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Revenons à Etienne-Pierre Morlanne qui, avant de devenir le médecin connu et dévoué qu’il fut au service des femmes et des enfants, avait rêvé de devenir prêtre. Il rentra au séminaire Sainte-Anne, tenu par les Lazaristes, en novembre 1789, mais dut le quitter, comme tous ses compagnons, en mai 1791.

« La fureur révolutionnaire eut vite fait de dépouiller les monastères et leurs églises. Les objets sacrés étaient vendus aux enchères ou portés à la Monnaie pour y être fondus.

Etienne qui, toute sa vie, fut plus porté à conserver qu’à détruire, entreprit d’en soustraire le plus possible à la profanation et au pillage. Il se mêlait aux ventes, achetait, souvent à vil prix, des lots précieux. Ou bien le soir, à ses risques et périls, il parcourait les longs cloîtres déserts et pénétrait dans les sanctuaires, dont il ne craignait pas de briser au besoin les scellés sacrilèges.

Que d’objets saints, que de pièces artistiques il sauva ainsi de la destruction ! Il les rapportait en secret chez sa mère.

Celle-ci possédait à Ars-sur-Moselle une métairie et un pied-à-terre, où elle se retirait souvent durant ces jours troublés.

De Metz à Ars, en remontant la rive du fleuve, les tableaux religieux, les pierres sculptées, les statuettes, les missels, les chasubles, les calices, les reliquaires suivaient le chemin en cachette.

Etienne risquait sa vie à ces pieux larcins.

Il ne craignait pas non plus de faire offrir le saint sacrifice chez sa mère ou dans le petit réduit, appelé la cour des miracles, derrière la rue de la Vignotte. C’étaient les seuls offices auxquels ils pouvaient assister, ceux des paroisses étant célébrés par les prêtres assermentés.

Ou bien, il allait visiter ses anciens maîtres de Sainte-Anne, qui avaient refusé le serment et qui demeurèrent encore quelques mois dans le cher séminaire. »

Extrait de « Le chirurgien Morlanne » de Lucien Bouchon, Editions Spes, Paris, 1928

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