Le tribunal qui a condamné Jeanne d’Arc

Extrait de Le mystère de Jeanne d’Arc de Marcel Grosdidier de Matons, Librairie Félix Alcan, 1935

« Il importe avant de rapporter l’essentiel [des interrogatoires] de voir la composition du tribunal devant lequel Jeanne d’Arc comparaît. Ce tribunal est l’émanation de l’Université de Paris. Les juges sont nombreux, plus d’une centaine, et encore demandera-t-on, avant de rendre la sentence, l’avis des évêques de la province, l’avis des évêques de la province, l’avis des universitaires restés à Paris, de telle sorte qu’on peut dire que la sentence a été rendue sur le jugement ou l’avis de trois cents personnes au moins, gradés ou docteurs des différentes Facultés. Tous sont des gens instruits, subtils, habitués aux discussions et aux vétilles de la scolastique et de la théologie et ils n’ont à juger qu’une pauvre fille qui ne sait ni A ni B. Tous ne sont pas des canailles, ni même des politiques ; il y a parmi eux des gens sincères qui croient aux maléfices, mais tous sont des universitaires, c’est-à-dire des orgueilleux, incapables de comprendre et la vie réelle, et la simplicité. Ce sont des compliqués, des livresques ; on ne peut décemment leur demander de reprendre contact avec la vie. Ils croient que la vie doit se modeler sur la théorie et leur savoir même est l’obstacle insurmontable qui les empêche de redevenir simples, simples comme de petits enfants. Il leur faudrait une volonté que Dieu n’accorde plus à ceux qui sont passés à côté de la simplicité.

Ils sont des gens d’église, de cette Eglise du XVe siècle qui est assoiffée de titres et de privilèges. Tous sont pourvus, nantis, ils servent l’Anglais parce que l’Anglais leur a beaucoup donné ; ils se rallieront, les survivants, presque tous à Charles VII. Ils servent la puissance qui leur donne des prébendes et des titres. Ils sont prêts à accepter toute puissance pourvue qu’elle soit puissance. Ce sont des politiques. Ils pratiquent le népotisme honteusement, mais sans scrupule. Ils ont tous des neveux et quelques-uns des bâtards à caser. Jeanne, c’est la bergère au milieu des loups.

Nous les retrouverons d’ailleurs quand Jeanne, de sa voix chaude, les remettra dans l’ordre. Nous les retrouverons en bloc. (…) »

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