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13 décembre
En l’église Saint-Vincent
 
Dans les couloirs obscurs, jadis, aux catacombes,
Le prêtre célébrait les mystères sacrés,
Au milieu du silence et du secret des tombes,
Sur les corps recueillis des martyrs torturés.
 
Mais toi, dans la chapelle aux colonnes sans nombre
Qu’unit dans les hauteurs le dôme des arceaux,
Au centre du pourtour d’arcades pleines d’ombre,
Au-dessous des clartés pieuses des vitraux,
 
Dans le calme imposant de la mystique enceinte,
A l’abri de l’autel qui protège ton corps,
Sous la blanche tunique, ô vierge, ô jeune sainte,
Et le péplum sanglant, ô martyre, tu dors !
 
Ton visage extatique, en la cire vivante,
Semble encore sourire à l’immortalité,
Comme à l’heure où ton âme, ignorant l’épouvante,
Des atroces bourreaux bravait la cruauté.
 
Nous n’avons pas chez nous autour de tes reliques
Ciselé seulement un reliquaire d’or :
Mais une royauté parmi les basiliques
Garde jalousement le précieux trésor ;
 
Et les temples fameux dont la gloire s’élève
Sur ton lointain pays que l’histoire a sacré,
Dans l’espace argenté d’un horizon de rêve
Et la splendeur d’azur d’un firmament nacré,
 
Temples en Taormine, Agrigente, Ségeste,
Que caresse et colore un magique soleil,
Ne pourraient, s’ils voulaient glorifier ton geste,
T’offrir, malgré leur nombre, habitacle pareil.
 
Quand les voix, s’y mêlant aux orgues triomphales
Dans l’antienne latine au poème si beau,
Font résonner ton nom sous les nefs ogivales,
Tes ossements bénis tressaillent au tombeau.
 
Mais chaque jour, de l’aube au soir, du soir à l’aube,
Ton beau nom, par delà tout hommage mortel,
Est cité par l’Eglise, en quelque point du globe,
Devant le sang du Christ répandu sur l’autel.
 
Or, quoique Syracuse en ta clarté divine
Se mire, en proclamant qu’elle fut ton berceau,
N’es-tu pas désormais une vierge messine ?
Lucie, ô frêle enfant plus fière qu’un lionceau !
 
Si ta patrie, en la mer bleue, est une reine,
Si le nom de ta ville a la douceur du miel,
Si ton lointain regard, en la terre Lorraine,
Ne retrouve jamais la splendeur de ton ciel,
 
Oh ! bannis le regret ! Metz t’aime, et pour le dire,
Elle cherche des mots uniques de douceur ;
Nous aussi, comme un jour, Agathe, la martyre,
Emus, nous t’appelons : « Lucie, notre soeur ! »
 
Puis, quand notre soleil, qui descend grandiose,
Luit sur ton reliquaire immense et sans rival,
Le rayonnement d’or d’un éclair triomphal
Resplendit sur ton front, comme une apothéose !
 
Ernest François
L’Âme de Lorraine
1920
 
 
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