L’histoire est l’avenir de l’homme

Article de Jean-Pierre Deschodt et Guillaume Bernard paru cette semaine dans Valeurs actuelles, histoire de rappeler aux prêtres mosellans qui ont accepté la transformation de la basilique Saint-Vincent en temple de la sous-culture matérialiste qu’ils ont offert ainsi mille ans d’histoire sacrée à ceux-là même qui saccagent l’Histoire dans les manuels scolaires… Tout cela n’a rien d’anodin, et il serait peut-être temps que nos prêtres se rendent compte qu’ils ne vivent pas au pays des bisounours !…

« Le choix politique qui consiste à favoriser les mémoires partielles contre l’histoire commune participe au délitement du lien social.

Plus qu’une matière scolaire, l’histoire est une discipline de l’intelligence et de la volonté qui, en se combinant, orientent la pensée vers la connaissance des hommes dont nous sommes les héritiers. C’est en tant qu’homme libre, conscient de sa responsabilité, que l’historien entreprend la reconstitution raisonnée du passé selon un rythme bien particulier : celui du croisement des sources et de l’analyse. Le temps de l’histoire apparaît alors comme un acte fondateur pour les corps sociaux, familles ou nations, parce qu’il est une invitation à se pencher sur un passé commun pétri de joies et de peines, de réussites et d’insuccès voués à résonner à travers l’éternité.

Pas d’avenir sans histoire et pas d’histoire sans avenir ; voici la ligne de crête qu’il faut savoir tenir contre les manifestations de l’esprit malin. Il est clair que de “méchants hommes” veulent s’emparer du passé pour mieux pouvoir l’instrumentaliser. Tantôt ils voient dans le matérialisme historique la seule réponse à la destinée humaine. Tantôt ils préfèrent ligoter l’histoire à la mémoire en faisant de la première un appendice de la seconde. Les nouveaux programmes, qui amputent les grandes figures de Louis XIV ou de Napoléon, s’emploient à réduire l’histoire à une forme d’expression mémorielle manifestant la diversité culturelle du moment. Or, si la mémoire est une source indispensable, elle est cependant partielle, partiale et plurielle. Voilà pourquoi, outre les déformations idéologiques, l’enseignement actuel de l’histoire est sélectif et subjectif. Il participe pleinement à la conscientisation des masses dont le culte s’organise désormais autour d’une nouvelle idole : la mémoire collective, c’est-à-dire une sorte de loukoum géant qui appauvrit et amollit toute la richesse des identités dans un magma gélatineux au nom d’un cosmopolitisme diffus.

À terme, tous les hommes ne sont-ils pas programmés pour rejoindre la cohorte des “sans histoire fixe” au sein d’une population uniformisée ? Tout cela laisse augurer un avenir sans saveur dans lequel l’histoire serait en miettes.

Il ne s’agit évidemment pas d’être prisonnier du passé, de tomber dans une forme de mélancolie qui reprendrait telle une vieille antienne l’éternel “Ah que c’était mieux avant !”. Ce conservatisme enfermerait dans un univers ayant comme seule ligne d’horizon un passé révolu, voire imaginaire. En fait, l’histoire dérange parce qu’elle est corrosive et donne aux idées reçues un aspect antédiluvien. Elle est dangereuse pour toute propagande parce qu’elle est iconoclaste. Mais, dans le même mouvement, l’étude de l’histoire favorise aussi l’enracinement. C’est peut-être pour cela qu’elle est si malmenée dans une société où bien des hommes politiques ont fait le choix ou se sont résolus au fatalisme du multiculturalisme et du nivellement consumériste.

L’histoire offre les repères (chronologiques et conceptuels) permettant d’exercer sa liberté. Comment comprendre les évolutions de la politique et du droit sans l’histoire ? Celle-ci est la discipline architectonique par excellence en raison de sa compatibilité avec toutes les autres sciences. Comme a pu l’écrire Portalis, l’histoire est « la physique expérimentale de la législation ».

Les études universitaires historiques permettent d’acquérir une vaste et précise culture générale (par la comparaison des civilisations dans le temps et dans l’espace), un esprit critique aigu (grâce à la confrontation des interprétations) ainsi qu’une capacité d’analyse (à l’occasion du commentaire de texte) et d’exposition (par la dissertation écrite et l’exposé oral). À un moment où les employeurs recherchent des qualités d’adaptation et des têtes bien faites, les étudiants en histoire bénéficient de larges débouchés professionnels bien au-delà du seul enseignement et de la recherche.

Mais surtout, il est vital à une patrie que ses fils connaissent leur passé pour construire un futur sans utopie. Choisir l’histoire, c’est avoir l’intelligence du passé et du présent et pouvoir agir dans le monde avec réalisme et efficacité. L’histoire, ce n’est pas (que) le passé ; l’histoire, c’est l’avenir ! »

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