Les diables de Saint-Vincent

« Représenté sous d’innombrables figures, l’ennemi avéré de la foi, le tentateur rusé et multiforme, le maître de la matière et de la Force, en fait notre alter ego, est certainement le personnage le plus visible et le plus familier des monuments chrétiens. Des gargouilles d’où il ricane et nous défie, jusqu’aux cryptes où il grimace, le diable nous suit et nous poursuit dans l’art roman afin qu’aucune situation ne nous laisse au repos, ne permette l’installation de la moindre complaisance avec les pouvoirs égotiques issus de nous-mêmes et de la matière. Le maître est toujours un être vigilant.

Dans les oeuvres médiévales, on reconnaît le diable soit par ses ailes d’ange ou de chauve-souris, qu’accompagnent des cornes, une longue queue fourchue, des serpents et des pieds de bouc, soit par les flammes de sa chevelure, les grimaces de son visage ou les griffes s’allongeant au bout de ses doigts velus. Lorsque sa face est séduisante, son dos cache des serpents, ce qui doit encore plus inciter les fidèles à la défiance. Au plan symbolique comme au plan pratique, les chapiteaux nous montrent simplement que le diable, à la fois animal, humain et ange, est réellement toujours notre plus vieil ennemi et notre plus proche parent. »

Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de l’art roman, tous les symboles pour comprendre les messages des pierres, Dervy Poche

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