La naissance du chant grégorien

« Vers 750, alors que l’Occident connaît des transformations politiques importantes, l’Eglise romaine désire unifier son rite. Le chant grégorien allait naître de cette volonté à la fois politique et liturgique.

Les répertoires liturgiques

Pour bien comprendre la naissance du chant dit « grégorien », il faut préciser que chaque grande aire géographique de l’Occident avait conservé des rites et des répertoires liturgiques particuliers ; le répertoire bénéventain, dans le sud de l’Italie ; le répertoire romain, dans la ville de Rome ; le répertoire milanais, ou ambrosien, dans l’Italie du Nord ; le répertoire hispanique (ou mozarabe, ou wisigothique) dans la péninsule ibérique ; le répertoire gallican, dans la Gaule située au sud de la Loire ; le répertoire romano-franc, improprement appelé grégorien, développé dans les territoires situés entre la Seine et le Rhin.

Du chant romain au chant romano-franc

Pour assurer l’unité politique et religieuse de l’Europe, alors que, face à la puissante Austrasie (royaume franc du nord-est de la France actuelle), les territoires italiens connaissent de graves crises politiques, les papes décident d’assurer l’unification liturgique en imposant le rite romain. L’exportation du chant romain dans le répertoire gallican ou franc en vigueur à Metz, capitale de l’Austrasie, ne fut pas une mince affaire. L’entreprise ne réussit que par le prestige de l’autorité pontificale et la volonté des rois francs, entre autres Pépin le Bref, d’imposer cette réforme. Charlemagne écrit en 789 : « Que tout le clergé apprenne le chant romain à fond suivant ce que notre père, le roi Pépin d’heureuse mémoire, a ordonné quand il a aboli le rite gallican pour l’harmonie avec le Saint-Siège et la concorde de la sainte Eglise. » De la rencontre du chant romain et du chant franc allait naître le chant romano-franc, qui n’est rien d’autre que le chant grégorien que nous connaissons aujourd’hui. La naissance du chant grégorien exprime le primat de l’Eglise de Rome sur toutes les autres Eglises de la chrétienté. De nombreux liturgistes francs, dont le plus connu est saint Chrodegang, évêque de Metz (+ 766), adoptent ce nouveau chant. En effet, les caractères propres aux rites gallican et romain pouvaient sembler suffisamment disparates pour que leur unité parût irréaliste. La liturgie romaine est, dans le choix de ses textes, plus variée, plus solennelle, moins encline aux épanchements sensibles que la liturgie gallicane. La musique gagne sur tous les points : les défauts du chant romain (ornementation répétitive) et du chant gallican (complexité de la structure mélodique) furent gommés au profit d’une mélodie marquée par un souffle ample, des intervalles plus variés et surtout une maîtrise du développement. En ce sens, le chant grégorien est le fruit d’une conception moderne de la musique : détaché de ses origines psalmodiques – musicalement parlant uniquement – il fait preuve d’une riche expressivité et d’un art subtil de l’ornementation. »

Classica, avril 2011, Naissance du chant sacré (extrait)

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