Prière de Marthe Robin pour une nouvelle Pentecôte d’Amour

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" Seigneur, envoyez votre Esprit et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre.

Seigneur, renouvelez votre première Pentecôte.

Accordez, Jésus, à tous vos bien-aimés prêtres la grâce du discernement des esprits, comblez-les de vos dons, augmentez leur amour, faites de tous de vaillants apôtres et de vrais saints parmi les hommes.

Esprit Saint, Dieu d’Amour, venez, tel un vent puissant, dans nos cathédrales, dans nos églises, dans nos chapelles, dans nos cénacles, dans les plus luxueuses maisons comme dans les plus humbles demeures.

Emplissez la terre entière de vos lumières, de vos consolations et de votre amour.

Venez, Esprit d’Amour, apportez au monde la fraîcheur de votre souffle sanctifiant.

Enveloppez tous les hommes du rayonnement de votre grâce !

Emportez-les tous dans les splendeurs de votre gloire.

Venez les réconforter dans le présent encore si lourd d’angoisses, éclairez l’avenir incertain de beaucoup, raffermissez ceux qui hésitent encore dans les voies divines.

Esprit de lumière, dissipez toutes les ténèbres de la terre, guidez toutes les brebis errantes au divin bercail, percez les nues de vos mystérieuses clartés.

Révélez-vous aux hommes et que ce jour soit l’annonce d’une nouvelle aurore."

Marthe ROBIN

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Chrétiens, soyons le levain dans la pâte, la lumière du monde

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Extrait de la tribune "Qu’est-ce que je fais le 27 mai ?" de Cyril Brun sur son site Ethique et Société

"(…) La construction du monde, la construction de la vie ne peut pas être un acte isolé. Le monde ne peut se vivre que dans l’harmonie des actions de chacun. La mise en œuvre de nos spécificités peut et doit se réaliser dans l’harmonie de la complémentarité et non dans la juxtaposition d’efforts, si bons soient-ils.

Les chrétiens ont l’immense grâce d’avoir, par-delà leurs différences, par-delà leurs charismes, un point d’ancrage commun : le Christ. D’autres peuvent avoir en commun un but, nous, nous avons le fondement. C’est du Christ que tout doit partir, car il est la source, il est aussi notre unité. Nous formons un même corps, c’est plus qu’une communauté d’action. Nous sommes chacun un membre de ce corps, une pierre de l’édifice. C’est bien autre chose qu’une armée de soldats côte à côte ! Mais s’il manque une pierre, l’édifice peut se désolidariser. Nous faisons corps et ce que je fais ou ne fais pas influe sur le corps tout entier. Le Christ nous unit en un même corps et il nous donne un but à atteindre, la réalisation de son corps, c’est-à-dire de ce qu’il est lui-même : la réalisation de l’homme. Qu’est venu faire le Christ sinon relever l’homme, redonner à chacun l’espérance et la dignité ? Il est venu relever l’homme et par-là nous donner le sens de notre vie de chrétien : donner Dieu au monde, étendre le royaume de Dieu. Voilà à quoi nous sommes invités. En un mot, nous avons comme impératif de participer au bonheur de ceux qui nous sont confiés, au bonheur de notre prochain.

Mais de qui suis-je le prochain sinon de celui qui m’entoure, de celui qui m’interpelle par sa pauvreté, sa blessure ? Nous sommes tous le prochain de quelqu’un, parce que nous avons tous quelque chose à apporter qui fait défaut à l’autre, tout comme il nous manque ce que l’autre peut nous apporter.

Quels sont mes talents, quels sont mes prochains ? Quelle est ma place dans l’édifice à construire ? Quelle que soit la taille de la place que j’ai à occuper, elle a son importance et si je ne l’occupe pas elle fait défaut. Nous sommes unis dans un même corps pour une même fin, par notre foi en un Christ qui nous montre le chemin.

La grâce extraordinaire du chrétien est précisément cette capacité fondamentale d’arrêter la spirale du mal là où il est en refusant la compromission et la complicité plus ou moins passive. Pourquoi sommes-nous capables d’arrêter cette spirale sinon parce que grâce à la Révélation chrétienne nous savons avec précision discerner le bien du mal. Et c’est cette vérité que nous devons tendre à faire appliquer autour de nous, dans ce monde que nous subissons et qui, faute de repères clairs et de parole de vérité, s’éloigne de plus en plus de la lumière et devient alors incapable de réagir, car incapable de discernement. Nos contemporains, harcelés de vérités contradictoires, sont totalement dénués de repères. Le fond le plus intime de leur personne peut se révolter parce qu’il sent que l’ensemble n’est pas accordé, mais l’homme est incapable d’agir car il ne connaît plus la route à suivre. Il nous appartient, à nous chrétiens qui avons la grâce, la richesse de la foi, de redonner au monde les repères et les valeurs nécessaires à un nouveau départ.

Les piliers de notre foi, les vérités chrétiennes qui nous animent, balisent, en effet, le chemin que nous devons suivre. Ce sont :

-          Permettre à l’homme de s’épanouir dans la plénitude de ce qu’il est ; découvrir la vérité profonde qui le constitue, lui donner les moyens efficaces d’avancer vers le bonheur en se construisant et en se libérant de ce qui l’empêche d’être un être humain digne et comblé.

-          Mettre l’homme au centre de nos préoccupations, en faire la fin de nos actions et non pas le moyen, en dépendance de buts avilissants ou destructeurs.

-          Resituer la personne comme lieu essentiel de l’échange et de la créativité pour, tout en l’aidant à se construire, lui apprendre à construire l’autre.

-          Sortir l’être humain de l’isolement qui est le sien, en l’ouvrant aux réalités familiales et sociales, considérées comme le lieu de la construction et de l’épanouissement.

-          Ouvrir nos yeux sur le monde comme écrin magnifique du joyau qu’est l’homme, afin de lier leur destin dans la conscience que la responsabilité de l’homme sur la Création est le meilleur garant du développement de l’un et de l’autre.

-          Multiplier les interactions et les interdépendances entre le moi à construire et à épanouir d’une part et l’altérité du monde dont le même moi est cocréateur, coresponsable.

-          En deux mots : défricher et aplanir les routes.

Rien de moins que cela ! Mais si les chrétiens ne le font pas qui le fera et au nom de qui ? Nous avons la grâce et la force du Christ avec nous ! Il ne s’agit pas de convertir le monde. Dieu s’en charge ! Il s’agit de redonner les repères humains essentiels que nous enseigne le Christ. Si ces repères et leurs conséquences ouvrent les voies de la conversion (et il y a fort à le parier) tant mieux.

Les chrétiens ont quelque chose à dire dans le monde actuel ! Les chrétiens ont de plus en plus envie de dire ce qu’ils ont à dire. Les chrétiens attendent de faire ce qu’ils ont à dire ! Combien sont nombreux à constater les manques qui nous entourent ? Combien sont nombreux à s’engager pour faire éclore ce qui existe de bon dans l’homme et dans le monde ? Combien sont bras ballants, parce qu’ils ne savent pas à qui les offrir ? Combien sont désemparés face à l’ampleur de la tâche, découragés par l’énormité du chantier ? Combien attendent qu’on les mette en mouvement ? Combien cherchent quelle direction prendre ?

Les chrétiens ont une parole de vérité sur l’homme et par là, ils ont une parole de vérité sur la société, l’économie. Inutile de dire qu’il y a là de la place et du travail pour tout le monde !

Unissons nos forces, nos projets, nos attentes, nos difficultés et nos manques dans un même effort  au service de ceux qui nous sont confiés. Regardons ensemble dans cette direction commune qui est la nôtre à la rencontre du Christ, du démuni, de notre prochain. Construisons sur nos valeurs, riches de nos différences, un projet dans le cœur du Christ. Portons-nous ensemble au chevet du monde, pour prendre son pouls et l’aider à notre mesure, à notre place, à remplir sa mission auprès de nos compatriotes. Soyons par la grâce et la force du Christ artisans de l’avenir de notre pays et de notre monde. N’ayons pas peur de répondre à l’invitation du Saint Père en nous engageant, en prêtant notre concours à la folle aventure de l’espérance. Si nous, chrétiens, ne rendons pas visible notre foi, si nous, chrétiens, ne rendons pas compte de l’espérance, si le sel de la Terre s’affadit, qui salera à notre place ?

Que chacun n’ait pas peur de donner ce qu’il a reçu pour participer à l’avenir dont nous sommes responsables !

Aujourd’hui, les volontés et les mouvements chrétiens en matière d’action sociale et politique en France sont nombreux et variés. Leurs objectifs s’échelonnent de la réflexion à l’action, s’égrainent du local au national, s’étendent de l’individu à la collectivité. Leurs efforts, parfois conjugués, souvent isolés, quelquefois concurrents, sont tout à la fois un souffle et une espérance pour notre pays, mais aussi pour chacun pris individuellement. Leur point commun essentiel n’est rien de moins que leur foi. Les modalités d’expression de cette foi sont propres aux sensibilités de chacun, aux accents choisis pour leur action. Ainsi, tous réalisent la parole de saint Paul : « Celui qui a la grâce du discours qu’il parle ; celui qui a le don d’enseigner qu’il enseigne… »

L’enjeu est bien de donner aux hommes la possibilité de recevoir le Christ. Mais il convient aussi de redonner au monde les capacités de le recevoir en réhumanisant une société déshumanisée, car trop matérialisée pour entendre un message spirituel. Il nous faut redonner au monde les conditions de possibilité de la foi. Mère Térésa disait : « Avant de parler de Dieu à un pauvre, donnez-lui à manger ». Les pauvretés sont peut-être différentes, mais elles sont nombreuses.

Que ce soit avec des idées ou des bras ; que ce soit avec des moyens ou notre simple générosité, nous avons tous, là où nous sommes, quelque chose à faire pour construire le monde de demain. Celui qui s’est ouvert ces derniers mois et qu’il va falloir construire dès le 27 mai. Ne pensons pas que nous n’avons pas la compétence. Laissons Dieu mettre à profit nos dons. Ne pensons pas que c’est peine perdue, idéalisme, car ce qui est folie pour les hommes est sagesse pour Dieu. Ne pensons pas que les vents contraires sont trop forts, car Dieu est plus fort que ses ennemis. Ne doutons pas de la force de la foi. Ne doutons pas de la nécessité et de la grandeur du message chrétien. Larguons les amarres, avançons au large, soyons le levain dans la pâte, la lumière du monde.

                Nuls autres que les chrétiens ne peuvent le faire !

                Nul autre que nous n’en a le devoir impérieux !

Ce que nous avons reçu, nous avons le devoir de le donner au monde. Sortons de sous le boisseau, brandissons le Christ, unissons nos talents et nos cœurs.

Ensemble, unis, pour l’épanouissement de chacun, osons un nouveau visage pour la France. Ayons assez d’audace pour la France et pour le Christ !"

Le tribunal qui a condamné Jeanne d’Arc

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Extrait de Le mystère de Jeanne d’Arc de Marcel Grosdidier de Matons, Librairie Félix Alcan, 1935

"Il importe avant de rapporter l’essentiel [des interrogatoires] de voir la composition du tribunal devant lequel Jeanne d’Arc comparaît. Ce tribunal est l’émanation de l’Université de Paris. Les juges sont nombreux, plus d’une centaine, et encore demandera-t-on, avant de rendre la sentence, l’avis des évêques de la province, l’avis des évêques de la province, l’avis des universitaires restés à Paris, de telle sorte qu’on peut dire que la sentence a été rendue sur le jugement ou l’avis de trois cents personnes au moins, gradés ou docteurs des différentes Facultés. Tous sont des gens instruits, subtils, habitués aux discussions et aux vétilles de la scolastique et de la théologie et ils n’ont à juger qu’une pauvre fille qui ne sait ni A ni B. Tous ne sont pas des canailles, ni même des politiques ; il y a parmi eux des gens sincères qui croient aux maléfices, mais tous sont des universitaires, c’est-à-dire des orgueilleux, incapables de comprendre et la vie réelle, et la simplicité. Ce sont des compliqués, des livresques ; on ne peut décemment leur demander de reprendre contact avec la vie. Ils croient que la vie doit se modeler sur la théorie et leur savoir même est l’obstacle insurmontable qui les empêche de redevenir simples, simples comme de petits enfants. Il leur faudrait une volonté que Dieu n’accorde plus à ceux qui sont passés à côté de la simplicité.

Ils sont des gens d’église, de cette Eglise du XVe siècle qui est assoiffée de titres et de privilèges. Tous sont pourvus, nantis, ils servent l’Anglais parce que l’Anglais leur a beaucoup donné ; ils se rallieront, les survivants, presque tous à Charles VII. Ils servent la puissance qui leur donne des prébendes et des titres. Ils sont prêts à accepter toute puissance pourvue qu’elle soit puissance. Ce sont des politiques. Ils pratiquent le népotisme honteusement, mais sans scrupule. Ils ont tous des neveux et quelques-uns des bâtards à caser. Jeanne, c’est la bergère au milieu des loups.

Nous les retrouverons d’ailleurs quand Jeanne, de sa voix chaude, les remettra dans l’ordre. Nous les retrouverons en bloc. (…)"

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Ascension : …et ils étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu…

Il les conduisit jusque vers Béthanie, et, ayant levé les mains, il les bénit.

Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux, et fut enlevé au ciel.

Pour eux, après l’avoir adoré, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie ;

et ils étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu.

Luc 24, 50-53

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L’histoire de Metz dans ‘La Moselle touristique, économique et historique’ de 1967

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Au confluent de la Moselle et de la Seille, étalée sur plusieurs îles, Metz, l’une des plus vieilles et des plus puissantes villes des Gaules, l’antique capitale de l’Austrasie où régna Brunehaut, qui connut les drames tragiques de notre lointaine histoire, qui fut le berceau des Carolingiens et le centre de leur vaste empire, qui devint, au Moyen Âge, une république indépendante plus jalouse que Venise et plus riche que Francfort, Metz a conservé bien des richesses de son prestigieux passé. Il suffit d’y venir pour en subir le charme. Chaque époque y a laissé les traces de son génie.

Des temps romains, elle possède le plus important musée du nord-est de la France ; de l’époque mérovingienne, elle garde l’église Saint-Pierre aux Nonnains, la plus vielle de France ; du Moyen Âge, ces restes de remparts dont les tours crénelées se mirent dans la Seille aux flots verdâtres, et la Porte des Allemands, vaste ensemble de constructions des XIIIe, XVe et XVIe siècles, qui renferme un cloître curieux aux arcades toutes proches des chefs d’oeuvre florentins.

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De la période contemporaine, l’église Sainte-Thérèse dresse sa masse de béton.

Les vieilles rues abondent, gardant leur cachet de vétusté en dépit d’une animation continue qui dit assez le caractère commerçant de la cité. Des hôtels rappellent ça et là l’aristocratie disparue : hôtel Saint-Livier, l’un des plus anciens monuments civils de France, avec ses délicates fenêtres du XIIe siècle et sa tour crénelée, aujourd’hui Conservatoire de Musique ; hôtel de Lassalle, où naquit ce brillant cavalier des guerres de l’empire ; hôtel de Burtaigne, hôtel de Heu.

Tout près d’eux existe encore la place Saint-Louis ou du Change, avec ses maisons fortifiées et ses arcades, où les changeurs juifs et lombards soutenaient le commerce mondial.

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D’immenses greniers sur les bords de la Moselle rappellent la nécessité où l’on était alors d’entreposer longtemps les marchandises. Le plus beau demeure le grenier de la ville ou de Chèvremont, avec ses façades sévères et ses immenses salles aux grosses poutres de bois apparentes.

Des églises romanes et gothiques : Saint-Maximin, Saint-Eucaire, Sainte-Ségolène, Saint-Martin avec un narthex et un triforium, l’ancien couvent des Récollets avec son cloître, la vaste abbatiale Saint-Vincent, l’une des oeuvres les plus pures du XIIIe siècle, avec sa façade tronquée du XVIIIe siècle, achèvent la parure de la cité.

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La cathédrale les domine toutes : une des plus hautes et des plus vastes de France, construite de 1240 à 1516 avec sa nef centrale jetée tardivement sur des bas-côtés trapus, sa décoration intérieure d’une sobre richesse, son triforium surmonté d’une double frise sculptée, ses verrières des XVe et XVIe siècles, oeuvres de Herman de Munster, Thiébault de Lixheim et Valentin Bousch, ses tours flamboyantes du chapitre et de la Mutte.

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L’époque récente, 1952-1960, nous a valu des vitraux des Maîtres Villon, Chagall et Bissières. La cathédrale actuelle, massive et fière, au centre de la cité, prolongement de l’oratoire du Ve siècle, situé à la même place, veille jalousement sur ses enfants et les défend des envahisseurs. Metz, riche de monuments moyenâgeux, possède aussi quelques belles réalisations militaires et civiles du XVIIIe siècle qui enchantaient Barrès : l’hôtel de ville de Blondel, le palais de justice de Clérisseau, le théâtre et les bâtiments de l’intendance.

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On ne quittera pas Metz sans flâner dans ses promenades, où bosquets et jets d’eau entretiennent une délicieuse fraîcheur, sur son Esplanade que chanta Verlaine, le long des quais fleuris au bord de la Moselle. La campagne vient jusqu’au coeur de la ville, et se poursuit ainsi sur près de deux kilomètres. Metz est une cité charmante, encore que sa prenante beauté ne se révèle pas tout de suite, car elle est faite pour les délicats et les raffinés.

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Son cadre est unique dans la vallée de la Moselle. Le fleuve près d’elle se divise en quatre bras pour mieux l’étreindre ; les collines qui l’entourent, notamment le Saint-Quentin, la regardent avec amour. Par-ci, par-là, on aperçoit des villages perdus dans les vignes et les mirabelliers, les toits rouges des greniers et des celliers, les clochers rutilants sous le soleil.

On ne peut connaître la douceur sans avoir vu Metz qui est encore réputée pour sa gastronomie et ses nombreuses spécialités régionales comme elle l’est pour le bon accueil qu’on y trouve.

Paul DURAND, maire-adjoint de Metz

La beauté vue par… Lanza del Vasto

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"Il est plus difficile, dit un texte, de découvrir ce qui est saint que d’admirer la beauté comme fait le commun des ignorants.

Mais nous qui sommes de ces derniers, nous avons besoin de l’admiration de la beauté pour nous conduire à découvrir ce qui est saint."

Lanza del Vasto, Le pèlerinage aux sources

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La Vierge nourricière dans l’art médiéval

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Il a été question il y a quelque temps sur ce blog de la Vierge du XIIe siècle qui se trouvait il y a encore quelques décennies au 28 rue Saint-Gengoulf à Metz. L’occasion, en ce premier jour du mois de Marie, et alors que la famille est attaquée comme jamais dans notre pays, de rappeler ce qu’était la Vierge nourricière dans l’iconographie du Moyen Âge.

« « Bienheureuse celle qui vous allaita », dit un jour au Sauveur une femme du peuple, – qu’une vieille légende, enregistrée par Corneille de la Pierre (Comm. in Luc., XI, 27), nomme Marcella et dont elle fait une servante des soeurs de Béthanie, Marthe et Marie. L’Evangile en a consigné avec raison la louange : elle affirmait sans lyrisme, avec un naturel et un argument tout féminin, la grandeur du mystère, où le Christ, qui repaît les anges et nourrit tous les êtres, pascentem Angelos et sustentantem omnia, a voulu marquer combien il appartient à la Femme. Que nous ayons une dette envers Elle, dont le lait forma le nom du Rédempteur, l’Eglise le rappelle, comme avec l’insistance régulière d’une cloche d’Angelus, quotidiennement à la fin des heures canoniales, puis au cours du cycle liturgique, à toutes les fêtes de Notre Dame, dans de nombreux versets, répons et hymnes.

L’art médiéval, infiniment sensible et chrétien, pouvait-il ne pas contempler Marie offrant son lait au Dieu de quelques mois ? D’une façon générale, l’attendrissement reste dans la mesure qui convient, sans les audaces de l’Ecole flamande. L’art français se veut ici, plus que jamais, fidèle à la tradition de courtoisie envers la Vierge : pinceaux et ciseaux se sont exprimés avec la même délicatesse que la poésie de l’Eglise, associant blancheur du lait et blancheur du lis :

Lacte fluunt ubera

Cum pudoris lilio… »

Maurice Vloberg, La Vierge et l’Enfant dans l’art français, Arthaud, 1954

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Vierge à l’Enfant XIVe siècle, Thionville (seul le bras droit date des années 2000 !)

Saint-Exupéry : "Ma civilisation est héritière des valeurs chrétiennes"

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"Il est aisé de fonder l’ordre d’une société sur la soumission de chacun à des règles fixes. Il est aisé de façonner un homme aveugle qui subisse, sans protester, un maître ou un coran. Mais la réussite est autrement haute qui consiste, pour délivrer l’homme, à le faire règner sur soi-même.

Mais qu’est-ce que délivrer ? Si je délivre, dans un désert, un homme qui n’éprouve rien, que signifie sa liberté ? Il n’est de liberté que de "quelqu’un" qui va quelque part. (…)

Or, ma civilisation a cherché à fonder les relations humaines sur le culte de l’homme au-delà de l’individu, afin que le comportement de chacun vis-à-vis de soi-même ou d’autrui ne fût plus conformisme aveugle aux usages de la termitière, mais libre exercice de l’amour.

La route invisible de la pesanteur délivre la pierre. Les pentes invisibles de l’amour délivrent l’homme. Ma civilisation a cherché à faire de chaque homme l’ambassadeur d’un même prince. Elle a considéré l’individu comme chemin ou message de plus grand que lui-même, elle a offert à la liberté de son ascension des directions aimantées.

Je connais bien l’origine de ce champ de forces. Durant des siècles, ma civilisation a contemplé Dieu à travers les hommes. L’homme était créé à l’image de Dieu. On respectait Dieu en l’homme. Les hommes étaient frères en Dieu. Ce reflet de Dieu conférait une dignité inaliénable à chaque homme. Les relations de l’homme avec Dieu fondaient avec évidence les devoirs de chacun vis-à-vis de soi-même ou d’autrui.

Ma civilisation est héritière des valeurs chrétiennes. Je réfléchirai sur la construction de la cathédrale, afin de mieux comprendre son architecture.

La contemplation de Dieu fondait les hommes égaux en Dieu. Et cette égalité avait une signification claire. Car on ne peut être égal qu’en quelque chose. Le soldat et le capitaine sont égaux en la nation. L’égalité n’est plus qu’un mot vide de sens s’il n’est rien en quoi nouer cette égalité.

Je comprends clairement pourquoi cette égalité, qui était l’égalité des droits de Dieu au travers des individus, interdisait de limiter l’ascension d’un individu : Dieu pouvait décider de le prendre pour route. Mais comme il s’agissait aussi de l’égalité des droits de Dieu "sur" les individus, je comprends pourquoi les individus, quels qu’ils fussent, étaient soumis aux mêmes devoirs et aux mêmes respects des droits. Exprimant Dieu, ils étaient égaux dans leurs droits. Servant Dieu, ils étaient égaux dans leurs devoirs.

Je comprends pourquoi une égalité établie en Dieu n’entraînait ni contradiction ni désordre. La démagogie s’introduit quand, faute de commune mesure, le principe d’égalité s’abâtardit en principe d’identité. Alors le soldat refuse le salut au capitaine, car le soldat, en saluant le capitaine, honorerait un individu, et non la nation.

Ma civilisation, héritant de Dieu, a fait les hommes égaux en l’homme.

Je comprends l’origine du respect des hommes les uns pour les autres. Le savant devait le respect au soutier lui-même, car à travers le soutier il respectait Dieu, dont le soutier était aussi l’ambassadeur. Quelles que fussent la valeur de l’un et la médiocrité de l’autre, aucun homme ne pouvait prétendre en réduire un autre en esclavage. On n’humilie pas un ambassadeur. Mais ce respect de l’homme n’entraînait pas la prosternation dégradante devant la médiocrité de l’individu, devant la bêtise ou l’ignorance, puisque d’abord était honorée cette qualité d’ambassadeur de Dieu. Ainsi l’amour de Dieu fondait-il, entre hommes, des relations nobles, les affaires se traitant d’ambassadeur à ambassadeur, au-dessus de la qualité des individus.

Ma civilisation, héritant de Dieu, a fondé le respect de l’homme au travers des individus."

Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, XXVI

De Saint-Ex, également sur ce blog : Des hommes et des pierres

Victor Hugo : Le monde et le siècle

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Que faites-vous, Seigneur ? à quoi sert votre ouvrage ?
À quoi bon l’eau du fleuve et l’éclair de l’orage ?
Les prés ? les ruisseaux purs qui lavent le gazon ?
Et, sur les coteaux verts dont s’emplit l’horizon,
Les immenses troupeaux aux fécondes haleines
Que l’aboiement des chiens chasse à travers les plaines ?
Pourquoi, dans ce doux mois où l’air semble attiédi,
Quand un calice s’ouvre aux souffles de midi,
Y plonger, ô Seigneur, l’abeille butinante,
Et changer toute fleur en cloche bourdonnante ?
Pourquoi le brouillard d’or qui monte des hameaux ?
Pourquoi l’ombre et la paix qui tombent des rameaux ?
Pourquoi le lac d’azur semé de molles îles ?
Pourquoi les bois profonds, les grottes, les asiles ?
À quoi bon, chaque soir, quand luit l’été vermeil,
Comme un charbon ardent déposant le soleil
Au milieu des vapeurs par les vents remuées,
Allumer au couchant un brasier de nuées ?
Pourquoi rougir la vigne et jeter aux vieux murs
Le rayon qui revient gonfler les raisins mûrs ?
À quoi bon incliner sur ses axes mobiles
Ce globe monstrueux avec toutes ses villes,
Et ses monts et ses mers qui flottent alentour,
À quoi bon, ô Seigneur, l’incliner tour à tour,
Pour que l’ombre l’éteigne ou que le jour le dore,
Tantôt vers la nuit sombre et tantôt vers l’aurore ?
À quoi vous sert le flot, le nuage, le bruit
Qu’en secret dans la fleur fait le germe du fruit ?
À quoi bon féconder les éthers et les ondes,
Faire à tous les soleils des ceintures de mondes,
Peupler d’astres errants l’arche énorme des cieux,
Seigneur ! et sur nos fronts, d’où rayonnent nos yeux,
Entasser en tous sens des millions de lieues
Et du vague infini poser les plaines bleues ?
Pourquoi sur les hauteurs et dans les profondeurs
Cet amas effrayant d’ombres et de splendeurs ?
À quoi bon parfumer, chauffer, nourrir et luire,
Tout aimer, et, Dieu bon ! incessamment traduire,
Pour l’oeil intérieur comme pour l’oeil charnel,
L’éternelle pensée en spectacle éternel ?
Si c’est pour qu’en ce siècle où la loi tombe en cendre
L’homme passe sans voir, sans croire, sans comprendre,
Sans rien chercher dans l’ombre, et sans lever les yeux
Vers les conseils divins qui flottent dans les cieux,
Sous la forme sacrée ou sous l’éclatant voile
Tantôt d’une nuée et tantôt d’une étoile !
Si c’est pour que ce temps fasse, en son morne ennui,
De l’opprimé d’hier l’oppresseur d’aujourd’hui ;
Pour que l’on s’entre-déchire à propos de cent rêves ;
Pour que le peuple, foule où dorment tant de sèves,
Aussi bien que les rois, — grave et haute leçon ! —
Ait la brutalité pour dernière raison,
Et réponde, troupeau qu’on tue ou qui lapide,
À l’aveugle boulet par le pavé stupide !
Si c’est pour que l’émeute ébranle la cité !
Pour que tout soit tyran, même la liberté !
Si c’est pour que l’honneur des anciens gentilshommes,
Aux projets des partis s’attelle tristement ;
Si c’est pour qu’à sa haine on ajoute un serment
Comme à son vieux poignard on remet une lame ;
Si c’est pour que le prince, homme né d’une femme,
Né pour briller bien vite et pour vivre bien peu,
S’imagine être roi comme vous êtes Dieu !
Si c’est pour que la joie aux justes soit ravie ;
Pour que l’iniquité règne, pour que l’envie,
Emplissant tant de fronts de brasiers dévorants,
Fasse petits des coeurs que l’amour ferait grands !
Si c’est pour que le prêtre, infirme et triste apôtre,
Marche avec ses deux yeux, ouvrant l’un fermant l’autre,
Insulte à la nature au nom du verbe écrit,
Et ne comprenne pas qu’ici tout est l’esprit,
Que Dieu met comme en nous son souffle dans l’argile,
Et que l’arbre et la fleur commentent l’Évangile !
Si c’est pour que personne enfin, grand ou petit,
Pas même le vieillard que l’âge appesantit,
Personne, du tombeau sondant les avenues,
N’ait l’austère souci des choses inconnues,
Et que, pareil au boeuf par l’instinct assoupi,
Chacun trace un sillon sans songer à l’épi !
Car l’humanité, morne et manquant de prophètes,
Perd l’admiration des oeuvres que vous faites ;
L’homme ne sent plus luire en son coeur triomphant
Ni l’aube, ni le lys, ni l’ange, ni l’enfant,
Ni l’âme, ce rayon fait de lumière pure,
Ni la création, cette immense figure !

De là vient que souvent je rêve et que je dis :
— Est-ce que nous serions condamnés et maudits ?
Est-ce que ces vivants, chétivement prospères,
Seraient déshérités du souffle de leurs pères ?
Ô Dieu ! considérez les hommes de ce temps,
Aveugles, loin de vous sous tant d’ombre flottants.
Éteignez vos soleils, ou rallumez leur flamme !
Reprenez votre monde, ou donnez-leur une âme !

Juin 1839

Victor Hugo

Source : Poésie française

Georges Bernanos : qui défendra la Loi contre les usurpations de l’Etat ?

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"L’égalité absolue des citoyens devant la Loi est une idée romaine. A l’égalité absolue des citoyens devant la Loi doit correspondre, tôt ou tard, l’autorité absolue et sans contrôle de l’Etat sur les citoyens. Car l’Etat est parfaitement capable d’imposer l’égalité absolue des citoyens devant la Loi, jusqu’à leur prendre tout ce qui leur appartient, tout ce qui permet de les distinguer les uns des autres, mais qui défendra la Loi contre les usurpations de l’Etat ? Ce rôle était jadis chez nous celui des Parlements. Il y avait treize Parlements dans le Royaume, et même dix-sept  si l’on compte les quatre Conseils supérieurs – Paris, Toulouse, Grenoble, Bordeaux, Dijon, Rouen, Aix, Rennes, Pau, Metz, Besançon, Douai, Nancy, Roussillon, Artois, Alsace et Corse. Le pouvoir de chacun de ces Parlements était égal à celui du Roi. Ils jugeaient en dernier ressort et recevaient l’appel de toutes les juridictions royales, municipales, seigneuriales et ecclésiastiques. Ils avaient le droit d’examen, d’amendement et de remontrance sur tous les actes publics. Les traités faits avec les puissances étrangères leur étaient soumis. (…)

Si les Parlements disposaient d’un tel pouvoir de résistance à l’Etat, les magistrats qui les composaient et ne dépendaient de personne, puisqu’ils avaient la propriété de leur charge, pouvaient passer pour des privilégiés. Chaque citoyen bénéficiait pourtant de ce privilège, non qu’il fût tenu de soutenir le Parlement contre le Roi, ou le Roi contre le Parlement, mais tout simplement parce que cette rivalité donnait aux institutions ce que les mécaniciens appellent "du jeu". L’homme d’autrefois ne ressemblait pas à celui d’aujourd’hui. Il n’eût jamais fait partie de ce bétail que les démocraties ploutocratiques, marxistes ou racistes, nourrissent pour l’usine et le charnier. Il n’eût jamais appartenu aux troupeaux que nous voyons s’avancer tristement les uns contre les autres, en masses immenses derrière leurs machines, chacun avec ses consignes, son idéologie, ses slogans, décidés à tuer, résignés à mourir, et répétant jusqu’à la fin, avec la même résignation imbécile, la même conviction mécanique : "C’est pour mon bien… c’est pour mon bien…" Loin de penser comme nous, à faire de l’Etat son nourricier, son tuteur, son assureur, l’homme d’autrefois n’était pas loin de le considérer comme un adversaire contre lequel n’importe quel moyen de défense est bon, parce qu’il triche toujours. C’est pourquoi les privilèges ne froissaient nullement son sens de la justice ; il les considérait comme autant d’obstacles à la tyrannie, et, si humble que fût le sien, il le tenait – non sans raison d’ailleurs – pour solidaire des plus grands, des plus illustres. Je sais parfaitement que ce point de vue nous est devenu étranger, parce qu’on nous a perfidement dressés à confondre la justice et l’égalité. Ce préjugé est même poussé si loin que nous supporterions volontiers d’être esclaves, pourvu que personne ne puisse se vanter de l’être moins que nous. Les privilèges nous font peur, parce qu’il en est de plus ou moins précieux. Mais l’homme d’autrefois les eût volontiers comparés aux vêtements qui nous préservent du froid. Chaque privilège était une protection contre l’Etat. Un vêtement peut être plus ou moins élégant, plus ou moins chaud, mais il est encore préférable d’être vêtu de haillons que d’aller tout nu. Le citoyen moderne, lorsque ses privilèges auront été confisqués jusqu’au dernier, y compris le plus bas, le plus vulgaire, le moins utile de tous, celui de l’argent, ira tout nu devant ses maîtres."

Georges Bernanos, La France contre les robots, 1945, réédité en 2009 par Le Castor Astral

Si je manifeste aujourd’hui, c’est que j’en ai assez de cette société sans âme et sans avenir

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Par Le Scribe pour Nouvelles de France :

"Français, je reviens de Rome. Là-bas j’ai vu le Pape François et j’ai vu cette foule transportée de joie, et j’ai compris. Je ne suis pas mystique, mais j’ai compris que la vraie beauté en ce monde se confondait nécessairement avec la bonté dans un vaste et mystérieux gonflement de l’âme humaine, et que notre pauvre société désenchantée et individualiste en était par essence incapable. Par essence.

Car les gens doivent comprendre qu’ils vont vivre dans un monde de plus en plus laid. Que tout ce qu’ils aiment va disparaître, est en train de disparaître. Les petits oiseaux, la mer bleue, le bon miel et les Noëls en famille. Leur environnement naturel, visuel, alimentaire, économique, matériel, moral, spirituel, ne va cesser de se dégrader, décennies après décennies. À moins d’une guerre qui redonnerait une pincée de trente glorieuses aux quelques survivants qui s’empresseraient de refaire le même film encore et encore (cf. Ravage de Barjavel), rien ne changera à la pente qui est la nôtre depuis l’avènement de la télévision et du Coca-Cola. Et ce ne sont pas les sacs réutilisables Monoprix et les Autolibs à l’électricité nucléaire qui vont infléchir la tendance, malheureusement.

Car le problème n’est pas dans les moyens. Mais dans la fin. Un monde qui ne propose que l’assouvissement des plaisirs individuels et matériels comme tout horizon à l’ambition humaine ne peut rien donner de bon. Ses fruits sont gâtés dès la racine. Et il n’est pas étonnant que ce soit la bêtise, l’arbitraire, la pollution, la violence, l’uniformisation, l’isolement, la décomposition du corps social et la destruction familiale qui découlent et deviennent la norme de cette civilisation dénuée de toute dimension autre que matérielle. En tuant les dieux et les rois nous n’avons pas libéré l’homme, mais nous l’avons tué. Car nous avons tué les raisons qu’il avait de croire qu’il n’était peut-être pas la seule finalité de sa vie. La révolution par le Vide, 1789-1968, a lamentablement échoué. Et nous en faisons les frais.

Faire la Révolution à l’envers

Oui mais voilà. Moi, je ne veux pas vivre dans un tel monde. Je n’ai pas envie de voir disparaître tout ce à quoi je tiens, la belle campagne française ravagée par les zones industrielles, la politesse due aux dames remplacée par les tournantes en HLM, bref tout ce que je tiens pour bel et bon et que je souhaite que mes enfants puissent vivre à leur tour. Je ne veux pas laisser faire, je ne veux pas ME laisser faire, je veux me battre. Moi aussi je veux faire la Révolution. Mais dans l’autre sens. Et pourquoi pas après tout ? L’Histoire n’est-elle pas un grand balancier ? Faire la Révolution qui vous tient à cœur, c’est sans doute le plus beau rôle que l’on puisse jouer au cours de son passage ici-bas.

Si 1789, puis 1968 ont mis à l’honneur le relativisme et consacré le « progrès » comme l’alpha et l’oméga du phénomène humain, donnant ainsi naissance à la société de consommation, à cette « société du Spectacle » qui se repaît du Rien (cf. Guy Debord, Philippe Murray), alors je veux faire l’inverse. Je veux ériger un monde dont la dynamique profonde soit la recherche du plein, du valable, du vrai, du grand, du bon, du difficile, du spirituel, du pur, de l’essentiel. C’est à dire du beau. Car la beauté contrairement à ce qu’on nous assène ne relève pas de la pure subjectivité. Au contraire, si « la beauté sauvera le monde » (Dostoievski), c’est parce qu’elle est ce sentiment qui rassemble les hommes, qui les élèvent, et qui les fait véritablement accéder à l’humanité. « Est beau ce qui plaît universellement et sans concept » (Kant).

Oui, je veux renverser ce système pourri et remplacer le progrès par la beauté comme maître-étalon de nos agissements sur cette Terre, car ce serait redonner un regard à l’homme, c’est à dire lui redonner du discernement (beau et bon sont dans bien des langues un seul et même mot, comme kalosagathos en grec). Soit le contraire du relativisme qui, en mettant tout au même plan, nous contraint à ne plus rien discerner, et donc à penser qu’il n’y a rien à voir. Faire la révolution à l’envers mes amis, c’est par exemple préférer gouverner en résistant aux pressions catégorielles plutôt que de faire de la démagogie sous prétexte de démocratie, c’est préférer anoblir des sans-naissance plutôt que de chercher à couper les têtes qui dépassent, c’est construire du « nous » par la nation à la place de déifier le « je » par la consommation, c’est préférer le sens du devoir désintéressé à la défense de ses droits-acquis, c’est valoriser l’esprit de sacrifice plutôt que d’inciter à la satisfaction des plaisirs immédiats, c’est promouvoir le don de soi plutôt que l’Euromillion, c’est voir en l’homme un aspirant à la sainteté plutôt qu’un consommateur, c’est vouloir lui donner le pouvoir d’être soi-même plutôt que du pouvoir d’achat. Bref c’est mettre Aristote à la place de Sartre, c’est mettre Quelque Chose à la place du Rien.

« Moi je suis non croyant ! » fanfaronne le jeune entre deux lattes de clope. Ah oui c’est vrai, c’est si cool de ne croire en rien.

Ben non, c’est chiant. C’est chiant à se flinguer même. D’ailleurs les gens se flinguent. Se pendent. Se shootent. Se suicident. S’euthanasient dès 20 ans à la télé-réalité, au porno et au journal de 20h.

Et si demain c’était cool de croire en quelque chose ? En Dieu, en Amon-Râ, ou bien en la grandeur de la France ! Parce qu’en fait C’EST cool de croire en quelque chose. Parce que ça donne les Pyramides, Saint Louis, et du sens à la civilisation humaine. Tandis que croire qu’on est là par hasard, simple résultante logique d’une succession d’accidents de l’univers, ça donne le prozac, Flamby président, et la tuerie de Colombine. Vous avez vu à quel rythme ces tueries gratuites se multiplient ? Moi j’en ai marre de ce néant mortifère qui m’entoure et m’englue.

Et si c’était pour dimanche ?

Amis, Français, Victor Hugo dans Les Misérables aime à décrire longuement le faubourg St Antoine bruissant des armes qui se fourbissent et des barricades qui se préparent à la veille des émeutes parisiennes qui accouchèrent de toutes nos révolutions, dont celles de 1789, 1830 et 1832. Il me semble que j’entends aujourd’hui le bruissements et la même colère sourde, mais cette fois dans nos campagnes, dans nos banlieues, et dans nos quartiers chics. Et si c’était l’heure de la revanche ? L’heure de la révolution du paysan (celui qui en a marre qu’on lui dise de penser contre le bon-sens), de l’aristocrate (celui qui en marre qu’on lui dise que tout se vaut alors que sa conduite prouve le contraire), et du religieux (celui qui en marre qu’on lui dise que c’est un con obscurentiste parce qu’il croit qu’il y a autre chose à espérer en cette terre qu’une rolex et des putes de luxe). Les petits bourgeois révolutionnaires qui ont tout cassé en 1789, en 1968, ne sont plus que des bobos repus. Combien de temps aurons-nous à subir encore leur tyrannie du Vide ? Ils ne croient plus en leur république sans foi, pas plus qu’ils ne croient en leur Grand Architecte de l’Univers ou en leur laïcité dont ils sont si embarrassés aujourd’hui, puisqu’ils ne croient en rien. Ils ont le regard vide (cf. Jean-François Mattei). Et ils vont disparaitre, rattrapés et engloutis par le Rien qu’ils ont érigé en maître. Le nihilisme va bientôt retourner au néant auquel il appartient et d’où il n’aurait jamais du sortir.

La manifestation d’aujourd’hui est une réaction normale de gens normaux (il n’y a pas qu’un président qui puisse être normal) soudainement pris de vertige devant ce Vide qui s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ne veulent pas sombrer. Ce n’est pas une manifestation ordinaire, c’est le signe d’une prise de conscience profonde. Quelque chose en sortira sûrement, demain, dans un mois, dans un an. Car il y a avec moi toute une jeunesse qui piaille et qui n’en peut plus du prêt-à-penser-Canal-Plus, et qui attend que quelque chose se passe."

Libres !

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A partir de 2 mn, les remerciements des Moulin-Fournier :

 

En action de grâce, psaume 29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, toi qui me relèves.

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m’as guéri ; Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté toute la vie.

Avec le soir viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie ! Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi ; et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !

Aux Veilleurs…

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Non, ce n’est pas le titre de ce poème de Paul Verlaine extrait de Sagesse (I, XXI), mais c’est une petite dédicace adressée à ce magnifique mouvement de jeunesse pacifique qui s’est levé à Paris et sans doute bientôt dans toute la France… Car derrière la dénaturation de la famille et la désacralisation d’une basilique millénaire, il y a les mêmes sinistres individus à la manoeuvre.

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Va ton chemin sans plus t’inquiéter !

La route est droite et tu n’as qu’à monter,

Portant d’ailleurs le seul trésor qui vaille,

Et l’arme unique en cas d’une bataille,

La pauvreté d’esprit et Dieu pour toi.

      ***

Surtout il faut garder toute espérance.

Qu’importe un peu de nuit et de souffrance ?

La route est bonne et la mort est au bout.

Oui, garde toute espérance surtout.

La mort là-bas te dresse un lit de joie.

    ***

Et fais-toi doux de toute la douceur.

La vie est laide, encore c’est ta soeur.

Simple, gravis la côte et même chante,

Pour écarter la prudence méchante

Dont la voix basse est pour tenter ta foi.

        ***

Simple comme un enfant, gravis la côte,

Humble, comme un pécheur qui hait la faute,

Chante, et même sois gai, pour défier

L’ennui que l’ennemi peut t’envoyer

Afin que tu t’endormes sur la voie.

    ***

Ris du vieux piège et du vieux séducteur,

Puisque la Paix est là, sur la hauteur,

Qui luit parmi des fanfares de gloire.

Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire.

Déjà, l’Ange Gardien étend sur toi

***

Joyeusement des ailes de victoire.

Léon Bloy : l’aversion des catholiques pour l’Art

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"Nous assistons en France, et depuis longtemps déjà, à un spectacle si extraordinaire que les malheureux appelés à continuer notre race imbécile n’y croiront pas. Cependant, nous y sommes assez habitués, nous autres, pour avoir perdu la faculté d’en être surpris.

C’est le spectacle d’une Eglise, naguère surélevée au pinacle des constellations et cathédrant sur le front des séraphins, tellement tombée, aplatie, caduque, si prodigieusement déchue, si invraisemblablement aliénée et abandonnée qu’elle n’est plus capable de distinguer ceux qui la vénèrent de ceux qui la contaminent.

Que dis-je ? Elle en est au point de préférer et d’avantager de ses bénédictions les plus rares ceux de ses fils qu’elle devrait cacher dans d’opaques ombres, clans d’occultes et compliqués souterrains, dont la clef serait jetée, au son des harpes et des barbitons, dans l’abîme le plus profond du Pacifique, par des cardinaux austères expédiés à très grands frais sur une flotte de trois cents vaisseaux !

Quant à ceux-là qui sont sa couronne, ses joyaux, ses éblouissantes gemmes et dont elle devrait adorner sa tête chenue autrefois crénelée d’étoiles, elle décrotte ses pieds sur leur figure et délègue des animaux immondes pour les outrager.

Je l’ai dit autre part, avec force et développements. Les catholiques modernes haïssent l’Art d’une haine sauvage, atroce, inexplicable. Sans doute, il n’est pas beaucoup aimé, ce pauvre art, dans la société contemporaine, et je m’extermine à le répéter. Mais les exceptions, heureuses, devraient, semble-t-il, se rencontrer dans le lignage de la grande Couveuse des intelligences à qui le monde est redevable des ses plus éclatants chefs d’oeuvre.

Or, c’est exactement le contraire. Partout ailleurs, c’est le simple mépris du Beau, chez les catholiques seuls, c’est l’exécration. On dirait que ces âmes médiocres, en abandonnant les héroïsmes anciens pour les vertus raisonnables et tempérées que d’accomodants pasteurs leur certifient suffisantes, ont remplacé, du même coup, la détestation surannée du mal par l’unique horreur de ce miroir de leur misère que tout postulateur d’idéal leur présente implacablement.

Ils s’effarouchent du Beau comme d’une tentation de péché, comme du Péché même, et l’audace du génie les épouvante à l’égal d’une gesticulation de Lucifer. Ils font consister leur dévote sagesse à exorciser le sublime.

On parle de critique, mais le flair de leur aversion pour l’Art est la plus sûre de toutes les diagnoses ! S’il pouvait exister quelque incertitude sur un chef d’oeuvre, il suffirait de le leur montrer pour qu’ils le glorifiassent aussitôt de leurs malédictions infaillibles.

En revanche, de quelles amoureuses caresses cette société soi-disant chrétienne ne mange-t-elle pas les cuistres ou les imbéciles que sa discernante médiocrité lui fait épouser ! Elle les prend sur ses genoux, ces Benjamins de son coeur, elle les dorlote, les mignotte, les cajole, les becquette, les bichonne, les chouchoute, les chérit comme ses petits boyaux ! Elle en est assotée, coqueluchée, embéguinée de la tête aux pieds ! C’est une ausculatation et une lècherie sans fin ni rassasiement ! (…)"

Léon Bloy, Un brelan d’excommuniés, réédité en 2012 par les éditions de L’Herne

De ce séjour si beau, tu ne vois à présent que le triste tombeau…

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"C’est là qu’on foule aux pieds les douceurs de la vie,

Et que dans une exacte et sainte austérité,

À l’abri de la vérité,

On triomphe des traits de la plus noire envie.

Mais, hélas ! Gémissons. De ce séjour si beau

Tu ne vois à présent que le triste tombeau,

Depuis que la Vertu, qui régnait dans ce temple,

Succombe sous l’effort et sous la dureté

De ceux qui ne pouvant la prendre pour exemple

L’immolent à leur lâcheté."

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Jean Racine, Trois épigrammes, III Sur le Port-Royal, Poésie / Gallimard

Lecture et prière, par Christian Bobin

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"Le bruit que font les livres ouverts sur cette table : ils marmonnent. Ils disent quelque chose à voix basse, monocorde. Inlassablement. Ces textes, des poèmes, affectent la vue de la même façon, exactement, que l’audition, lointaine, irréelle, de chants grégoriens, dans la fraîcheur d’une église visitée, affecte l’ouïe. Au travers de ces deux sens, la lecture comme ces chants inventent quelque chose de notre âme. Il y a beaucoup d’affinités, de connivences, entre la lecture et la prière : dans les deux cas, marmonnement. Dans les deux cas, silencieux commerce avec l’Autre. Dans les deux cas, semblable indéfinie et douce promenade en de clairs vergers, ceux-là même évoqués au douzième siècle par Guerric d’Igny : Vous vous promenez à travers autant de jardins que vous lisez de livres. Et puis surtout, cette ferveur, commune aux deux actes obscurs de lire et de prier. J’aime ce mot. C’est un mot de passe, il préside à l’alliage du corps et de l’âme, à leur broderie entrelacée sur l’étoffe d’une seule langue immatérielle, excessivement douce et brûlante, dont les échos parfois se retrouvent dans le parler des oiseaux et dans l’aurore foudroyée des amants.

Sablier des lectures, où ne s’écoule que l’immobile, qui ne mesure que cette heure avancée dans le coeur, la même, toujours, la seule.

Cette étendue d’invisible sur la page blanche et noire : étendue de silence.

Le pur silence : l’élément naturel de l’âme, autant que l’eau pour le nageur d’au-delà de l’horizon."

Christian Bobin, "Souveraineté du vide", éditions Fata Morgana, 1985

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La Vierge de Saint-Gengoulf

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Les vieux livres permettent quelquefois de découvrir certains trésors disparus et oubliés de nos villes… comme par exemple la Vierge de Saint-Gengoulf, datant du XIIe siècle…

"D’une cour de maison, au no. 28 de la rue Saint-Gengoulf, à Metz, a disparu récemment une statue, venue échouer là, après avoir été l’objet d’un culte en l’église du même nom. Quoique debout, c’est une vierge romane, sans conteste : figure ronde et empâtée, lèvres épaisses, yeux saillants, exorbités ; les tresses nattées, qui retombent sur la poitrine, la cordelière à noeuds qui ceinture la taille et dont les deux bouts descendent très bas par devant, rappellent les mêmes détails de mode chez les reines de Chartres."

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Maurice Vloberg, La Vierge et l’Enfant dans l’art français, Arthaud, 1954

Emmanuel Hannaux (1855 – 1934), sculpteur messin

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Il a souvent été question sur ce blog du Docteur Etienne-Pierre Morlanne. L’iconographie de la clinique Sainte-Croix, fondée par celui-ci, doit beaucoup au sculpteur messin Emmanuel Hannaux, de confession juive, mais que la religion catholique a beaucoup inspiré.

Bronze du Docteur Morlanne dans la cour intérieure de la clinique Sainte-Croix :

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Dans la chapelle de la clinique, on lui doit la reproduction de la statue de Notre-Dame de France du Puy (1902), ainsi que celles des patronnes secondaires sainte Perpétue et sainte Félicité sur les autels latéraux.

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L’imposant Christ en croix de l’église Saint-Maximin est également de sa main…

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…de même que le Monument aux Morts de la guerre de 1870 à Noisseville, érigé par le Souvenir Français en 1908, alors que la Moselle était sous domination allemande.

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L’iconographie du XIIIe siècle, miroir de la nature

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"En disant que l’iconographie du XIIIe siècle est encyclopédique, on n’entend pas seulement qu’elle est cyclique, qu’elle embrasse le tout, mais que, dans son orbe immense, dont Dieu est le centre, une force secrète enchaîne et fait graviter tous les aspects de la vie.

Cette conception est alors dans toute son ardeur poétique. On dirait qu’elle invente et qu’elle développe à mesure tout son univers. Cet accord profond avec la pensée religieuse ne doit pas nous amener à penser que l’iconographie des cathédrales est une construction de la théologie. Elle est théologique, la part des théologiens y est considérable, mais cet art excède largement toute mesure qui tendrait à le limiter à l’interprétation de la scolastique, de la liturgie, de la symbolique. Il est encore trop près de la découverte du monde, trop émerveillé. Le surnaturel est le principe même du naturel, mais la nature est. C’est l’erreur de l’école romantique, et sans doute celle de Huysmans, d’avoir donné un caractère hiéroglyphique à l’iconographie du XIIIe siècle. La cathédrale selon Guillaume Durand et Vincent de Beauvais est indiscutablement vraie, mais elle est aussi une force poétique par delà les systèmes. "L’homme y passe à travers des forêts de symboles", mais les symboles sont le jeune visage de la vie. C’est ce qu’a heureusement mis en lumière Emile Mâle. "Les sculpteurs du moyen âge ne cherchent pas à lire dans les jeunes fleurs du mois d’avril le mystère de la Chute et de la Rédemption. Aux premiers jours du printemps, ils vont dans les forêts de l’Île-de-France, où d’humbles plantes commencent à percer la terre. La fougère, enroulée sur elle-même comme un puissant ressort, est encore couverte d’une bourre cotonneuse, mais, le long des ruisseaux, l’arum est déjà près de s’épanouir. Ils cueillent les bourgeons, les feuilles qui vont s’ouvrir, et les regardent avec cette curiosité tendre et passionnée que nous ne sentons que dans la première enfance et que les vrais artistes conservent toute leur vie." Ainsi à la jeunesse des visages correspond la jeunesse de la flore. Dans la pierre des églises elles font briller un printemps éternel.

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Le Miroir de la Nature nous montre le bois voisin de la petite ville, le proche jardinet du faubourg où croissent le noisetier, le fraisier et quelques plants de vigne. On dirait qu’une main d’enfant y a cueilli la parure des autels et qu’elle l’a suspendue, toute fraîche, sous les voûtes, pour une Fête-Dieu qui n’a pas de fin. On y voit aussi les bêtes de la terre et les animaux fabuleux : mais plus encore que les merveilles des bestiaires, les sculpteurs aiment les vieux compagnons de la vie humaine, ils ne cessent de les étudier, ils en prodiguent les images, tantôt avec une verve de gais conteurs, tantôt avec une sorte de respect plein d’amitié. (…)

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C’est à cette création, sortie de ses pensées, que rêve le Père éternel, la joue appuyée sur sa main, comme un bon jardinier, sa journée faite. Et l’homme aussi, tel que nous le montre le Miroir de la Science (*), se livre au travail comme à une oeuvre de rédemption, science et besogne des mains, science et besogne de l’esprit ne se séparant pas. Au soubassement des églises, le calendrier des Travaux et des Jours, sculpté dans des rectangles ou dans des quadrilobes, avertit le passant de la peine qu’il faut prendre, et les figures des Sept Arts lui promettent les délices de la connaissance."

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(*) Cf. Emile Mâle, L’art religieux du XIIIe siècle en France, livre II, Le Miroir de la Science, p. 63

Henri Focillon, Art d’Occident, le Moyen Âge roman et gothique, Librairie Armand Collin, 1963, chapitre La plastique monumentale et l’humanisme gothique

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