L’Art sacré, témoin de l’Ecriture

Une conférence de Benoît Neiss, directeur honoraire de l’Institut de Littérature à l’Université de Strasbourg et musicien, pour le Centre d’Etudes et de Prospective sur la Science :

 

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La laideur comme instrument de pouvoir des puissants

Article paru le 20 août 2017 sur le site Sauvons l’art :

« La violence symbolique est une domination sociale. C’est un processus de soumission par lequel les dominés perçoivent la hiérarchie sociale comme légitime et naturelle. Les dominés intègrent la vision que les dominants ont du monde. Ce qui les conduit à se faire d’eux-mêmes une représentation négative. » Pierre bourdieu

Voici une œuvre de Damien Hirst faisant partie d’une grande expo de l’artiste que l’on peut voir actuellement chez François Pinault à Venise.

Cette image nous amène à nous poser la question suivante : et si la « beauté » pour les ultra-riches et les puissants de ce monde (tout comme pour les fonctionnaires de l’art du ministère qui sont à leurs bottes) n’était pas le contraire exact de ce que ce mot veut dire ?

Et si la « beauté », pour eux, ne pouvait être que souffrance, effroi, morbidité, abjection, absurdité, perversité, horreur à l’état brut et sans aucune mise en forme permettant de la sublimer.

Et si de telles  « œuvres » n’avaient d’autre fonction que d’installer une sainte terreur auprès des gens, pour mieux consolider la puissance bureaucratico-financière qui tient le monde ?

Je ne vois en effet pas d’autre explication à l’existence de ce genre d’œuvres,  sans aucune invention formelle, sans poésie, sans mystère, sans nécessité interne, d’une bêtise, d’une laideur et d’une toxicité terrifiantes à tous égards.

 

( Notons que ce genre de tumeurs ou chancres mous, se fixent le plus souvent sur des lieux patrimoniaux d’une grande beauté, comme pour en ajouter dans l’abjection.)

( Notons aussi que cette démonstration de force dans cet étalage de l’horreur, a aussi pour but de raffermir la cote de Damien Hirst sur le marché spéculatif international, puisque celle-ci est en chute libre depuis que ses animaux dans le formol commencent à se décomposer et à sentir très mauvais).

Nicole Esterolle

Personnification de la Ville de Metz

Un musée de Baltimore aux Etats-Unis, The Walters Art Museum, détient depuis 1983 une oeuvre intitulée « Personnification de la Ville de Metz » datant de 1871 par le sculpteur Jean-Louis Grégoire (1840-1890) (et non Le Grégoire comme l’indique le site du musée).

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Il est bien difficile de trouver des informations sur ce sculpteur, et encore plus sur cette oeuvre qui semble symboliser la souffrance de Metz prisonnière de la férule allemande.

Oeuvre qui est un beau pendant matériel au poème « Ode à Metz » de Paul Verlaine, les deux artistes étant contemporains.

La nature et le divin pour František Bílek

František Bílek (1872 – 1941) est un sculpteur et architecte tchèque du symbolisme et du Sezessionsstil.1ee895fee2d945b92457687de3757528

« [Pour lui] la création architecturale doit suggérer des sentiments et des élans de l’âme ; l’architecture doit copier « la nature dans une langue compréhensible par nos frères ». Cette mission sacrée repose sur la conviction que « l’art est le manuscrit grâce auquel nous réécrivons la nature ». Ce « naturalisme » fondamental est la métaphore d’une réconciliation entre le monde humain et le monde divin, où la nature serait le lieu de l’interférence de ces deux sphères, mieux encore, le lieu de leur intime fusion. Il regrette que ce lien sacré se soit rompu : « Nous n’avons pas choisi la vie de la nature, nous n’avons pas donné un écho favorable à l’appel aimable de la vie par le truchement de la nature ; au contraire, méprisant l’image de Dieu si nettement représentée dans la nature, nous avons répondu par un défi encore plus audacieux que la tour de Babel, nous avons jeté à la face de la Bonté Suprême la lie du goût humain. »

Extrait de « maisons d’artistes », de Gérard-Georges Lemaire, Editions du Chêne

Le rêve commence…

Saint Victorien, vingt-troisième jour de mars

Le rêve commence, j’attendrai, je recevrai. Plus de vingt années de visions fugitives, bien rangées dans ma mémoire, sont là, je les sens  comme une monture vibrante sous moi, impatientes et multiples.

Si, bien souvent, il est permis de s’étonner de la lenteur d’un projet, quelquefois aussi une tâche  considérable sera rapidement conçue. Le plus long, en ce qui me concerne, est l’attente, ensuite tout mon temps de réflexion.  Ces délais passés, le parti de l’oeuvre arrêté, l’étape définitive peut être réglée en quelques jours.  Pourquoi ? Cette question met en cause tout ce qui, dans la création, fait partie de l’accumulation des connaissances. Tout artiste agissant a, dans sa mine de plomb, son pinceau, son burin, non seulement ce qui rattache son geste à son esprit, mais à sa mémoire. Le mouvement qui paraît spontané est vieux de dix ans ! de trente ans ! Dans l’art, tout est connaissance, labeur, patience, et ce qui peut surgir en un instant a mis des années à cheminer.

Extrait de Les pierres sauvages, Fernand Pouillon, 1964