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Ce samedi 22 janvier va être la fête de saint Vincent de Saragosse, qui sera célébré dans quelques villages viticoles de notre région, et qui a donné son nom à notre abbaye, puis basilique, messine…

Les extraits de texte qui vont suivre proviennent du site PERSEE du ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation. Ils sont extraits de la « Revue d’histoire de l’Eglise de France » sur Saint Vincent de Saragosse par Louis de Lacger (1927). Ils ont été choisis spécifiquement pour illustrer ce blog. Le document complet nous en apprend beaucoup plus sur les différentes translations… des différents corps de Vincent !

« (…) Quel fut l’agent de cette extraordinaire fortune ? Le souvenir traditionnel du martyr assurément et les grâces obtenues par son intercession, mais aussi, mais surtout peut-être, sa légende écrite qui fut commentée par d’incomparables orateurs, tels que saint Augustin, et magnifiquement remaniée par un poète tel que Prudence. (…)

Le diacre martyr de Saragosse n’attendit pas plus de deux ou trois générations pour avoir sa légende. Dès la fin du IVe siècle, au temps de Théodose, sa Passion était écrite. Où et par qui ? Il est impossible de le savoir. Il est à croire que c’est de Valence, lieu de sa sépulture, ou de Saragosse, champ de son apostolat, qu’elle prit son essor. Elle s’accrédite tellement qu’en Afrique elle prit rang parmi les textes liturgiques. On la lisait, dans l’église d’Hippone, à l’office, immédiatement avant le panégyrique, le jour de l’anniversaire, 22 janvier. (…)

Vincent, invectivant son bourreau, oppose à l’être périssable sur lequel les tourments ont prise, cet autre, l’homme intérieur, invisible, libre malgré les chaînes, impénétrable aux traits, sur lequel Dieu seul exerce un empire. (…)

Trois patries, à dater du IXe siècle, époque de l’apogée du culte des reliques, se sont flattées de posséder en son intégrité le corps du martyr de Valence : l’Italie méridionale, la Gaule et le Portugal. (…)

En l’année 969, l’empereur Otton le Grand, se rendant en Italie au devant de la fiancée de son fils, la princesse grecque Théophano, entraîna à sa suite son parent Théodoric, évêque de Metz. Celui-ci, dévôt à saint Vincent au point de lui avoir dédié un monastère dans sa cité, désirait ardemment posséder quelqu’une de ces reliques. Ses voeux furent comblés au-delà de tout espoir, car son collègue, l’évêque d’Arrezzo, lui donna le corps, sans plus, que l’on conservait, depuis un siècle environ, à Cortone, ville de son diocèse.

Ce corps se trouvait antérieurement au monastère Saint-Vincent-sur-Vulturne, non loin de Capoue. Il y avait été mystérieusement apporté d’Espagne, racontait-on, par deux moines. Puis, les Sarrasins d’Afrique, lors de leurs incursions en Campanie, en 852, ayant dévasté le monastère, le corps saint avait été mis en sûreté à Cortone.

Voilà ce que nous apprend un clerc de l’escorte dudit évêque de Metz, ce qu’il recueillit des lèvres de vieux moines qui végétaient dans les ruines du monastère, lorsque les voyageurs y parvinrent. « Plusieurs évêques italiens, ajoute-t-il, avaient tenté d’acquérir ce saint martyr, notamment Ambroise de Bergame dont le siège épiscopal était érigé en l’honneur de saint Vincent. Nous le devançâmes. Ce furent les clercs de Remiremont qui portèrent saint Vincent [de Cortone à Metz]. »

Ce feuillet d’un carnet de route est inséré par Sigebert de Gembloux qui fut abbé du monastère Saint-Vincent de Metz et était donc le gardien de la grande relique, dans la biographie de l’évêque Théodoric, passé le milieu du XIe siècle. C’est un bien médiocre authentique. Nous restons dans l’ignorance complète des circonstances dans lesquelles le corps saint aurait été transporté clandestinement – clam deportatum – par deux moines d’Espagne en Italie. Ajoutons que la crédulité du bon évêque de Metz n’avait guère de limites. Il accepta avec allégresse des mains de l’évêque d’Arezzo qui s’en séparait à contre-coeur : quelques gouttes du sang du proto-martyr Etienne dans un flacon de cristal enchâssé dans l’or et les pierreries ; du sang des Saints Innocents dans une autre pyxide ; enfin quelques cheveux de saint Pierre, courts et joints ensemble. C’était un voisinage bien compromettant pour les ossements de saint Vincent. (…) »

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