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PJ McKey et Dennis Aubrey sont deux photographes américains spécialisés en architecture religieuse qu’ils présentent sur leur superbe blog Via Lucis ; les églises de France y sont particulièrement présentes, et PJ et Dennis ont ce talent rare de mettre la même sensibilité dans leur regard que dans leurs écrits. Traduction de l’article de Dennis Aubrey du 16 mars 2013 ; pour leurs photographies, il faut aller directement sur leur site…

« « Un homme se tenait à contempler l’Acropole à Athènes, stupéfié par la beauté du Parthenon. Il se tourna vers un vieil homme qui se tenait à proximité et dit : « Quelle chance ils devaient avoir de vivre avec toute cette beauté. » Il répondit : « Demande-toi, Etranger, ce qu’ils ont dû souffrir pour avoir besoin d’une telle beauté. »

Beaucoup de mes écrits se font tard, après m’être réveillé au milieu de la nuit. Je me lève et je regarde les églises que PJ et moi avons photographiées. Souvent, quelque chose se passe qu’il est difficile de décrire – je suis tellement ému par les églises que je commence à pleurer.

Je ne pense pas que ce soient des larmes de tristesse ou de perte, mais plutôt en réponse à certaines caractéristiques de la beauté que l’on trouve dans les pierres arrachées à la terre, modelées et arrangées par des mains humaines. Ces objets presque entièrement issus de la terre ont été élevés haut dans les airs pour faire partie d’un monument élancé, une beauté indescriptible.

Ce n’est pas la beauté pure qui me fait pleurer, mais quelque chose contenu dans cette beauté – la souffrance qui l’a rendue nécessaire. Sophia Loren a dit un jour : « Si vous n’avez pas pleuré, vos yeux ne peuvent être beaux. »

On dit souvent qu’il y a de la beauté dans la souffrance. Je pense que c’est quelquefois vrai, comme l’a montré la célèbre photo de Therese Frare montrant un homme en train de mourir du SIDA. Il peut même y avoir de la beauté dans l’horreur, comme l’a montré James Nachtwey dans une photo d’une victime du génocide rwandais. Mais la plupart du temps, ce n’est rien d’autre que de la souffrance et de l’horreur – la douleur est trop proche et trop intense pour obtenir une réaction de beauté.

Dans « L’exégèse de Philip K. Dick », les méditations sur une série d’hallucinations que l’auteur a expérimentées en février et mars 1974 : « Le beau et l’impérissable arrivent dans l’existence à cause de la souffrance de créatures périssables qui elles-mêmes ne sont pas belles. C’est la loi terrible de l’univers. C’est la loi de base ; c’est un fait…La souffrance absolue mène à – est le moyen de – la beauté absolue. »

Mais je ne crois pas que ce soit la souffrance expérimentée qui crée la beauté, mais la souffrance endurée. C’est cette souffrance endurée que nous trouvons dans tout ce qui est vraiment beau, et l’étape intermédiaire de création nous permet de fixer même la plus grande souffrance et de trouver la grande dimension humaine de la beauté.

L’homme du Moyen Âge comprenait complètement quand il contemplait la souffrance du Christ Rédempteur. Le sacrifice était suffisant pour que les hommes et les femmes pleurent de chagrin, mais leurs yeux se tournaient vers ces églises magnifiques pour trouver les représentations les plus émouvantes et belles des plus cruelles crucifixions, transformant la douleur en salut.

L’homme moderne voit peut-être la beauté de la souffrance de manière différente. Kimon Friar a écrit à propos de « L’Odyssée » de Nikos Kazantzakis : « Un homme doit alors embrasser l’abîme annihilant sans aucune espérance, il doit dire que rien n’existe, ni la vie, ni la mort, et doit accepter la nécessité courageusement, en exultant et en chantant. Il doit alors construire la structure d’affirmation de sa vie au-dessus de cet abîme dans une extase de joie tragique. »

De cette manière, les non-croyants et les croyants trouvent que leur propre souffrance ajoute une dimension à la souffrance de ceux qui ont construit les églises il y a mille ans. C’est comme un grand arc de souffrance en miroir atteignant de nouveau par-delà et au travers du temps, créant une nouvelle beauté, une beauté presque au-delà du supportable. C’est la raison pour laquelle nous pleurons quand nous voyons ces églises.

Dans le calme de nos pensées, nos émotions apaisées, nous sommes face à une beauté que nous ne pouvons pas décrire, à des perfections que nous ne pouvons pas exprimer. Nous sommes face à l’ineffable.

La citation avec laquelle j’ai commencé cet article me revient d’il y a de nombreuses années, mais je ne peux la retrouver ou l’identifier. Je l’ai reconstituée non pas vraiment de mémoire, mais plutôt par l’effet qu’elle avait eue sur moi. Si quiconque connaît la source, ou la citation exacte, merci de me le faire savoir. (Après réflection, cela pourrait venir d’une conférence du grand Leon Katz à la Carnegie-Mellon University.) »

HEUREUSES FÊTES DE PÂQUES

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