L’abbatiale Saint-Vincent de style gothique

Extrait de Histoire de Metz, François-Yves Le Moigne, éditions Privat, 1986 ; chapitre 7, « Le patrimoine messin médiéval » :

« Saint-Vincent est une très grande église, un chef d’oeuvre de l’art gothique. Au dehors, le chevet, bien visible depuis la cour du lycée Fabert s’élève avec grâce, même s’il n’a pas l’élan des arcs-boutants et des grandes constructions gothiques habituelles ; les deux tours, maintenues au coin du chevet et du transept, prolongent l’ascension des légers contreforts. La façade du XVIIIe siècle ménage l’effet de surprise réservé à la nef. Quelle réussite ! Tout est fait pour élever le regard vers la voûte ; il n’y a pas de triforium pour couper la succession des arcades inférieures et supérieures ; l’étroit bandeau sculpté qui sépare les deux étages ménage seulement une très courte interruption. L’oeil est dès lors happé par les colonnettes plaquées contre les piliers et les murs du côté intérieur de la nef et montant sans interruption jusqu’au départ des arcs doubleaux de la voûte. Cette impression de verticalité est confirmée par les hautes fenêtres qui s’élancent d’un seul jet jusqu’en haut du choeur, frappent par leur évidement qui permet au regard d’aller loin et haut. Il faut laisser les érudits disserter longuement de l’endroit où se découvre la reprise des travaux, s’interroger sur la fiabilité du nécrologe qui attribue à l’abbé Warin le mérite d’avoir en trois ans fait réaliser le choeur et le transept nouveaux. On oublie les étapes, les interruptions dues aux problèmes financiers, la consécration tardive en 1376, pour retenir l’impression d’unité et de pureté, de chef d’oeuvre, et laisser venir à la surface de la mémoire le rapprochement inévitable que l’on fera avec la cathédrale de Toul, à laquelle le style choisi l’apparente. Rappelons trois dimensions : l’église est longue de 67 m, large de 23 à la nef et de 37 au transept, haute de 22,30. Metz avait au XIIIe siècle, dans ses murs ou près de ses remparts, sept abbayes bénédictines, dont les quatre d’hommes avaient sans doute cette ampleur, cette ambition, avec leurs cloîtres, leurs bâtiments conventuels, leurs troupes de moines, leurs processions, leurs bibliothèques. L’architecture, née de la volonté de quelques-uns, illustration d’une mode, durait des siècles ; elle devenait, si nécessaire, le souvenir vivant de la grandeur, quand les hommes défaillaient. »

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