Jean Antoine, « Architecte et Arpenteur Général du Département de Metz »

Le très beau livre d’Aurélien Davrius, « La place d’Armes de Metz« , aux éditions Alain Baudry et Cie (2011), raconte la genèse de la célèbre place qui jouxte la cathédrale.

Lorsque le maréchal de Belle-Isle arrive à Metz en 1727 comme gouverneur de la ville, il a la volonté de renforcer ses défenses et de la moderniser. Un certain nombre de projets lui sont présentés au fil des années, parmi lesquels celui de Jean Antoine, « Architecte et Arpenteur du Département de Metz », le 2 février 1752.

Ce projet prévoyait, entre autres, la création d’une vaste place Royale devant la cathédrale, sur laquelle auraient donné la place Saint-Jacques, diverses rues existantes (dont la rue des Clercs, la Fournirue, la rue du Petit-Paris…) et cinq rues nouvelles. Projet cohérent et ambitieux, mais extrêmement coûteux, et qui aurait nécessité nombre d’expropriations et de relogements en plus de travaux très importants (comme le remblaiement de la place de Chambre et des berges de la Moselle sur huit mètres de hauteur) : le maréchal de Belle-Isle n’en voulut pas.

Metz a pourtant gardé un témoignage du travail de Jean Antoine : la façade classique de la basilique Saint-Vincent édifiée vers 1754-56, « avec un Portail de 26 Colonnes ou sont Employées les trois ordres, Grec, & une superbe tribune sur les desseins de J. Antoine Architecte, & Arpenteur Général a Metz« .

Cet article est un résumé extrêmement succinct de la partie consacrée à Jean Antoine dans le livre d’Aurélien Davrius. Il convient de se reporter à cet ouvrage (dont est extrait le plan reproduit ci-dessus) pour avoir une idée plus complète de son projet pour Metz… et de toute l’histoire de la place d’Armes !

Sur un sujet approchant ont déjà été publiés sur ce blog :

. La façade de Saint-Vincent dans tous ses états

. Saint-Vincent aux XVIIe et XVIIIe siècles

. L’essor de l’art français vers l’est

. L’apogée de la pierre de Jaumont

. Leçon d’histoire de l’art à la basilique Saint-Vincent (suite)

Saint-Vincent aux XVIIe et XVIIIe siècles

Le chapitre « Baroque et rocaille dans les églises de Metz » par Eugène Voltz, dans « Patrimoine et culture en Lorraine« , éditions Serpenoise / Société d’Histoire et d’Archéologie de la Lorraine, 1983, fournit un certain nombre d’informations sur les changements survenus à l’abbaye Saint-Vincent aux XVIIe et XVIIIe siècles.

« (…) Le frontispice de Saint-Vincent entasse les trois ordres classiques, soulève les masses en un jaillissement de verticales, suscite des ombres profondes en un contrepoint puissant que soulignent les rais de soleil accrochés par les fûts des colonnes lancées en avant du mur. Jean Antoine, architecte et arpenteur général du département de Metz, à qui nous croyons pouvoir attribuer la paternité du projet accepté en 1754 par les religieux bénédictins, avait certes devant les yeux le modèle de Saint-Gervais de Paris, mais il sut l’adapter avec intelligence et sans perdre sa propre personnalité.

(…) La remarquable tribune en encorbellement lancée au revers du portail de Saint-Vincent ravit certes par le raffinement de sa décoration, mais c’est d’abord et surtout la savante stéréotomie de ses courbes et l’habileté du constructeur qui suscitent l’étonnement.

(…) [Après 1686, le maître-maçon italien Jean Spinga, originaire de Novare] peut revendiquer l’honneur d’avoir monté les galeries voûtées et les façades qui entourent les jardins intérieurs des monastères de Saint-Clément et de Saint-Vincent.

(…) En 1669, les bénédictins de Saint-Vincent avaient déposé le jubé monté au XVe siècle dans leur vénérable abbatiale et ils l’avaient transporté sous le grand clocher occidental. Ils lui substituèrent aussitôt une clôture moderne, en marbre rouge et noir de Dinant s’associant harmonieusement au marbre blanc de dix colonnes corinthiennes. De nouveaux autels s’élevèrent en l’honneur de saint Jean et de saint Joseph, en 1682, de saint Benoît et de saint Pierre, en 1686. Le lambrissage du choeur ne devait suivre que plus tard.

(…) [Après la révolution] c’est à Coblence que l’on trouva [l’orgue] qui remplaça à Saint-Vincent l’instrument construit en 1776 par Dupont. Il devait disparaître à son tour quand en 1898, Dalstein et Haerpfer lui substituèrent un ouvrage doté d’un buffet pseudo-classique. (…) »

La façade de Saint-Vincent dans tous ses états

Telle qu’elle apparaît aujourd’hui, la basilique Saint-Vincent cache une nef et un choeur gothiques derrière une façade classique… Il est évident qu’il n’en a pas toujours été ainsi…

Tous les Messins connaissent les deux tours de la basilique Saint-Vincent que l’on voit fièrement apparaître au-dessus du théâtre, depuis le pont des Morts, de l’autoroute A31 ou d’ailleurs…

Ces deux tours sont plus ou moins d’origine, mais l’édifice dont la construction a débuté en 1248 présentait une troisième tour-clocher, que l’on peut voir encore sur la gravure de Claude Chastillon datée de 1610.

Peut-être y a-t-il eu un projet de portail gothique qui n’a jamais vu le jour, et qui fait que l’église abbatiale pouvait être considérée comme non terminée.

Dès la fin du XVIIe siècle et jusqu’au milieu du XVIIIe, la tour-clocher subit un certain nombre d’avanies qui nécessitèrent sa destruction.

Deux nouvelles travées furent ajoutées à la nef gothique, dans le parfait respect de celle-ci, afin de présenter des « proportions classiques ».

La nouvelle façade de l’architecte Jean Antoine, et fortement inspirée de celle de l’église Saint-Gervais de Paris (à l’arrière de l’hôtel de ville), est achevée en 1776. Faute de moyens et de temps (puisque la révolution ne va pas tarder à arriver), elle apparaît encore relativement nue.

 

Ce n’est qu’au tout début du XXe siècle que seront installés les statues de Saint Vincent et de Sainte Lucie et les bas-reliefs de leurs martyrs respectifs, tels qu’on peut les contempler encore aujourd’hui.

 

Saint Vincent

Sainte Lucie

Source des informations et de la gravure de Claude Chastillon : « Saint-Vincent au rythme du temps » de Marie-Antoinette Kuhn-Mutter, Editions Serpenoise, en vente à l’entrée de la basilique.

Source de la façade sans statue : « Recueil de vues de Metz et des environs, édité par la lithographie de Verronnais (avant 1850) », J.-S. Zalc, Editeur.