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L’abbaye Saint-Vincent fut jusqu’à la révolution française une abbaye bénédictine. Ce 11 juillet est donc l’occasion de rappeler qui fut saint Benoît de Nursie (480-547), fondateur de la règle du même nom.

« (…) Ne plus vivre pour soi-même, mais pour le Christ : voilà ce qui donne son plein sens à la vie de celui qui se laisse conquérir par Lui. Le parcours humain et spirituel de Saint- Benoît, qui, abandonné de tous, se mit fidèlement à la suite de Jésus le manifeste clairement. Incarnant l’Évangile par son existence, il est devenu initiateur d’un vaste mouvement de renaissance spirituelle et culturelle en Occident.

Je voudrais ici faire allusion à un évènement extraordinaire de sa vie, que relate son biographe Saint Grégoire le Grand et que vous connaissez certainement. On pourrait presque dire que le saint Patriarche « fut élevé en haut » dans une indescriptible expérience mystique. La nuit du 29 octobre 540, – lit-on dans la biographie – alors que, s’étant mis à la fenêtre, « les yeux fixés sur les étoiles il s’intériorisait dans la divine contemplation, le saint sentit que son coeur s’enflammait… Pour lui, le firmament étoilé était comme le rideau brodé qui dévoilait le Saint des Saints. À un certain point, son âme se sentit transportée de l’autre côté du voile, pour contempler dévoilée la face de Celui qui habite dans une lumière inaccessible ». Sans doute, de même que ce qui se produisit pour Paul après son enlèvement au ciel, pour Saint Benoît aussi, à la suite de cette extraordinaire expérience spirituelle, une vie nouvelle dut commencer. Si en effet la vision fut passagère, les effets restèrent, et sa physionomie même – selon les biographes – s’en trouva modifiée, son aspect resta toujours serein et son attitude angélique mais, tout en vivant sur la terre, on comprenait qu’avec le coeur il était déjà au Paradis.

Saint Benoît reçut ce don divin non certes pour satisfaire sa curiosité intellectuelle, mais plutôt pour que le charisme dont Dieu l’avait doté eût la capacité de reproduire dans le monastère la vie même du ciel et d’y rétablir l’harmonie de la création au moyen de la contemplation et du travail. C’est justement pourquoi l’Église le vénère comme « éminent maître de vie monastique » et « docteur en sagesse spirituelle dans l’amour de la prière et du travail » « admirable guide des peuples vers la lumière de l’Évangile » qui « élevé au ciel par une route lumineuse » enseigne aux hommes de tous les temps à chercher Dieu et les richesses éternelles par Lui préparées.

Oui, Benoît fut un exemple lumineux de sainteté et indiqua aux moines le Christ comme unique grand idéal ; il fut maître de civilisation qui, proposant une vision équilibrée et adéquate des exigences divines et des fins ultimes de l’homme, garda aussi toujours bien présentes les nécessités et les raisons du coeur, pour enseigner et susciter une fraternité authentique et constante, afin que dans la complexité des rapports sociaux on ne perde pas de vue une unité d’esprit capable de toujours construire et alimenter la paix. (…)

À son école, les monastères sont devenus, dans le cours des siècles, de fervents centres de dialogue, de rencontre et de fusion bénéfique entre des gens différents, unifiés par la culture évangélique de la paix. Les moines ont su enseigner avec les mots et avec l’exemple l’art de la paix en réalisant de façon concrète les trois « lois » que Benoît désigne comme nécessaires pour conserver l’unité de l’Esprit parmi les hommes : la Croix, qui est la loi même du Christ ; le livre c’est-à-dire la culture ; et la charrue, qui indique le travail, la domination sur la matière et sur le temps. Grâce à l’activité des monastères, articulée autour du triple engagement quotidien de la prière, de l’étude et du travail, des peuples entiers du continent européen ont connu un authentique rachat et un développement moral, spirituel et culturel bénéfique, s’éduquant au sens de la continuité avec le passé, à l’action concrète pour le bien commun, à l’ouverture vers Dieu et la dimension transcendante. Prions pour que l’Europe sache toujours valoriser ce patrimoine de principes et d’idéaux chrétiens qui constitue une immense richesse culturelle et spirituelle. (…) »

Benoît XVI, homélie à l’abbaye de Monte Cassino, 24 mai 2009

Source et texte complet : Benoît et moi

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