Le masque feuillu de Saint-Vincent

Les bâtisseurs de l’abbaye Saint-Vincent étaient des hommes facétieux qui ont parsemé l’intérieur et l’extérieur de personnages drôlatiques dont il n’est pas évident aujourd’hui de comprendre la raison d’être. Mais qu’importe après tout ! Leur présence nous enchante, et nous rendent ces tailleurs de pierre éminemment sympathiques !

Faisons la connaissance du premier d’entre eux, également un des plus facilement visibles : le masque feuillu (ou masque-feuille, ou tête de feuille, ou visage-feuille… selon les sources) qui commence la frise de feuilles polylobées de la première travée est.

Ce masque n’est pas sans rappeler celui du carnet de Villard de Honnecourt, maître d’oeuvre et dessinateur du XIIIe siècle (voir la description très complète de celui-ci et de son époque sur le site de la Bibliothèque nationale de France, dont cette reproduction est extraite).

Julianna Lees, anglaise installée dans le Périgord (voir son site en lien « The Green Man of Cercles »), se désole que les masques feuillus ne fassent pas l’objet de plus de curiosité en France alors qu’ils sont très populaires dans les pays anglo-saxons sous le nom de « Green Man » (« Blattmaske » en allemand). Peut-être cela est-il en train de changer, puisque c’est un autre masque feuillu qui a servi d’affiche à l’exposition « Paris, ville rayonnante » au printemps dernier au musée de Cluny à Paris.

Elle nous expose ici, en français, son explication de ces drôles de figures, et nous en présente beaucoup d’autres, de différents horizons :

http://www.green-man-of-cercles.org/articles/homme_vert.pdf

Publicités

2 commentaires sur « Le masque feuillu de Saint-Vincent »

  1. Bonjour,

    J’étudie les masques feuillus ou autres cracheurs de feuilles. Pouvez-vous m’en dire plus à propos de cette abbaye ?
    Merci beaucoup

    1. Bonjour Claude, et merci pour l’intérêt que vous prêtez à la basilique Saint-Vincent. Voici un résumé de son histoire jusqu’au Moyen-Âge, période qui vous intéresse avec son masque feuillu :

      Entre le Xe siècle et sa prise par les troupes françaises en 1552, Metz était une ville libre (« freie Reichstadt ») de langue française dans le Saint Empire Romain Germanique.
      L’abbaye bénédictine Saint-Vincent a été créée en 968 par l’abbé Thierry 1er, cousin de l’empereur de l’époque Othon 1er, sur un lieu entouré de vignes où existait déjà un oratoire dédié à saint Vincent de Saragosse.
      Ce cousinage important a permis à l’abbaye de recevoir très tôt les reliques de saint Vincent, puis de sainte Lucie. Si les reliques de Vincent reçues à Metz n’étaient sans doute pas authentiques, il n’en est pas de même pour celles de Lucie, dont le culte s’est très vite développé et a apporté au fil des siècles richesse et notoriété à l’abbaye Saint-Vincent.
      Son écolâtre le plus célèbre fut Sigebert de Gembloux au XIe siècle, qui y est resté vingt-cinq ans et dont la notoriété dépassa largement les frontières et n’est pas encore éteinte aujourd’hui : en 2008, Tino Licht, professeur à l’université de Heidelberg en Allemagne, a traduit et annoté « Acta Sanctae Luciae » que Sigebert a écrit à l’abbaye Saint-Vincent entre 1048 et 1056 (Universitätsverlag Winter).
      Fille de l’abbaye de Gorze (village de la campagne messine) qui a vu naître le chant que l’on appelle aujourd’hui grégorien, l’abbaye Saint-Vincent a participé à accueillir des élèves de toute l’Europe venus à l’école de chant de Metz jusqu’au XIIe siècle.
      Au XIIIe siècle, l’ancienne église abbatiale de style ottonien a été détruite pour être remplacée par une église de style gothique champenois sur le chantier de laquelle ont travaillé également de nombreux ouvriers de la cathédrale de Metz.

      Le masque feuillu de Saint-Vincent termine une frise de feuilles de vignes que l’on retrouve à l’intérieur et à l’extérieur de la basilique. Allusion à saint Vincent, patron des vignerons, ou simplement à la vigne, citée 176 fois dans la Bible ? Je ne peux malheureusement vous en dire plus sur ce masque feuillu et sa raison d’être dans la basilique Saint-Vincent. Si vous n’êtes pas trop loin de Metz, n’hésitez pas à venir le voir par vous-même un samedi après-midi jusqu’à la fin octobre, et à nous faire partager vos connaissances sur ces mystérieux masques feuillus !

Les commentaires sont fermés.