La docilité de la matière brute, par Franz Hellens

« J’admire la docilité de la matière brute et plus encore celle de l’oeuvre d’art sortie de la matière informe, depuis que je connais la force ramassée de la première et ai appris à discerner l’énergie spirituelle de la seconde.

Qu’un objet matériel se laisse manipuler, domestiquer, qu’il se prête à tous les caprices de l’homme et même de l’animal sans lâcher contre ces tyrans la force multipliée dont il regorge, me jette dans une sorte de stupéfaction antique.

La matière pousse la passivité ou l’indulgence (disons la générosité) jusqu’à se laisser dépouiller de cette énergie qui la rendrait si redoutable si elle avait conscience de son pouvoir. Elle accepte la spoliation.

Parfois, elle a l’air de prendre une revanche, mais c’est la faute du manipulateur ; elle ne fait qu’accomplir le rôle qu’on lui a dicté. On lui a dit de jaillir, d’éclater, elle jaillit, éclate, c’est à celui qui commande qu’il faut s’en prendre si elle s’exécute à contre-temps. Et si elle se manifeste à certaines heures du temps sans que la main du maître y soit pour rien, elle ne se venge pas contre celui-ci. La vengeance est un sentiment qui lui est étranger, comme tout sentiment du reste (si nous sommes bien renseignés). Elle se dilate, se purge, ou simplement se manifeste. Une rage, une éruption meurtrière, ne prévaudront jamais contre la simple impulsion de mon petit doigt sur la quantité de matière choisie pour mon industrie. (…) »

Franz Hellens, Echappements, manuscrit, 1954

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