Le dépôt de mendicité du quartier Saint-Vincent entre 1793 et 1800

« Le dépôt de mendicité tenait à la fois de l’hôpital et de la prison. On y ramassait tout ce qui traînait, hommes ou femmes, dans un état de santé souvent misérable. (…)

Ce dépôt avait été créé en 1770 dans l’hôtel abbatial de Saint-Vincent, en face de l’abbaye.

En 1741, l’abbé commendataire, le baron d’Eltz, dont une rue voisine, aujourd’hui Holandre-Piquemal, porta longtemps le nom, avait fait en grande partie reconstruire la maison destinée à ces abbés grands seigneurs, pour les jours de plus en plus rares où il leur prendrait fantaisie de visiter leurs moines. Cette affectation aristocratique ne fut pas de longue durée.

Le XVIII siècle, se souvenant peut-être des maisons d’assistance par le travail créées par saint Vincent de Paul, voulut détruire la mendicité et combattre le vagabondage par des ateliers moralisateurs. Une circulaire de 1764 institua dans ce sens les dépôts de mendicité.

On chercha en conséquence, dès cette date, à établir à Metz une renfermerie, en vue de soustraire à la circulation les vagabonds et surtout les femmes de mauvaise vie, qui pullulaient dans cette ville de garnison au grand détriment de la moralité et de la santé publique.

L’abbaye de Saint-Vincent, dont les revenus étaient convoités par les dames de « Chapitre collégial, royal et séculier » de Saint-Louis (1), faillit, par les intrigues du ministre Choiseul, frère de l’abbesse, être convertie en maison de force, et les moines dispersés dans d’autres maisons.

Les supérieurs de la congrégation de Saint-Vanne, heureusement, surent défendre leurs droits, comme les moines de Saint-Vincent leur existence. Rome n’accepta pas [1765]. (2)

Par esprit de conciliation, toutefois, les supérieurs bénédictins offraient de sacrifier au bien général, quitte à renoncer à leur haute et onéreuse protection, les menses de leurs abbés.

Celle de Saint-Vincent ayant été, à la mort du baron d’Eltz, en 1761, mise en économat par le Roi, en faveur précisément du chapitre Saint-Louis, la maison abbatiale restait libre : elle fut louée en 1770 pour y recueillir le monde sordide indiqué ci-dessus.

Elle formait un ensemble assez vaste, qui n’était séparé du rempart que par la nouvelle rue Belle-Isle (3).

L’entrée donnait sur la rue Saint-Vincent. Une porte cochère, sous une ordonnance classique, introduisait dans une courette, le long de la loge du portier. Une seconde porte menait à la « grande cour », dotée d’un puits et séparée par un mur de la « basse-cour » ; toutes deux étaient juxtaposées devant le corps de logis, aux pierres d’angle à joints refendus, qui mesurait cinquante-quatre mètres de face sur dix-sept de profondeur en son milieu.

On y accédait par un perron. Les salles étaient hautes et bien éclairées. Sous un comble, porté par une corniche et recouvert d’ardoises, un étage et un grenier. Celui-ci servait d’ouvroir aux renfermés valides, qui y travaillaient pour un fabricant de Nancy, un certain Maubon.

Deux bâtiments plus petits, aux rez-de-chaussée transformés en cachots, encadraient les cours. Derrière celui de gauche, un minuscule jardin attenait au logement séparé du concierge : petit pavillon sans étage qui continuait le bâtiment principal et ouvrait sur le rempart.

Le concierge différait du portier, qui se distinguait du guichetier, à moins qu’un même individu ne remplît les trois fonctions.

Le concierge était responsable de la police intérieure et veillait à la marche régulière de la maison. C’était, en 1793, un nommé Michel Delmillac, qui avait été entrepreneur du Dépôt avant 1789 et qui touchait encore, pour ne pas faire grand-chose, six cent cinquante livres par an, plus trois cordes de bois et quarante livres de chandelles.

Il semble s’être plus intéressé au Conseil général de la Commune, dont il fut membre, ou aux parades de la garde nationale, dont il était lieutenant, qu’à la surveillance des détenus. Son frère Jacques, guichetier, puis portier, le supplanta en octobre 1797.

Le Dépôt ou Renfermerie était sous la direction administrative du citoyen Dienert, régisseur depuis le 1er juillet 1789. Un brave homme, ce Dienert, célibataire, intelligent, bien intentionné, mais minutieux et discoureur, mal servi par ses employés et discutant facilement avec les renfermés, dont il se plaint de ne pas toujours venir à bout.

Il était logé au Dépôt avec un traitement de quinze cents livres. Lui aussi passait de nombreux après-midi en ville et à la comédie, ce qui ne l’empêchait pas de répéter qu’il avait trop à faire, pour s’excuser de ne pas remettre à temps ses états de régie. Rendons-lui du moins cette justice qu’il apprécia et soutint toujours Etienne Morlanne. (…)

 (1) Elles occupaient l’ancienne abbaye Sainte-Marie, le long du quai Saint-Louis. Elles avaient été formées, en 1762, de la réunion des moniales sécularisées des abbayes Saint-Pierre et Sainte-Marie (…).

(2) Les archives départementales gardent, en faveur des Bénédictins menacés, l’unanime et très édifiant témoignage des autres congrégations de Metz sur leur utile et fervent apostolat.

(3) Les écoles communales de Saint-Vincent sont élevées sur les fondations du bâtiment principal. »

Extrait de « Le chirurgien Morlanne » de Lucien Bouchon, Editions Spes, Paris, 1928

La figure lumineuse et trop méconnue du chirurgien Morlanne sera encore évoquée plus d’une fois sur ce blog.

On reconnaît la façade de la basilique en arrière-plan.

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