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« On peut lire, sous la plume de Jean Schneider, que le bourg d’Outre-Moselle, qui était alors en dehors de l’enceinte de la ville, comptait déjà au VIIIe siècle cinq églises, dont l’une devint, en 968, l’abbatiale de Saint-Vincent.

Elle a pour titulaire le célèbre martyr de Saragosse et sainte Lucie, et a vraisemblablement toujours été à la même place. C’est la seule des abbayes de Metz qui n’ait pas été déplacée.

A la construction primitive de style roman succéda en 1285 (*), plus grand et plus beau, l’édifice ogival au ligne pures et harmonieuses, dû à Warin, 19ème abbé bénédictin. Consacré en 1376 par l’évêque Thierry de Boppart, il fut partiellement incendié par la foudre en 1395 ; « les trois clochers furent ars (brûlés, détruits), et toutes les cloches fondues », dit Philippe de Vigneulles. Grâce à l’abbé Nicole de Gournay, riche membre de l’aristocratie messine, on restaura l’église au milieu de XVe siècle. Huguenin, dans sa chronique, note qu’en 1466 il fit un temps horrible « de gresle qui cheoit aussi grosse oeufz d’oye » qui a cassé toutes les verrières de l’abbatiale.

La planche de Chastillon, qui manque à la collection de la ville de Metz, faite vers 1614, prouve que le nouvel et important incendie de 1705, dans lequel disparut également une grand partie du monastère, n’a pas beaucoup changé l’aspect extérieur de l’édifice.

Cinq ans après, vers 1710, la foudre endommageait si sérieusement la tour principale, dite de Saint-Michel, ou encore le « haut clochier », qu’il fallut se résoudre à l’abattre. On en profita pour construire, de 1754 à 1756 sur son emplacement, les deux travées inférieures. Pour la façade, on dut se plier aux exigences du gouverneur, le maréchal de Belle-Isle, qui voulait un portail de type des « modèles exclusivement en honneur depuis deux siècles dans les académies ».

La révolution vit le départ forcé des religieux. Le vandalisme de l’époque s’est exercé tout particulièrement de fin 1792 à fin 1794. Le point culminant fut atteint, le 11 septembre de cette année, lorsque le fameux Trotebas, à la tête de son équipe infâme, détruisit tous les « objets de superstition et de royalisme » qu’il put découvrir dans l’église. Peu de choses échappèrent à la destruction : un lutrin, une chaire à prêcher mobile, un confessionnal, etc… Le sanctuaire devint magasin militaire, puis écurie pendant la Terreur. En 1804, au rétablissement du culte, les églises paroissiales de Saint-Livier et de Saint-Marcel furent déclassées, et Saint-Vincent érigée en paroisse pour ce quartier.

Le 14 février 1811, nouvel incendie, qui détruisit plus particulièrement et entièrement la partie supérieure des bâtiments conventuels.

Depuis le 26 novembre 1933, Saint-Vincent a reçu le titre de basilique par décret de S.S. le pape Pie XI. »

Marius Mutelet, « Metz d’autrefois », chapitre « Chastillon, ses gravures de Metz », 1965

(*) La date de 1285 évoque certainement la fin de la construction de l’édifice gothique.

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