La première abbatiale Saint-Vincent de style roman ottonien

Extrait de Histoire de Metz, François-Yves Le Moigne, éditions Privat, 1986 ; chapitre 7, « Le patrimoine messin médiéval » :

« Seul l’archéologue peut déterminer à quelle période une église paroissiale, une simple chapelle ont été bâties ou transformées. Il est mieux renseigné néanmoins quand il s’agit de l’église-mère du diocèse, la cathédrale, ou d’une abbaye. Ainsi pour le Xe siècle est-il aisé de mettre en rapport la réforme monastique et les fondations nouvelles. Les Vies d’évêques, le récit des translations de reliques, les Annales monastiques mentionnent des circonstances, citent des dates. Le dernier quart du Xe siècle a été un grand moment pour l’ouverture de chantiers. Thierri 1er, évêque de 965 à 984, a fondé une abbaye au-delà de la Moselle et l’a établie dans l’ancienne église Saint-Vincent, déjà citée dans la liste stationnale au IXe siècle ; il l’a richement dotée et une construction digne des moines s’est alors élevée. L’architecte en était un moine de Gorze, Odilbert, qui devint abbé après Jean, vers 976, et mourut à peu près en même temps que l’évêque. Cela situe donc l’ouverture du chantier ou sa mise en oeuvre véritable quelques années après la décision épiscopale d’ouvrir cette troisième abbaye dans la ville. Le 6 août 972 deux autels y sont consacrés, mais l’église n’est pas consacrée dans son entier avant 1030. Il est admis volontiers, et le fait est naturel, que le plan ottonien a été retenu, avec une forte structure occidentale, une tribune et une chapelle à l’étage. La disposition générale, retenue aussi pour les cathédrales de Metz et de Toul dont les chantiers s’ouvrent à peu près en même temps grâce aux évêques Thierri 1er et Gérard, comprend notamment deux tours ou tourelles entre les absidioles et le choeur principal. Ce chevet à base romane devait être conservé par la campagne de reconstruction gothique ; il fut certainement le premier élément bâti, devant permettre aux moines d’officier honorablement et d’accueillir quelques-unes des innombrables reliques collectionnées par l’évêque fondateur, parmi lesquelles figurèrent celles de sainte Lucie de Syracuse, sources de fructueux revenus en raison du pèlerinage qu’elles suscitèrent. »

Publicités