« Les deux sanctuaires » par Origène

« Tu as entendu parler de deux bâtiments : l’un visible et accessible aux prêtres, l’autre invisible et inaccessible : le grand-prêtre excepté, tous en sont exclus. Dans le premier bâtiment on peut voir, à ce qu’il me semble, l’Eglise dans laquelle nous vivons maintenant en la chair ; les prêtres s’y acquittent de leurs fonctions « à l’autel des parfums », où brule ce feu dont Jésus disait : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je d’autre, sinon qu’il soit allumé ! ». Il ne faut pas s’étonner de ce que ce bâtiment ne soit ouvert qu’aux prêtres : (…) « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, un peuple consacré  » (1 Pierre 2.9) (…) et c’est pourquoi vous avez accès au sanctuaire. Et chacun de nous a en lui-même son holocauste, et il met le feu à l’autel de son holocauste, veillant à ce que jamais il ne s’éteigne. Lorsque je « renonce à tout » ce que je possède, lorsque je « prends ma croix pour suivre Jésus », j’ai offert un holocauste sur l’autel de Dieu ; ou « lorsque je livre mon corps pour être brûlé », et que « j’ai la charité », et obtiens la gloire du martyre, je m’offre moi-même en holocauste sur l’autel de Dieu. Lorsque j’aime mes frères  au point de « donner mon âme pour mes frères », lorsque « je combats jusqu’à la mort pour la justice et la vérité », j’offre un holocauste à l’autel de Dieu. Lorsque je « fais mourir mes membres à toute convoitise de la chair », lorsque « le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde », alors j’offre un holocauste à l’autel de Dieu, et je suis devenu prêtre, capable de présenter ma propre offrande.

C’est donc ainsi que s’accomplit la fonction sacerdotale dans le premier bâtiment, c’est ainsi que les offrandes y sont présentées ; c’est de là que part le grand-prêtre vêtu des vêtements sacrés, pour pénétrer derrière le voile intérieur, comme le disaient déjà plus haut les mots de Paul : « Ce n’est pas en effet dans un sanctuaire fait de main d’homme que le Christ est entré, mais dans le ciel lui-même, afin de paraître maintenant devant la face de Dieu en notre faveur. » C’est donc le ciel et le trône de Dieu qui sont désignés par le symbole et la figure du bâtiment intérieur. Mais considère la merveilleuse ordonnance des mystères : lorsqu’il pénètre dans le Saint des Saints, le grand prêtre porte le feu de ce premier autel, et il prend avec lui l’encens du premier bâtiment. Même les vêtements dont il se revêt, c’est là qu’il les reçoit. Crois-tu que mon Seigneur, le véritable grand-prêtre, daignera aussi accepter de ma main un peu de « cet encens aux grains menus » pour le présenter à son Père ? Crois-tu qu’il trouvera en moi une petite étincelle, et mon autel de parfums allumé (…) ? Bienheureux celui dont il trouvera les braises si ardentes et si vivantes qu’il les estimera propres à être posées sur l’autel des parfums. Bienheureux celui en qui il trouvera un esprit si délicat, si attentif au détail, si vraiment spirituel, qu’il daignera en remplir ses mains, et présenter à Dieu le Père « l’odeur suave » de son esprit d’intelligence !

Malheur par contre aux âmes en qui s’éteint la flamme de la foi, et se refroidit la braise de l’amour ; malheur à elles, en qui notre grand-prêtre du ciel ne trouvera, lorsqu’il viendra y chercher des charbons ardents et des tisons pour offrir au Père un sacrifice d’holocauste, que d’inutiles scories et des cendres froides. Ces âmes sont toutes celles qui se dérobent à la PAROLE de Dieu et s’éloignent d’elle, de peur qu’à écouter les enseignements divins, elles ne sentent s’allumer en elles la foi, flamber la charité, brûler la miséricorde (…). Et comment voudrais-tu brûler, comment pourrait-il se trouver en toi des « braises ardentes », si tu ne te laisses pas enflammer par la PAROLE du Seigneur, si jamais les paroles de l’Esprit-Saint ne t’embrasent ? »

Merci aux moines de l’Abbaye de Fleury pour ce texte.

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