L’abbaye Saint-Vincent dans le journal de Dom Jean François (1760-1772) (II)

Présentation des protagonistes

« Décembre 1763

(…) Le 21, l’abbesse de Saint-Pierre supprimé et changé en la collégiale soi-disant de Saint-Louis, se vante qu’elle va encore supprimer pour elle l’abbaye de Saint-Vincent, maison la mieux montée qu’il y ait à cinquante lieues à la ronde. Nous regardons cela comme un songe. Cependant le 22, cela se confirme et nous quatre supérieurs en sommes intrigués. Il y a trois ans que ces pisseuses en voulurent à Saint-Symphorien dont j’étais sous-prieur : nous en eûmes vent ; de concert avec mon prieur dom Tronville, je dressai aussitôt une supplique pour Rome, que nous y envoyâmes. Par ce moyen nous arrêtâmes la cupidité de ces femmes insatiables qui ont déjà envahi les monastères des Pucelles en 1552 et de Sainte-Marie ces dernières années. Si Saint-Vincent a pris les mêmes précautions que nous à Saint-Symphorien, ils n’ont rien à craindre. S’ils ne l’ont pas fait, tant pis ; il y a à craindre l’autorité d’un roi, d’un ministre…

Le 23, toute la ville apprend la nouvelle de l’intention de Madame l’abbesse d’usurper Saint-Vincent. Toute la ville jusqu’aux Juifs, jusqu’aux calvinistes, jusqu’aux militaires, en un mot tout le monde est consterné, indigné, furieux : cela fait une rumeur qu’on ne peut exprimer et que nous n’aurions pas cru.

En même temps, le prieur de Saint-Vincent, dom Roberty, tout vieillard qu’il est, prend la poste et va trouver notre général à Novy et de là à Paris, pour agir et défendre la vigne de Naboth. Fasse le ciel que son voyage ait le succès nécessaire au bien public…

Le 24 part un autre de nos religieux en poste pour les joindre à Novy avec tous les mémoires et les autres papiers nécessaires. – Nous apprenons que la dame ci-devant de Saint-Pierre-aux-Nonnains, actuellement des Pucelles, de Saint-Louis, et de Saint-Vincent en désir… n’est plus tout à fait sûre de réussir. Nous l’espérons avec les honnêtes gens par le secours du Très-Haut. (…) »

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