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Auguste Rodin a fait paraître son ouvrage « Les cathédrales de France » en 1914, série d’écrits foisonnants dans lesquels il nous fait partager son émotion et sa passion pour ces monuments. La cathédrale est l’église qui abrite la cathèdre, c’est-à-dire le siège de l’évêque, et il n’évoque d’ailleurs pas celle de Metz, alors sous tutelle allemande, mais nul doute que la basilique Saint-Vincent fait partie des monuments pour lesquels il aurait pu s’enflammer…

« Et puis, j’ai changé moi-même et je trouve du nouveau dans le connu, de la beauté dans des formes que jadis je ne comprenais pas. Mes transformations viennent surtout de mon travail ; ayant toujours plus assidûment étudié, je peux dire que j’ai toujours plus ardemment et plus lucidement aimé.

Jeune, j’aimais, sans doute, la dentelle gothique ; mais c’est maintenant que je comprends le rôle et que j’admire la puissance de cette dentelle. Elle gonfle les profils et les emplit de sève. Vus dans l’éloignement, ces profils sont comme de ravissantes cariatides qui modèlent la ligne droite du mur, comme des consoles qui en allègent la pesanteur.

C’est peu à peu que je suis venu à nos vieilles cathédrales, que j’ai pu pénétrer le secret de leur vie sans cesse renouvelée sous ce ciel changeant. Maintenant je peux leur dire que je leur dois mes joies les meilleures.

Roman, gothique, Renaissance ! Maintenant je sais que plusieurs longues vies ne suffiraient pas à épuiser les trésors de bonheur que nos monuments de jadis réservent au sincère amoureux de la beauté. Et je leur suis fidèle. La neige, la pluie et le soleil me retrouvent bien souvent devant eux, comme un chemineau de France. (…)

Venez, étudions ! Venez recevoir de ceux qui ne sont plus, mais qui nous ont laissé de si magnifiques témoignages de leur âme, la vraie vie !

A chaque visite, ils me font des confidences nouvelles. Ils m’ont enseigné l’art d’employer l’ombre avec laquelle il convient d’envelopper l’oeuvre, et j’ai compris la leçon qu’ils nous donnent par ces lignes gonflées qu’ils pratiquent toujours. Les cathédrales françaises sont nées de la nature française. (…)

Prétendez-vous, quand la majesté druidique des grandes cathédrales, apparues au loin, vous étonne, qu’elle résulte de causes naturelles et fortuites, par exemple de leur isolement dans la campagne ? Vous vous trompez. L’âme de l’art gothique est dans cette déclinaison voluptueuse des ombres et des lumières, qui donne le rythme à l’édifice tout entier et le contraint à vivre. Il y a là une science aujourd’hui perdue, une ardeur réfléchie, mesurée, patiente et forte, que notre siècle, avide et agité, est incapable de comprendre.  Il faut revivre dans le passé, remonter aux principes pour recouvrer la force. (…) »

 

La cathédrale d’Auguste Rodin, 1908, Musée Rodin

 

 

La Basilique Saint-Vincent de Metz

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