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« La stéréotomie, ou coupe des pierres, est la science de la coupe et du développement des corps solides ou, en un mot, l’art de tracer les épures et de les exécuter. Cet art a pour but de former des voûtes, des arcades, des plates-bandes et toute autre partie de construction en pierres, au moyen de coupes qui, posées à côté les unes des autres, peuvent se soutenir seules sans le recours des mortiers.

La coupe des pierres, évidemment inspirée des constructions de couvertures en bois des édifices érigés dans les temps les plus reculés, est un art que l’on peut considérer comme moderne, puisque les peuples civilisés de la plus haute antiquité l’ignoraient. Les Grecs primitifs eux-mêmes ne construisaient leurs planchers et leurs combles qu’avec cette matière que le besoin d’abriter de grands espaces fit combiner de mille façons, tant pour obtenir la solidité nécessaire que pour satisfaire aux exigences de la régularité et de la décoration (…).

Les théâtres, les ponts, les basiliques des premiers âges héroïques, les premiers temples de la chrétienté, étaient en bois, et de ces constructions hardies, composées de pièces courbes, droites, verticales, horizontales, inclinées, croisées dans tous les sens ; de ces nervures élancées se terminant par des culs-de-lampe suspendus, sont dérivés les arcs en plein cintre, surbaissés et ogives, les voûtes d’arêtes, les pendentifs, et toutes les combinaisons de la charpente appliquées plus tard à des matériaux d’une nature plus durable, mais qui, ne pouvant se relier par des moyens factices, tels que des assemblages qui les maintiennent les uns aux autres, comme on peut le faire pour les bois ; des fers sur les joints ; des boulons, etc… nécessitant un autre mode de taille propre à les faire concourir tous, et chacun en particulier, à un ensemble qui pût présenter une stabilité à l’épreuve du temps. Ainsi, la coupe des pierres n’est qu’une application de l’art du trait des charpentiers, modifiée d’après la nature même de la pierre, qui, ne s’exploitant qu’en petits blocs et dépourvue de fibres ligneuses qui constituent les bois, n’a par elle-même aucune force de cohésion, et ne peut être employée, conséquemment, que par des combinaisons qui lui sont particulières. (…)

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Dans les premiers siècles du moyen âge, l’architecture que nous nommons si improprement gothique, donna naissance à une infinité de formes et de pénétrations de voûtes les unes dans les autres, que chaque artiste inventait pour produire des effets nouveaux et imprévus ; alors les manoirs seigneuriaux se flanquèrent de tourelles suspendues et en saillie ; des escaliers à jour en ornèrent l’intérieur ; des balcons et des loges en encorbellement décorèrent leurs graves façades ; de là les trompes, les voûtes en cul-de-four, annulaires, dites en vis, rampantes et sur noyau. (…)

La construction en pierre comprend deux parties distinctes : 1) l’une commune à tous les systèmes de construction, qui est la disposition générale, la forme si l’on veut, que l’on se propose de donner à l’édifice ou au monument que l’on a l’intention d’ériger ; 2) l’autre qui n’appartient qu’à elle seule, et qui est la disposition, l’exécution particulière de chacune des pierres qui sont appelées par leur réunion à composer l’ensemble de l’édifice.

La première de ces deux parties, la détermination de la forme générale, est essentiellement et uniquement du ressort de l’architecte ; car elle suppose de sa part des connaissances mathématiques et artistiques qui sont généralement étrangères à ceux qui ne sont chargés que d’exécuter la pensée de l’architecte. Celui-ci, par les plans, coupes et élévations qu’il est obligé de faire, doit déterminer au constructeur les dimensions de toutes les parties de l’édifice à construire.

Quant à l’exécution de chacune des pierres en particulier, bien que l’architecte doive y veiller, elle appartient plus spécialement au constructeur. Ce dernier, si la géométrie descriptive lui est familière, apprendra la coupe des pierres avec une grande facilité (…). »

Extrait de Coupe des pierres, l’art du trait, C.J. Toussaint, éditions Charles Moreau

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