Supplique à nos pasteurs

Il a été question il y a quelques jours sur ce blog d’un sermon de l’abbé Patrick Faure à Notre-Dame de Paris intitulé « Aimer la France ». Un internaute, Parisien philosophe, a mis le 1er juin sur le site d’origine de ce sermon, Le Rouge et le Noir, un commentaire particulièrement pertinent :

 

Un grand merci à l’Abbé Faure pour ce sermon où l’on trouve (enfin) de la matière. La même remarque vaut d’ailleurs pour ceux du cher P. Iborra.

Que ces remerciements soient d’une certaine manière une supplique à nos pasteurs : nourrissez-nous de choses consistantes qui nous soutiennent dans le combat. Les considérations vagues, creuses, abstraites et généralistes sur l’amour de Dieu ne nourrissent pas, parce qu’elles sont vides de contenu.

Nous, fidèles catholiques et hommes de bonne volonté qui luttons pour le bien – et d’abord dans notre vie quotidienne – nous avons besoin de l’aliment de l’Évangile qui est à la fois incarné, exigeant, accessible et profond. Nous avons besoin d’exemples, de paraboles, d’histoire (et d’histoires), d’exigences, de grandes figures capables d’inspirer notre comportement de maintenant, comme le fait l’abbé Faure dans ce sermon.

Par expérience, je sais que les pasteurs ont peur d’être exigeants, peur de choquer, peur d’être repoussés par les fidèles. Mais cette peur est un conseil du diable. Comme les parents avec leurs enfants, leur valeur vient précisément de leur capacité à maintenir ferme dans la contestation. Les enfants râlent non par opposition stérile, mais pour savoir si les convictions de leurs parents ont la solidité nécessaire pour fonder leur vie. Les fidèles vis-à-vis des pasteurs ont la même attente. Comment vivre l’Évangile si son porte-parole n’y croit que lorsque le vent est porteur ?

Le Pape Benoît XVI était bien conscient de l’importance de la foi des pasteurs, lui qui demandait « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. ». C’est pourquoi il faut également que nos pasteurs aient soif de notre prière et l’exigent de nous. Sinon comment ferons-nous nous-mêmes pour croire à l’importance de nous appuyer uniquement sur Dieu et pas sur nos propres forces ?

Un ami très cher m’a dit un jour que l’on ne gagnait les français qu’en leur touchant le coeur en passant d’abord par la tête. La nourriture de l’intelligence est la condition primordiale de l’enracinement de la foi. Non pas l’intellectualisme, mais l’illumination, la présentation de la richesse des faits. Notre peuple aime la vérité, et les querelles qui le traversent depuis toujours en sont la marque. Il est donc essentiel que nos pasteurs en tiennent compte et « rendent compte des motifs de notre espérance ». Un des aspects les plus nécessaires de ce travail est de redonner des catégories mentales oubliées – grâce, nature, amour, vérité, révélation, incarnation, nature humano-divine, péché, vertus, commandements, eucharistie, sacrifice, miracle… – sans lesquelles la foi catholique et le monde sont incompréhensibles. Mais comme la vieille culture chrétienne a disparu sous l’effet des élèves de Gramsci dans beaucoup de cas, il convient de dire ces réalités fondamentales dans des termes nouveaux ou différents compris, mais aussi acceptés, par les auditeurs. La  « nature » d’Aristote sur laquelle repose toute la sagesse chrétienne est par exemple trop souvent comprise par nos contemporains comme celle de Darwin, purement biologique et matérielle, et non plus comme une interprétation rationnelle visant à représenter et rendre compte des dynamiques intrinsèques qui structurent la réalité (à la fois changeante et constante) dans sa variété et sa régularité.

La mission des prêtres est donc immense, surhumaine, et il nous revient à tous d’en prendre – ou reprendre – pleinement conscience. Comme disait le Saint Curé d’Ars « après Dieu, le prêtre c’est tout ! ». Mais sans leur ministère, nous les fidèles, nous ne pourrons pas mener à bien les combats qui nous reviennent. Dénoncer les idéologies, éveiller les consciences, aller en prison, perdre son travail ou des richesses sont de grands sacrifices que seul un coeur ardent et suffisamment alimenté de consolations spirituelles et morales peut faire sur le long terme.

La vie de prière que nous devons tous avoir dépend elle aussi pour beaucoup de l’ardeur et de la richesse des paroles de nos pasteurs. Saint Thomas d’Aquin dit à ce sujet que « la prédication est la transmission aux autres de ce que l’on a soi-même contemplé ». Sous cet angle le plus important n’est peut-être pas ce qui est dit, sinon le feu intérieur qui l’anime et qui est, lui, contagieux. Ce feu, cette présence de Dieu en l’autre donne envie d’avoir cette même présence en soi et donc de prier pour l’avoir. Voir des exemples vivant des effets du feu de la charité, c’est sans doute cela qui nous manque le plus.

Le dernier exemple que j’ai eu c’était dimanche dernier avec le P. Daniel Ange parlant aux Veilleurs aux Invalides. L’entendre c’était se sentir vivre davantage ! Fasse le ciel que tous nos pasteurs aient un tel feu intérieur. Et nous, leurs ouailles, prions pour qu’ils en brûlent !

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