Joyeux Noël !

Voici trois tintements comme trois coups de flûtes,
Trois encor ! trois encor ! L’Angélus oublié
Se souvient, le voici qui dit : Paix à ces luttes !
Le Verbe s’est fait chair pour relever tes chutes,
Une vierge a conçu, le monde est délié !
Paul Verlaine, Bournemouth, in  Amour,  mars 1888 chez Vanier
Adoration des Bergers, Charles-André dit Carle VANLOO

Personnification de la Ville de Metz

Un musée de Baltimore aux Etats-Unis, The Walters Art Museum, détient depuis 1983 une oeuvre intitulée « Personnification de la Ville de Metz » datant de 1871 par le sculpteur Jean-Louis Grégoire (1840-1890) (et non Le Grégoire comme l’indique le site du musée).

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Il est bien difficile de trouver des informations sur ce sculpteur, et encore plus sur cette oeuvre qui semble symboliser la souffrance de Metz prisonnière de la férule allemande.

Oeuvre qui est un beau pendant matériel au poème « Ode à Metz » de Paul Verlaine, les deux artistes étant contemporains.

L’élève Paul Verlaine vu par Henri Troyat

Article paru dans le Figaro du 3 juillet 1998, ou comment la découverte de la magie des mots peut changer un destin (cliquer sur l’image pour l’agrandir) :

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Pour rappel, la maison Verlaine, au 2 rue Haute-Pierre (près du palais de justice), est ouverte au public du mardi au dimanche, visites à 15h15 et 16h30 ou sur rendez-vous.
Tél. : 06 34 52 22 34

 

Verlaine : « Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris… »

Malheureux ! Tous les dons, la gloire du baptême,
Ton enfance chrétienne, une mère qui t’aime,
La force et la santé comme le pain et l’eau,
Cet avenir enfin, décrit dans le tableau
De ce passé plus clair que le jeu des marées,
Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées
Jusqu’aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas !
La malédiction de n’être jamais las
Suit tes pas sur le monde où l’horizon t’attire,
L’enfant prodigue avec des gestes de satyre !
Nul avertissement, douloureux ou moqueur,
Ne prévaut sur l’élan funeste de ton cœur.
Tu flânes à travers péril et ridicule,
Avec l’irresponsable audace d’un Hercule
Dont les travaux seraient fous, nécessairement.
L’amitié, – dame ! – a tu son reproche clément,
Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,
Vient prier, comme au lit d’un mourant qui blasphème.
La patrie oubliée est dure au fils affreux,
Et le monde alentour dresse ses buissons creux
Où ton désir mauvais s’épuise en flèches mortes.
Maintenant il te faut passer devant les portes,
Hâtant le pas de peur qu’on ne lâche le chien
Et si tu n’entends pas rire, c’est encor bien.
Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage !
Mais tu vas, la pensée obscure de l’image
D’un bonheur qu’il te faut immédiat, étant
Athée (avec la foule !) et jaloux de l’instant,
Tout appétit parmi ces appétits féroces,
Epris de la fadaise actuelle, mots, noces
Et festins, la « Science », et « l’esprit de Paris »,
Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,
Imbécile ! et niant le soleil qui t’aveugle !
Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle
Dans ta cervelle, ainsi qu’un troupeau dans un pré,
Et les vices de tout le monde ont émigré
Pour ton sang dont le fer lâchement s’étiole.
Tu n’es plus bon à rien de propre, ta parole
Est morte de l’argot et du ricanement,
Et d’avoir rabâché les bourdes du moment.
Ta mémoire, de tant d’obscénités bondée,
Ne saurait accueillir la plus petite idée,
Et patauge parmi l’égoïsme ambiant,
En quête d’on ne peut dire quel vil néant !
Seul, entre les débris honnis de ton désastre,
L’Orgueil, qui met la flamme au front du poétraste
Et fait au criminel un prestige odieux,
Seul, l’Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,
Il regarde la Faute et rit de s’y complaire.
 
– Dieu des Humbles, sauvez cet enfant de colère !
 

Paul Verlaine, Sagesse, IV

 
Eglise Notre-Dame, Metz

Aux Veilleurs…

Non, ce n’est pas le titre de ce poème de Paul Verlaine extrait de Sagesse (I, XXI), mais c’est une petite dédicace adressée à ce magnifique mouvement de jeunesse pacifique qui s’est levé à Paris et sans doute bientôt dans toute la France… Car derrière la dénaturation de la famille et la désacralisation d’une basilique millénaire, il y a les mêmes sinistres individus à la manoeuvre.

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Va ton chemin sans plus t’inquiéter !

La route est droite et tu n’as qu’à monter,

Portant d’ailleurs le seul trésor qui vaille,

Et l’arme unique en cas d’une bataille,

La pauvreté d’esprit et Dieu pour toi.

      ***

Surtout il faut garder toute espérance.

Qu’importe un peu de nuit et de souffrance ?

La route est bonne et la mort est au bout.

Oui, garde toute espérance surtout.

La mort là-bas te dresse un lit de joie.

    ***

Et fais-toi doux de toute la douceur.

La vie est laide, encore c’est ta soeur.

Simple, gravis la côte et même chante,

Pour écarter la prudence méchante

Dont la voix basse est pour tenter ta foi.

        ***

Simple comme un enfant, gravis la côte,

Humble, comme un pécheur qui hait la faute,

Chante, et même sois gai, pour défier

L’ennui que l’ennemi peut t’envoyer

Afin que tu t’endormes sur la voie.

    ***

Ris du vieux piège et du vieux séducteur,

Puisque la Paix est là, sur la hauteur,

Qui luit parmi des fanfares de gloire.

Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire.

Déjà, l’Ange Gardien étend sur toi

***

Joyeusement des ailes de victoire.

‘Metz’ par Paul Verlaine

Poème écrit à Paris le 17 septembre 1892 (dans Invectives), d’une étrange actualité…

« Je déteste l’artillerie
Qui se moque de la Patrie
Et du grand nom de Français.
Et j’abomine l’Anarchie
Voulant, front vide et main rougie,
Tous peuples frères – et l’orgie !
Sans autre forme de procès.
 
Tous peuples frères ! Autant dire
Plus de France, même martyre,
Plus de souvenirs, même amers !
Plus de la raison souveraine,
Plus de la foi sûre et sereine,
Plus d’Alsace et plus de Lorraine…
Autant fouetter le flot des mers.
 
Autant dire au lion d’Afrique :
Rampe et sois souple sous la trique.
Autant dire à l’aigle des cieux :
Fais ton aire dans le bocage
En attendant la bonne cage
Et l’esclavage et son bagage.
Autant braver l’ire des dieux !
 
Et quant à l’Art, c’est une offense
A lui faire dès à l’avance
Que de le soupçonner ingrat
Envers la terre maternelle,
Et sa mission éternelle
D’enlever au vent de son aile
Tout ennui qui nous encombrât.
 
Il nous console et civilise,
Il s’ouvre grand comme une église
A tous les faits de la Cité.
Sa voix haute et douce et terrible
Nous éveille du songe horrible.
Il passe les esprits au crible
Et c’est la vraie égalité.
 
Ô Metz, mon berceau fatidique,
Metz, violée et plus pudique
Et plus pucelle que jamais !
Ô ville où riait mon enfance,
Ô citadelle sans défense
Qu’un chef que la honte devance,
Ô mère auguste que j’aimais.
 
Du moins quelles nobles batailles,
Quel sang pur pour les funérailles
Non de ton honneur, Dieu merci !
Mais de ta vieille indépendance,
Que de généreuse imprudence,
A ta chute quel deuil intense,
Ô Metz, dans ce pays transi !
 
Or donc, il serait des poètes
Méconnaissant ces sombres fêtes
Au point d’en rire et d’en railler !
Il serait des amis sincères
Du peuple accablé de misères
Qui devant ces ruines fières
Lui conseilleraient d’oublier !
 
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Metz aux campagnes magnifiques,
Rivière aux ondes prolifiques,
Coteaux boisés, vignes de feu,
Cathédrale tout en volute,
Où le vent chante sur le flûte,
Et qui lui répond par la Mute,
Cette grosse voix du bon Dieu !
 
Metz, depuis l’instant exécrable
Où ce Borusse misérable
Sur toi planta son drapeau noir
Et blanc et que sinistre ! telle
Une épouvantable hirondelle,
Du moins, ah ! tu restes fidèle
A notre amour, à notre espoir !
 
Patiente encor, bonne ville :
On pense à toi. Reste tranquille.
On pense à toi, rien ne se perd
Ici des hauts pensers de gloire
Et des revanches de l’histoire
Et des sautes de la victoire.
Médite à l’ombre de Fabert.
 
Patiente, ma belle ville :
Nous serons mille contre mille,
Non plus un contre cent, bientôt !
A l’ombre, où maint éclair se croise,
De Ney, dès lors âpre et narquoise,
Forçant la porte Serpenoise,
Nous ne dirons plus : ils sont trop !
 
Nous chasserons l’atroce engeance
Et ce sera notre vengeance
De voir jusqu’aux petits enfants
Dont ils voulaient – bêtise infâme ! –
Nous prendre la chair avec l’âme,
Sourire alors que l’on acclame
Nos drapeaux encore triomphants !
 
Ô temps prochains, ô jours que compte
Eperdument dans cette honte
Où se révoltent nos fiertés,
Heures que suppute le culte
Qu’on te voue, ô ma Metz qu’insulte
Ce lourd soldat, pédant, inculte,
Temps, jours, heures, sonnez, tintez !
 
Mute, joins à la générale
Ton tocsin, rumeur sépulcrale,
Prophétise à ces lourds bandits
Leur déroute absolue, entière
Bien au delà de la frontière,
Que suivra la volée altière
Des ‘Te Deum’ enfin redits ! »
 
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La maison Verlaine, au 2 rue Haute-Pierre (près du palais de justice), est ouverte au public du mardi au dimanche, visites à 15h15 et 16h30 ou sur rendez-vous.
Tél. : 06 34 52 22 34

 

Le Moyen Âge vu par… Paul Verlaine

(…)
C’est vers le Moyen Âge énorme et délicat
Qu’il faudrait que mon coeur en panne naviguât,
Loin de nos jours d’esprit charnel et de chair triste.
 
Roi, politicien, moine, artisan, chimiste,
Architecte, soldat, médecin, avocat,
Quel temps ! Oui, que mon coeur naufragé rembarquât
Pour toute cette force ardente, souple, artiste !
 
Et là que j’eusse part – quelconque, chez les rois
Ou bien ailleurs, n’importe, – à la chose vitale,
Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,
 
Haute théologie et solide morale,
Guidé par la folie unique de la Croix
Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale !
                       

Paul Verlaine, Sagesse, I – X

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Paul Verlaine est né à Metz le 30 janvier 1844 « par un hasard de garnison ». Sa maison natale au 2 rue Haute-Pierre (près du palais de justice) est ouverte au public depuis le 15 septembre 2012 : du mardi au dimanche, visites à 15h15 et 16h30 ou sur rendez-vous.
Tél. : 06 34 52 22 34 
E-mail : contact(at)amis-verlaine.net
Fermeture en janvier
 
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L’association des Amis de Verlaine est membre de la Fédération des Maisons d’Auteurs et des Patrimoines littéraires.