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« De même, si nous contemplons les beautés que la foi a créées, je dirais qu’elles sont simplement la preuve vivante de la foi. Si je regarde cette belle cathédrale, c’est une annonce vivante ! Elle-même nous parle et en partant de la beauté de la cathédrale, nous parvenons à annoncer visuellement Dieu, le Christ et tous ses mystères : ici, ces derniers ont pris forme et nous regardent. Toutes les grandes œuvres d’art – les cathédrales gothiques et les splendides églises baroques – sont un signe lumineux de Dieu et ainsi véritablement une manifestation, une épiphanie de Dieu.

Dans le christianisme, il s’agit précisément de cette épiphanie : Dieu est devenu une Epiphanie voilée, Il apparaît et resplendit. Nous venons d’écouter le son de l’orgue dans toute sa splendeur et je pense que la grande musique née dans l’Eglise rend la vérité de notre foi audible et perceptible : du chant grégorien à la musique des cathédrales jusqu’à Palestrina et à son époque, jusqu’à Bach et ensuite à Mozart et Bruckner, et ainsi de suite… En écoutant toutes ces œuvres – les Passions de Bach, sa Messe en si bémol et les grandes compositions de la polyphonie religieuse du XVIe siècle, de l’école viennoise, de toute la musique, y compris celles des compositeurs moins connus – nous entendons soudain : c’est vrai ! Là où naissent de telles choses, il y a la Vérité.

Sans une intuition capable de découvrir le vrai centre créatif du monde, cette beauté ne peut pas naître. C’est pourquoi je pense que nous devrions toujours faire en sorte que les deux choses soient ensemble, les porter ensemble. A l’époque actuelle, lorsque nous nous demandons si la foi est raisonnable, nous parlons justement du fait que la raison ne finit pas là où finissent les découvertes expérimentales, elle ne finit pas dans le positivisme ; la théorie de l’évolution voit la vérité, mais elle n’en voit que la moitié : elle ne voit pas que, derrière, se trouve l’Esprit de la création. Nous luttons pour l’élargissement de la raison et donc pour une raison qui soit justement aussi ouverte à la beauté, qui ne la laisse pas de côté comme si c’était quelque chose de totalement différent et déraisonnable.

L’art chrétien est un art rationnel – pensons à l’art gothique ou à la grande musique, ou encore, justement, à notre art baroque – mais il est l’expression artistique d’une raison beaucoup plus large, où cœur et raison se rencontrent. Voilà la clé. Voilà, je pense, d’une certaine manière, la preuve de la vérité du christianisme : cœur et raison se rencontrent, beauté et vérité se touchent. Et plus nous réussissons nous-mêmes à vivre dans la beauté et dans la vérité, plus la foi pourra redevenir créatrice, y compris à notre époque, et s’exprimer sous une forme artistique convaincante. »

Benoît XVI répondant aux questions des prêtres de Bressanone le 6 août 2008

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