Bernanos : « La plus haute forme de l’espérance est le désespoir surmonté »

IMG_0230« Qui n’a pas vu la route, à l’aube entre deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance. L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté. On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme…

On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.

Le démon de notre cœur s’appelle « À quoi bon ! ».

L’enfer, c’est de ne plus aimer.

Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessimistes, ce sont des imbéciles malheureux.

On ne saurait expliquer les êtres par leurs vices, mais au contraire par ce qu’ils ont gardé d’intact, de pur, par ce qui reste en eux de l’enfance, si profond qu’il faille chercher.

Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir.

Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? Si l’opération délicate de l’amputer de sa part divine – ou du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui un animal féroce ? Ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée ?

Il n’y a qu’un sûr moyen de connaître, c’est d’aimer.

Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance. »

Georges Bernanos, conférence 1945

Source : France – Histoire – Espérance

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2 commentaires sur « Bernanos : « La plus haute forme de l’espérance est le désespoir surmonté » »

  1. Très beau texte d’actualité… On trouve également chez G.Thibon de très beaux textes sur l’espérance en tant que « désespoir surmonté »:

    « L’ homme qui va jusqu’au bout de la lucidité n’a plus le choix qu’entre le choc mortel contre l’absurde et l’éblouissement devant le mystère, qu’entre le désespoir, nu ou fardé de mirages, et l’espérance surnaturelle qui plane au-dessus de l’égarement des contraires parce que sa source n’est pas dans le temps où tout se sépare, mais dans l’éternel où tout s’unit. »

    1. Merci Pierre ! Vous trouvez toujours de très beaux textes pour votre blog (en plus de tout ce qu’on y apprend sur des personnages et évènements historiques, les vins, la cuisine…), et je me permettrai de reprendre aussi cette citation un jour ou l’autre !

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