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Revenons à l’abbé Suger, concepteur de la basilique Saint-Denis et père de l’art gothique, dont il a déjà été question sur ce blog. Non qu’il ait quoi que ce soit à voir avec la basilique Saint-Vincent de Metz, puisqu’il est mort près d’un siècle avant le début de sa construction, mais parce que l’émerveillement que génère aujourd’hui encore l’art gothique lui doit énormément.

Conseiller du roi Louis VI, puis de son fils Louis VII, diplomate, régent, abbé (bien sûr), Suger fait preuve d’une rare compétence dans tout ce qu’il entreprend. Quand il décide dans les années 1130 d’agrandir l’église abbatiale carolingienne de Saint-Denis, datant du VIIIe siècle, l’architecture religieuse est déjà en pleine évolution : les églises s’agrandissent, leur intérieur devient plus lumineux. Il visite tous les chantiers qu’il croise sur son chemin, et est particulièrement ébloui par celui de l’église Saint-Martin-des-Champs dans l’île de la Cité à Paris.

Il est par ailleurs fortement marqué par les écrits de son contemporain Hugues de Saint-Victor, pour qui l’art (et notamment l’art de la géométrie) doit être un support spirituel, et qui lui-même a été inspiré par le pseudo-Denys l’Aréopagite, moine syrien de la fin du Ve siècle, et par sa mystique de la lumière.

Enthousiasmé par les écrits de l’un et par certains progrès architecturaux encore dispersés sur des chantiers divers, Suger n’a de cesse de « faire descendre le ciel sur la terre, de dresser un simulacre de la Jérusalem céleste et par des artifices appropriés – harmonie des volumes, justesse des proportions, pureté des lignes et des nervures -, d’enfermer dans la matière un reflet de la lumineuse beauté de Dieu. L’esthète en lui tout comme l’homme d’action se complaisait à cette théophanie, mais l’ascète qu’il demeurait de coeur, sinon de fait, savait aussi que la nouvelle église, par l’heureux effet de ses agencements, devrait ramener insensiblement le fidèle plongé dans la pénombre à la contemplation du modèle divin, que ce retour, ou pour parler plus justement, que cette ascension ne serait possible que si le mouvement inverse était parfaitement réussi. » (*)

L’oeuvre resplendit d’une noble lumière. Que son éclat
Illumine ton esprit afin que, guidé par des vérités lumineuses,
Il parvienne à la vraie lumière, là où le Christ est la vraie porte.
Comment la vraie lumière est présente en ce monde, les portes le révèlent.
Notre esprit enténébré s’élève au vrai par le moyen des choses matérielles
et, voyant la Lumière, il ressuscite de la chute originelle.

Panneau sur les anciennes portes de bronze de la basilique Saint-Denis (*)

Sources :
(*) Michel Bur, « Suger, abbé de Saint-Denis, Régent de France », Perrin
Père Bernard-Jean Berger avec Serge Santos, « Saint-Denis, un prêtre raconte sa cathédrale », Les éditions de l’Atelier
Dossiers de l’archéologie no. 261, mai 2001, « Saint-Denis, la basilique et le trésor »
 
 
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