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« Le patron. Il est vrai que l’Eglise n’est pas ennemie du calembour (« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai… »). De là à croire que Vincent est devenu le patron des vignerons à cause de la première syllabe de son nom… Dans ce cas, pourquoi saint Arthur ne règne-t-il pas sur les artistes et saint Pothin sur les potiers, les verriers et les barmans. Même vin-sang ou vin-sent ne convainquent pas.

Espagnol, il n’a eu, dans sa famille et dans sa vie de diacre de Saragosse, aucun lien avec la viticulture. Certains affirment que c’est à son supplice qu’il doit sa capiteuse gloire. Le proconsul Dacien, homme de confiance de l’empereur Dioclétien, le condamna, entre autres douceurs, à avoir le corps broyé, écrasé, ce qui fit jaillir son sang comme le jus du raisin ruisselant sous la violence du pressoir. La métaphore est rude, surtout pour des gens aussi gais que les vignerons. Le corps de Vincent, cousu dans une peau de boeuf, fut jeté au large de Valence mais, par un de ces miracles dont notre époque a perdu la recette, la dépouille sacrée attendait sur la rive le retour des rameurs. Cette victoire sur la mer n’aurait-elle pas dû faire de Vincent le saint patron des marins et des naufragés ?

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Plutôt que l’eau, on lui a donné le vin. Tant mieux pour lui. La religion n’est pas avare de mystères. Disons qu’il eût après sa mort la chance qu’il n’eut pas de son vivant. On a même été généreux : Vincent est le patron des vignerons, des négociants, des oenologues, des inspecteurs du vin, des cafetiers. Et aussi des vinaigriers. Excellente ou médiocre, l’année lui vaudra des sympathies. A Xérès, il fait l’unanimité. (…) »

Bernard Pivot, Dictionnaire amoureux du vin, Plon, 2006

D’après Marcel Grosdidier de Matons dans son Metz (1957), aux Xe et XIe siècles, « un village de vignerons et de cultivateurs s’établit à l’abri de la riche et savante abbaye Saint-Vincent. »

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