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Philippe, le blogueur photographe grand arpenteur des rues de Metz, a eu la bonne idée de (re)publier des photographies des évènements de l’automne 2010 à la basilique Saint-Vincent : les journées du patrimoine et la nuit blanche.

L’occasion de prendre connaissance de l’avis du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine dans son livre « Homme et prêtre / Tourments, lumières et confidences » (éditions Ad Solem, 2012) sur ce type de « musique » :

« Jean-Robert Cain : Il vous semble qu’aujourd’hui le mélange [des générations] est moins assuré ?

MMZS : C’est le moins que l’on puisse dire. Aujourd’hui, les âges constituent de véritables frontières, notamment parce que les goûts nous séparent. Et en particulier sur le plan musical qui revêt une importance considérable dans la vie sociale. A quelques exceptions près d’enfants éduqués dans l’écoute des grandes oeuvres ou même de bons chanteurs dominant leur art par une réelle technique vocale, par la qualité interprétative, par l’offrande de textes intelligents, la majorité des jeunes, écouteurs sur les oreilles, ne fait pas exprès d’aimer ce qu’elle appelle musique et qui dans la plupart des cas n’est que bruit impossible à intégrer pour les générations précédentes. Là, il y a bien rupture en un domaine qui crée des atmosphères sociales souvent insupportables tant elles accueillent la dissonance. C’est là, il me semble, un univers plus déterminant que le monde des idées, j’en suis convaincu. (…)

JRC : Que pouvons-nous faire ?

MMZS : Mesurer la gravité de cette rupture qui s’opère non seulement dans l’ordre du goût mais, plus profondément encore, dans l’ordre de la perception humaine qui se modifie, qui s’abîme, oui, qui s’abîme, perdant en qualité émotionnelle, en harmonie intérieure, en délicatesse. Et qui détruit aussi, permettez-moi d’insister, le tissu social, affectant nos lieux publics d’une atmosphère saturée de bruit et de désordre. Quand, au feu rouge, vous entendez résonner dans la voiture d’à côté, toutes vitres fermées (et encore, si elles sont fermées, ce n’est déjà pas si mal pour les autres !) le rythme tribal des basses, écrabouillant la tête du conducteur qui se secoue en mesure, c’est à gémir sur l’avenir de l’homme cadencé qui, de cette manière, j’en suis sûr, se blesse, et se prépare à emprunter un jour ou l’autre les chemins de non-maîtrise et donc de violence.

JRC : Est-ce que nous ne pourrions pas aussi reconnaître que chaque époque a ses préférences et qu’il est donc normal qu’apparaisse cette diversité de goûts ?

MMZS : Très bien, diversité. Plaidons donc pour la diversité ! A quand les Scènes de la forêt de Schumann ou les Danses hongroises de Brahms aux enceintes des grandes surfaces ? Que la musique en toutes ses facettes retrouve ses droits de cité dans nos magasins et dans nos rues. Et que l’hégémonie de la prétendue musique cesse, car elle est encore une fois créatrice de rupture, j’y reviens, comme jamais cela ne fut, je le maintiens. La jeunesse occidentale baigne en grande partie dans un climat musical univoque. Pourtant, mieux éclairée, elle pourrait trouver sa joie en d’autres formes musicales où tout simplement – je n’en demande pas plus pour son bonheur – la mélodie prédominerait et les textes diraient quelque chose. Par pitié, qu’il y ait des notes qui s’enchaînent et qui créent l’émotion ! Je me souviens de ce mot très éclairant de Jacques Chancel, s’exprimant sur la composition des programmes télévisés, disant qu’il ne fallait pas donner aux hommes ce qu’ils aimaient, mais ce qu’ils pourraient aimer. Ah ! là, nous respirons un air pur. Nous sortons de cet enfermement musical qui oppresse et avilit. »

Question : l’Eglise est-elle dans son rôle quand elle accueille ce genre de spectacle dans un lieu de culte consacré ?

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