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« C’est pour cela que lorsqu’on leur met sous les yeux la vieille chrétienté, quand on les met en face de ce que c’était dans la réalité qu’une paroisse chrétienne, une paroisse française au commencement du quinzième siècle, du temps qu’il y avait des paroisses françaises, quand on leur montre, quand on leur fait voir ce que c’était dans la réalité que la chrétienté, du temps qu’il y avait une chrétienté , ce que c’était qu’une grande sainte, la plus grande peut-être de toutes, du temps qu’il y avait une sainteté, du temps qu’il y avait une charité, du temps qu’il y avait des saintes et des saints, tout un peuple chrétien, tout un monde chrétien, tout un peuple, tout un monde de saints et de pécheurs, aussitôt quelques-uns de nos catholiques modernes, modernes à leur insu, mais profondément modernes, jusque dans les moelles, intellectuels à leur insu et qui se vantent de ne pas l’être, intellectuels tout de même, profondément intellectuels, intellectuels jusqu’aux moelles, bourgeois et fils de bourgeois, rentiers et fils de rentiers, pensionnés du gouvernement, pensionnés de l’Etat, fonctionnaires, pensionnés des autres, des autres citoyens, des autres électeurs, des autres contribuables, et qui fort ingénieusement ont préalablement fait inscrire sur le Grand-Livre de la Dette Publique les assurances d’ailleurs modestes de leur pain quotidien, ainsi armés quelques-uns de ces contemporains catholiques, devant une soudaine révélation de l’antique, de la vieille, de la chrétienté ancienne se hâtent de pousser quelques cris, comme de pudeur outragée. Dans un besoin, ils renieraient Joinville, comme trop grossier, comme trop peuple. Le sire de Joinville. Ils renieraient peut-être bien saint Louis. Comme trop roi de France. »

Charles Péguy, Notre jeunesse (1910), Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres en prose 1909-1914

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