L’école des Frères Saint-Vincent pendant l’annexion

Petit détour dans l’histoire du quartier Saint-Vincent et de l’une de ses écoles, avec cet extrait de « En passant par la Lorraine » de Paul Durand, éditions Le Lorrain :

« En évoquant les Rabats blancs, il nous faut faire une mention spéciale à leur activité dans notre bonne ville de Metz, à leur mérite particulier dans la résistance lorraine à la germanisation.

Au moment de la guerre malheureuse de 1870, Metz comptait quatre écoles primaires des frères, avec un total de 1.800 élèves pour une population de 45.000 habitants. Hélas ! Là encore, on sentit le passage de l’Allemand et de son Kulturkampf. Les Frères étaient en effet affligés d’une double tare indélébile : ils étaient religieux et appartenaient, ô horreur ! à une congrégation d’origine et d’orientation françaises. Des quatre écoles, une seule, Saint-Vincent, fut finalement autorisée, avec un maximum toléré de 80 élèves pour toute la ville. Quatre-vingts au lieu de dix-huit cents !

Le coup mortel que le vainqueur avait cru porter ne fut en réalité qu’un coup d’épée dans l’eau. Puisque la quantité était défendue, on s’occuperait toujours davantage de la qualité. Au lieu d’exploiter une forêt, on soignerait une pépinière.

Pour endiguer le flot des demandes d’admission, les Frères n’acceptèrent plus les petits Messins qu’à partir de l’âge de neuf ans, et pour ne pas alourdir les quatre classes existantes, ils opéraient, non pas une rigoureuse sélection, mais tout de même un filtrage que facilitaient les bulletins obtenus dans les écoles précédemment fréquentées. Alors, pendant cinq ans, pour ceux qui s’arrêtaient au primaire, nos garçons étaient entre les mains d’hommes splendides qui avaient nom Frère Salve, et surtout Frères Hilaire et Blaste-Marie, auxquels il faudra adjoindre, à partir de 1895, un Frère Pierre.

Les Frères Hilaire et Blaste, directeurs d’école sous le régime prussien, ne savaient pas un traître mot d’allemand ! Avec quel dévouement passionné, avec quelle rudesse parfois ils formaient leurs élèves neuf heures, plus tard sept heures par jour ! Des chrétiens ? Sans doute, ils n’oubliaient pas leur mission première qui était de façonner l’âme et le coeur. Mais ils n’en étaient pas moins hommes du pays, donc patriotes bon teint. Et l’intrépide Frère Blaste, de Pommérieux, oeuvra ainsi 55 ans dans notre cité !

Une importance toute spéciale était accordée à l’enseignement du français, non pas théorique, mais pratique. Syntaxe, grammaire, orthographe, rédaction, tout était pris et repris, mâché et remâché. Le commerce et l’industrie s’arrachaient littéralement la jeunesse sortant de l’école Saint-Vincent qui, si modeste qu’elle fût, resta un des plus solides bastions de l’idée et du savoir français pendant l’annexion. Son rayonnement était énorme, et si le négoce messin, comme la proche campagne ont eu des chefs de file, tant au point de vue professionnel que national, c’est en grande partie aux Frères des Ecoles chrétiennes qu’ils le doivent.

Quand éclata la guerre de 1914, les Allemands essayèrent bien de tout museler, et la langue française fut complètement rayée du programme scolaire. Mais ils avaient compté sans l’obstination d’un Frère Pierre qui, sous prétexte de donner des cours d’arboriculture, entraînait chaque semaine ses élèves dans la proche propriété de Queuleu et y continuait ses classes de français, quand même ! »

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