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Après le basilic, et dans un autre registre, le masque feuillu, continuons notre découverte du bestiaire de la basilique Saint-Vincent, avec son combat de coqs dans le transept sud.

« Cet oiseau domestique familier des basses-cours est depuis l’Antiquité considéré non seulement comme l’animal dont le chant marque le lever du jour, mais aussi comme un volatile capable d’écarter les maladies et qui effraie serpents et lions.

Au Moyen Âge, son cri est assimilé à la lumière ayant vaincu les ténèbres. Au IVe siècle, saint Ambroise pouvait écrire : « Il est doux le chant du coq dans la nuit. Non seulement il est doux, mais il est aussi utile (…). Quand il chante, il repousse les embûches du voleur ; il fait lever le jour et illumine le ciel (…), il rend à tous l’espérance. » A la même époque, Prudence de Saragosse (348-405) voit dans le coq le symbole de la vigilance qui réveille les assoupis et fait trembler les démons : « On dit que les démons qui errent, réjouis par les ténèbres des nuits, au chant du coq sont effrayés et se dispersent plein de crainte. » Le coq gargouille posté à l’est de la cathédrale de Saint-Dié n’attend-il pas le lever du jour ? Le coq devient ainsi au Moyen Âge l’image des saints éclairant l’univers. Il incarne la Résurrection et le Christ ranimant les âmes. La répétition quotidienne de son chant devient pour saint Germain d’Auxerre (Ve siècle) l’image de la puissance divine manifestant sa grandeur même dans les plus petites choses.

Le panneau losangé de la cathédrale de Metz et le chapiteau dans la nef de l’église Saint-Andoche de Saulieu montrent plutôt le naturel agressif et combatif de l’animal : deux coqs sautent furieusement l’un contre l’autre. A Saulieu, ils sont encadrés par deux hommes, l’un se bouchant les oreilles, l’autre criant, qui symbolisent peut-être les fidèles réveillés par les cris du coq, c’est-à-dire par la prédication. S’agit-il aussi d’illustrer ces paroles de Salomon : « Quand le coq part au combat, il n’est roi qui lui résiste » ?  »

Source : « Dossier de l’Art no. 103, le symbolisme du bestiaire médiéval sculpté  » , décembre 2003-janvier 2004 ; il est à noter que l’ensemble des illustrations de ce dossier proviennent d’édifices religieux du nord-est de la France (Lorraine, Alsace, Bourgogne), la cathédrale de Metz y étant particulièrement bien représentée.

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