L’Eglise lorraine au Moyen Âge

Extrait de « La Lorraine » de Guy Cabourdin et Jean-Alain Lesourd, Charles-Lavauzelle et Cie, Editeurs, 1968

« Le clergé séculier

La Lorraine est divisée en plusieurs évêchés : ceux de Trèves, Toul, Metz et Verdun. Aucun évêque ne possède son siège dans les duchés de Lorraine et de Bar. (…)

Les membres du haut clergé sont d’origine noble. Au début, les prélats sont souvent allemands ; par la suite, ils sont choisis parmi le clergé lorrain.

L’avoué (ou voué) est un laïc chargé de défendre une église ou une abbaye contre tout ennemi. En échange, il reçoit des terres en fief ou de l’argent. Parfois, comme à Verdun, les évêques doivent lutter contre des avoués trop puissants.

Il existe, aux côtés de l’évêque, des chanoines qui possèdent des biens et les administrent. Les chanoines n’ont que peu de charges et d’obligations, et ils sont groupés en chapitre. A Metz, ils sont, en théorie, 60.

De grands personnages de la chrétienté sont nés ou ont vécu en Lorraine :

. le pape Etienne X (1057-1058), né à Dun-sur-Meuse ;

. Brunon de Dagsburg (Dabo), évêque de Toul pendant vingt-six années avant de devenir pape sous le nom de Léon IX (1049-1054) ;

. Humbert de Moyenmoutier, moine puis cardinal en 1049.

Les monastères

Trois ordres principaux fondent des monastères, où les moines vivent en commun sous la direction des abbés.

1) Les Bénédictions ou moines noirs, car ils portent une tunique noire. Metz (Saint-Clément, Saint-Symphorien, Saint-Arnould et Saint-Vincent) et Toul possèdent plusieurs abbayes bénédictines.

2) Les Cisterciens. A la suite de Robert de Molesmes, créateur de l’ordre de Citeaux (abbaye située en Bourgogne) et du moine saint Bernard, les monastères cisterciens se multiplient au XIIe siècle. Ex. : Beaupré, près de Lunéville ; Haute-Seille, près de Domèvre-sur-Vezouve.

3) Les Prémontrés (l’abbaye de Prémontré près de Laon est fondée par saint Norbert en 1122). Ces monastères sont plus nombreux vers l’ouest dans la région de la Meuse, puisque cet ordre se répand depuis la France. Cependant, il en existe vers l’est, à Sainte-Marie-aux-Bois (près de Pagny-sur-Moselle) et à Salival (près de Vic-sur-Seille).

D’autres ordres apparaissent également, mais ne jouent pas un rôle aussi essentiel. Ce sont :

. les ordres militaires. Ex. : Templiers à Metz, à Virecourt ; Hospitaliers à Saint-Jean-du-Vieil-Aitre, à proximité de Nancy ;

. les ordres mendiants. Ex. : Franciscains, Clarisses ; Cordeliers à Nancy et à Mirecourt (XVe siècle). (…)

Le rôle des clercs dans la société

Les religieux s’occupent des pauvres, des orphelins, des malades. Il existe plus d’une centaine d’hôpitaux ou d’hospices dans notre région. Les épidémies sont nombreuses au Moyen Âge et il faut créer pour les lépreux des maladreries ou léproseries. (…)

Les clercs sont les hommes les plus cultivés de la société. Les écoles sont situées dans les monastères ou à proximité des cathédrales. Elles sont dirigées par des écolâtres. Il n’existe pas d’université en Lorraine avant le XVIe siècle. Les bibliothèques des religieux contiennent de nombreux manuscrits.

Parmi les clercs connus pour leurs oeuvres, les plus importants sont les chroniqueurs Sigebert de Gembloux (Xe – XIe s.), écolâtre à Saint-Vincent-de-Metz, Richer de Senones (XIIIe s.) et Jean de Bayon (XIVe s.). On ne connaît pas l’auteur des poèmes épiques réunis sous le titre « Geste des Lohérains ».

Au Moyen Âge, la Lorraine est pauvre en oeuvres littéraires. Le théâtre est également religieux. C’est le plus souvent sur le parvis des églises que sont représentés les mystères.

« La machinerie était compliquée et les décors savants, Les représentations étaient bruyantes et les acteurs, tous des hommes très convaincus. En 1437, il fallut dépendre et frotter de vinaigre le chapelain de Marange qui, jouant le rôle de Judas, s’était pendu avec trop de conviction. » (Histoire de Lorraine, A. Gain, S.L.E.L.) »

 

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