait des notes qui s’enchaînent et qui créent l’émotion ! Je me souviens de ce mot très éclairant de Jacques Chancel, s’exprimant sur la composition des programmes télévisés, disant qu’il ne fallait pas donner aux hommes ce qu’ils aimaient, mais ce qu’ils pourraient aimer. Ah ! là, nous respirons un air pur. Nous sortons de cet enfermement musical qui oppresse et avilit. »

Question : l’Eglise est-elle dans son rôle quand elle accueille ce genre de spectacle dans un lieu de culte consacré ?