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« Et voici qu’il me semble parvenir au terme d’un long pèlerinage. Je ne découvre rien, mais comme au sortir du sommeil, je revois simplement ce que je ne regardais plus.

Ma civilisation repose sur le culte de l’homme au travers des individus. Elle a cherché, des siècles durant, à montrer l’homme, comme elle eût enseigné à distinguer une cathédrale au travers des pierres. Elle a prêché cet homme qui dominait l’individu.

Car l’homme de ma civilisation ne se définit pas à partir des hommes. Ce sont les hommes qui se définissent par lui. Il est en lui, comme en tout Être, quelque chose que n’expliquent pas les matériaux qui le composent. Une cathédrale est bien autre chose qu’une somme de pierres. Elle est géométrie et architecture. Ce ne sont pas les pierres qui la définissent, c’est elle qui enrichit les pierres de sa propre signification. Ces pierres sont enoblies d’être pierres d’une cathédrale. Les pierres les plus diverses servent son unité. La cathédrale absorbe jusqu’aux gargouilles les plus grimaçantes, dans son cantique.

Mais, peu à peu, j’ai oublié ma vérité. J’ai cru que l’homme résumait les hommes, comme la pierre résume les pierres. J’ai confondu cathédrale et somme de pierres et, peu à peu, l’héritage s’est évanoui. Il faut restaurer l’homme. C’est lui l’essence de ma culture. C’est lui la clé de ma communauté. C’est lui le principe de ma victoire. »

Antoine de Saint-Exupery, « Pilote de guerre », XXV

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